Vice-Versa, un film de Pete Docter : Critique

Mais que peut-il bien se passer dans nos têtes ? Quel mécanisme étrange ? Qui régit donc tout notre système de pensées ? À la manière de Il était une fois la vie – en bien plus drôle évidemment – les studios Pixar signent avec Vice-Versa une de leurs plus belles créations.

Vice-Versa, une œuvre pédagogique

Ils réinventent notre monde intérieur en le peuplant de petites créatures qui contrôleraient l’esprit via les émotions : Joie qui nous apprend à aimer la vie, Peur qui nous protège, Colère qui nous défend, Dégoût qui nous caractérise et même Tristesse qui nous soulage. Une œuvre teintée de réalisme finalement quand on sait que nos émotions dirigent bien souvent nos décisions et nos actes.

Dans Vice-Versa, on s’intéresse au cas de la petite Riley, 11 ans, en lutte avec ses parents qui veulent déménager, en lutte avec ses émotions qui la submergent. Un passage compliqué qui se situe à un des moments clef de la vie : la prépuberté. Dès lors, on comprend à quel point il est difficile de mettre de l’ordre dans nos pensées quand notre vie est bouleversée et à plus forte raison dans celles d’un enfant qui grandit. Avec des métaphores très imagées, le film nous explique ce qu’est la déprime et comment s’installe la mélancolie : les « Îles » qui s’écroulent, les souvenirs qui deviennent pénibles et nous attristent et ceux qu’on préfère oublier. Restent la Colère, le Dégoût et la Peur, qui prennent le dessus sur les autres émotions, pendant que la Joie et la Tristesse sont oubliées, rejetées. Pour retrouver un équilibre et la sérénité, il faut accepter toutes ces émotions et les laisser s’exprimer. Vice-Versa est une œuvre pédagogique intelligente et émouvante qui donnent à réfléchir aux enfants sur leur caractère et leurs comportements.

Un conte philosophique

Vice-Versa rend ses lettres de noblesse aux sentiments et aux souvenirs en les associant à des valeurs morales. Tout événement de la vie est représenté comme une expérience enrichissante et un patrimoine social et culturel qui sera classé, trié, réutilisé ou oublié. C’est une ressource, un outil qui permettra à l’enfant de se construire et de grandir, de forger sa personnalité, de juger du bien et du mal, de développer ses goûts et ses préférences (l’« Île du Hockey sur glace » ou celle des « Boys Bands »). Vice-Versa nous offre une lecture poétique de la philosophie et de la morale (« Île de l’Honnêteté », « Île de la Famille »). Comme avec Là-haut, Pete Docter touche à nos sentiments et à notre âme d’enfant avec justesse, il valorise les souvenirs, la famille et le bonheur sans pour autant en renier la Tristesse, mal nécessaire pour avancer dans la vie, se consoler et se consolider.

Vice-Versa est une introspection, un voyage intérieur au cœur de la Pensée profonde. Avec ce film d’animation, véritable documentaire animé, le jeune spectateur met du sens sur ces éléments flous qui composent la Pensée : le rêve, l’imagination, la mémoire, la conscience, le subconscient. Il découvre comment naissent les peurs mais aussi la peine et la mélancolie. Avec beaucoup d’humour et de sensibilité, on apprend que, tout comme la personnalité qui n’est pas fixe, les émotions non plus ne sont pas cloisonnées, elles ont besoin les unes des autres, elles se complètent, elles évoluent, elles changent. Comme nous. Finalement, Vice-Versa est une très jolie fable éducative et optimiste.

Synopsis : Le QG qui contrôle le cerveau de Riley, 11 ans, est dirigé par la Joie, qui veille au bonheur de la petite tandis que Peur (la voix de Pierre Niney, Un Homme Idéal) s’occupe de sa sécurité. Colère rend la justice, Dégoût fait le ménage mais Tristesse (voix de Marilou Berry, Joséphine) ne comprend pas vraiment son rôle. Très perturbée par son déménagement, Riley perd ses repères et s’embrouille dans ses émotions. Joie et Tristesse vont alors s’égarer dans les recoins les plus obscurs de la Pensée : la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves tandis que le QG sera entre les mains de Peur, Colère et Dégoût.

Vice-Versa : Bande-annonce officielle de l’animation Pixar

https://www.youtube.com/watch?v=SYLrpcNTVwE

Fiche technique : Vice-Versa

Titre original : Inside Out
Titre français : Vice-Versa
Titre québécois : Sens Dessus Dessous
Réalisateur : Pete Docter et Ronnie del Carmen
Scénario : Pete Docter et Michael Arndt
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Jonas Rivera et John Lasseter
Sociétés de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios
Pays d’origine : USA
Langue originale : Anglais
Format : couleur-Dolby Digital
Genre : animation, comédie
Durée : 94 minutes

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.