Wonder Woman, un film de Patty Jenkins : Critique

Parce qu’il était très attendu, la Warner a essayé d’éviter à son Wonder Woman de suivre la malédiction des précédents films de super-héroïne qui ont tous sombré dans le domaine de l’imbuvable nanar. Pour cela, confier les manettes à une réalisatrice semble avoir été une bonne idée…héroïne féministe ou sexisme sous-jacent ?

Synopsis : Diana Prince se remémore les aventures qui l’ont autrefois conduite à devenir Wonder Woman. Celles-ci commencent à une lointaine époque sur l’île de Themyscira alors qu’elle était destinée à devenir princesse des guerrières amazones, puis en pleine Première Guerre mondiale tandis qu’elle suivait un espion anglais sur les champs de bataille.

Un petit objet un peu au-dessus de la moyenne

Le « DC Extended Universe » avance doucement, selon un schéma qui l’éloigne de la logique de son principal concurrent, Marvel, qui a pris soin d’introduire ses personnages un par un avant de les réunir à l’écran. Ici, hormis Superman dont le Man of Steel a servi de déclencheur à wonder-woman-Gal-Gadot-bras-en-basla franchise, chacun des membres de la future Justice League va venir se greffer avant d’avoir droit à son propre film. Ainsi, c’est au tour de Wonder Woman, qui est apparue – comme un cheveu sur la soupe – dans Batman v Superman, de se voir consacrer une origin story. Il est encore trop tôt pour juger cette mécanique dans son ensemble, mais déjà il est évident que la qualité des films est individuellement très discutable : BvS a reçu un accueil terriblement clivant, perçu par les uns comme un chef d’œuvre et par d’autres comme l’un des pires films du genre, alors que Suicide Squad a été unanimement (ou presque) considéré comme un lamentable navet. Avant leur Justice League en fin d’année, qui espère rivaliser avec le box-office historique d’Avengers, les décideurs de la Warner ont tout intérêt à fédérer et réconcilier leur public et, pour cela, un personnage aussi populaire que Wonder Woman semble être une bonne solution.

Avec sa façon de s’assumer pleinement en divertissement familial, se délestant au passage de la tonalité « dark » qui semblait faire l’identité des précédents films de la saga au profit d’un ton plus léger, il est évident que la stratégie de la Warner est très de se rapprocher de la part de marché fructueuse de Marvel. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque la caractérisation de son héroïne autour de la mythologie antique et le décalage que suscite sa rencontre avec un monde plus moderne, font d’elle l’alter-ego de Thor. De plus, ses aventures militaires aux cotés de soldats-mercenaires caricaturaux ne sont pas sans rappeler celles de Captain America. Fort heureusement, l’absence de teasing et surtout le bien meilleur dosage de l’humour, détournent Wonder Woman de ces blockbusters et participent à lui donner davantage de justesse. Autre différence, et non des moindres : la naïveté inhérente à la sous-intrigue romantique se veut doublée de sous-entendus (mais aussi d’un plan en nu frontal de Chris Pine !) que ne se seraient pas permis par les productions Disney. Cependant, le cahier des charges, sur la forme (l’usage de cet insupportable thème musical) comme le fond (la caractérisation bouffonnement ultra-manichéenne des personnages secondaires et des antagonistes), semble peser si lourd sur le travail de Patty Jenkins, que l’on est encore loin de pouvoir parler de film d’auteure !

Il est triste qu’il a fallu mettre une femme derrière la caméra pour s’assurer que Gal wonder-woman-Gal-Gadot-sous-la-capucheGadot puisse être filmée comme une guerrière badass et non pas « que » comme un sex-symbol dans une jolie gaine dorée. Se dire qu’un homme l’aurait automatiquement érotisée jusqu’au mauvais goût est un constat qui en dit long sur le machisme de l’industrie hollywoodienne.

Parce que sa narration est construite de façon très classique, Wonder Woman débute par une première partie consacrée à l’enfance et la formation de Diana parmi les amazones. Cette introduction sur l’île de Themyscira permet au scénario de développer la mythologie propre à cette tribu féminine et à la réalisatrice de nous offrir de superbes images qui raviront en particulier les amateurs d’heroic-fantasy. On y retrouve aussi Robin Wright et Connie Nielsen, mais dans des rôles si sous-exploités qu’ils en deviennent accessoires. Ce qui est le plus marquant dans ce chapitre est malheureusement ce qui est la plus grosse faille formelle du film dans son ensemble, à savoir l’usage d’effets visuels, en particulier de fonds verts, de cascades numériques et plus encore de ralentis, d’une qualité qui frôle parfois l’indigence, et même l’overdose indigeste lorsque l’on atteint le climax final où il devient évident que le « style Zack Snyder » n’est pas si facile à imiter. Cette première partie s’achève par l’entrée en jeu de Steve Trevor, incarné par un Chris Pine qui reste dans le registre qui est le sien. Cet élément perturbateur va évidemment changer le destin de notre héroïne, et faire diverger le film vers un choc des cultures, et des époques, qui se révèle intelligemment géré. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que l’adaptation a gagné à placer l’action pendant la Première et non pas la Seconde Guerre mondiale comme que c’était le cas dans le comics d’origine.

En effet, la fausse candeur de la belle amazone est un moteur comique loin d’être futile. A travers son regard vierge de toute forme de sexisme, de nombreuses pratiques de la société britannique encore très conservatrice de 1918, et en particulier sur la place qu’y occupent les femmes apparaissent comme déraisonnables. Grâce à ce dispositif spatio-temporel, Patty Jenkins n’a pas besoin d’avoir recours à de grands discours féministes pour poser ce petit plus que n’aurait sans doute pas su apporter un réalisateur. Et pourtant, le schéma des relations Wonder-Woman-Chris-Pine-Gal-Gadotentre Diana et Steve est tel que c’est lui qui est naturellement considéré comme le leader de leur virée militaire. Le féminisme du long-métrage est alors difficile à défendre, et ce même lorsque Wonder Woman s’impose comme une pure figure héroïque. C’est d’ailleurs grâce à un soin appliqué, non sans une certaine lourdeur, par la mise en scène pour l’iconiser dans ces scènes d’action spectaculaires que le film trouve l’identité qui lui est propre et retombe dans les travers du blockbuster d’action moyen.

Ces imperfections inhérentes au genre sont encore amplifiées par la durée du film (ces 2h20 sont vraiment nécessaires ?!). Il s’agit évidemment de quelques longueurs et autres répétitions qui viennent par moments peser sur le rythme, mais aussi de quelques incohérences un peu brouillonnes dans l’évolution très linéaire de son héroïne, qui elle-même pâlit du jeu plus que limité de Gal Gadot. Malgré ces légers reproches, Wonder Woman n’en est pas moins un film de super-héros grand public, plutôt fun, animé par un souffle épique et qui, même lorsque « pour battre la guerre, il faut croire en l’amour » (sic), reste globalement moins niais que la plupart de ses concurrents directs.

Wonder Woman : Bande-annonce

Wonder Woman : Fiche technique

Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Jason Fuchs, Zack Snyder
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Budget : 149 millions $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017

Etats-Unis – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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