La vache, un film de Mohamed Hamidi: Critique

Le Festival de l’Alpe d’Huez voit souvent juste : les deux derniers films à avoir remporté le grand prix du public (Babysitting et Papa ou maman) ont connu le succès populaire que l’on sait. Cette année, pour la première fois de l’histoire du festival, les prix du public et du jury sont revenus au même film. Autant dire que celui-ci semble présagé un beau carton au box-office.

Synopsis : Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu’il rêve d’emmener à Paris, au salon de l’Agriculture. Lorsqu’il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles. L’occasion pour Fatah et Jacqueline de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires.

Une belle bête nourrie aux ondes positives

Et pourtant, au vu de son pitch, de son casting et même de son affiche, La Vache laisse craindre une énième comédie franchouillarde empêtrée dans sa ringardise et son bon-sentimentalisme mielleux. Pensé comme un road-trip en miroir du premier film de son réalisateur, Né quelque part dans lequel un fils d’immigré algérien quittait la France pour un premier voyage sur la terre de ses ancêtres, La Vache nous fait donc suivre le périple d’un homme très candide d’une cinquantaine d’années sur les routes de France. Un bon prétexte à un choc culturel, qui nous permet de voir, au vu de la lourdeur du précédent film de Mohamed Hamidi, qu’il connait et aime davantage le terroir français que l’Algérie, mais surtout qu’un voyage dans ce sens lui impose plus de respect, en tant que symbole de celui de ses propres parents. Mais davantage que son contexte rural, l’essor comique, mais aussi affectif, de ce long-métrage lui vient de l’interprétation que donne Fatsah Bouyahmed au personnage de Fatah. Jusque-là humoriste de stand-up, uniquement vu au cinéma dans quelques rôles secondaires de comédies dérisoires, l’acteur fait preuve d’une sensibilité et d’une répartie qui font le sel de La Vache.

Même si les codes du road-movie, avec ses rencontres et sa quête initiatique en filigrane, sont terriblement prévisibles, et que la caractérisation des personnages secondaires reste assez stéréotypée, le film fait son effet, en grande partie grâce à l’alchimie entre la vache Jacqueline et Fatah qui, tel Fernandel et Marguerite en leur temps, portent le film sur leurs épaules. Une bonne surprise tant on aurait pu craindre que le duo de personnages secondaires, incarnés par Jamel Debbouze et Lambert Wilson, vienne vampiriser l’écran, d’autant plus que leur seule rencontre à l’écran, dans Le Marsupilami, a été un mauvais souvenir (en particulier pour Alain Chabat qui y a perdu sa crédibilité de réalisateur). Mais que nenni ! Certes, Jamel fait du Jamel, comme il le fait depuis vingt ans, mais son personnage ayant été rajouté à la dernière minute pour le remercier d’être coproducteur (et accessoirement ami du réalisateur et de l’acteur), il est trop peu important dans l’intrigue pour venir parasiter l’excellent numéro de Fatsah Bouyahmed. Quant à Lambert Wilson, il fait preuve d’une telle justesse dans l’interprétation de son rôle, pensé comme l’opposé de ce qu’incarne Fatah (un bourgeois catholique en pleine dépression), que sa partition toute en subtilité renforce la crédibilité de son acolyte. Mais il ne faut pas oublier les autres acteurs secondaires, et notamment Hajar Masdouki qui, dans la peau de la femme de Fatah, ajoute à l’émotion du scénario, ou bien encore tous les autres habitants du village, témoins indirects des aventures de Jacqueline et son maitre, sur lesquelles leur « regard de bledards » est un ressort de décalage comique finement exploité.

La linéarité du récit permet au capital sympathie du personnage de s’accroître en douceur, jusqu’à en faire devenir un symbole d’abnégation qui impose le respect. Il est important de noter à quel point la musique joue pour beaucoup dans le sentiment bonne humeur que dégage ce fermier algérien. Une mélodie cuivrée que le réalisateur a pensé comme une référence à l’ambiance joyeuse des films de Kusturica assurée par les sonorités tziganes de Goran Bregović et ici composée par le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf. Une ambiance musicale qui s’accorde à merveille au message bon-enfant du scénario. Alors que les comédies françaises ont de plus en plus tendance à jouer de leurs personnages caricaturaux pour s’en moquer de façon clivante, La Vache ne s’amuse pas à mettre en porte-à-faux les modes de vie algériennes et françaises mais prône au contraire le rapprochement patrimonial. A aucun moment, la naïveté qui caractérise Fatah n’est sujet à railleries. Bien au contraire, le voir se transformer en un héros populaire des deux côtés de la Méditerranée grâce à sa volonté d’aller au bout de ses rêves prouve bien que, malgré leurs différences culturelles notables, de telles valeurs positives peuvent réunir les peuples. C’est en cela que La Vache est un véritable feel-good-movie, au sous-texte politique évident, qui fait un bien fou dans les temps troublés que nous traversons.

Au final, La Vache est le film d’une révélation sur le tard, celle de son acteur Fatsah Bouyahmed, tout simplement irrésistible, mais surtout un rappel que, à l’heure où les comédies populaires ont adopté le cynisme et le communautarisme qui minent notre société, il est encore possible de délivrer un message humaniste sans tomber sans la mièvrerie.

 [Bande-annonce] La Vache:

https://www.youtube.com/watch?v=v6sl1IBtEow

[Fiche technique] La Vache:

France – 2015

Réalisation : Mohamed Hamidi
Scénario: Mohamed Hamidi , Alain-Michel Blanc, Fatsah Bouyahmed
Interprétation: Fatsah Bouyahmed (Fatah), Lambert Wilson (Philippe), Jamel Debbouze (Hassan), Hajar Masdouki (Naïma)…
Image: Elin Kirschfink
Montage: Marion Monnier
Musique: Ibrahim Maalouf
Producteur(s): Nicolas Duval-Adassovsky, Yann Zenou, Laurent Zeitoun, Jamel Debbouze…
Production: Pathé, France 3 Cinéma, Agora Films, 14ème Art Production, Ten Films
Distributeur: Pathé
Date de sortie: 17 février 2016
Durée: 93 minutes
Genre: Comédie

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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