The Walking Dead Saison 1-4 : Critique

Critique The Walking Dead – Saison 1-4

Synopsis: Lorsqu’il sort du coma, l’inspecteur Rick découvre un monde dévasté, les rues envahies de créatures cauchemardesques assoiffées de chair humaine. Il parvient à retrouver sa femme et son fils réfugiés au sein d’un groupe, et s’ensuit un long périple vers la survie, entre repos éphémères, deuils douloureux, lutte contre les morts-vivants, et conflits contre d’autres survivants humains. Une histoire qui changera chacun en profondeur, où tous se découvriront une force mais aussi une violence insoupçonnée.

Survivre à quel prix ?

Une version différente

The Walking Dead, c’est avant tout une série de comics devenue une référence. Si elle place ses héros face à des hordes de zombies, les affrontements contre les morts vivants ne constituent pas pour autant le point central. Non les comics se concentrent sur la psychologie des survivants, de ce qu’ils endurent, de leurs décisions, leurs troubles, et c’est ça qui rend l’histoire si passionnante.
Produit par Frank Darabont (La ligne verte, The Mist ), avant son éviction non clairement expliquée, la série du même nom a choisi d’être une adaptation libre. Si elle suit l’histoire dans les grandes lignes, elle n’hésite pas à s’en éloigner, pour en revenir plus tard par des chemins détournés. Elle n’hésite pas non plus à modifier le destin des personnages, en tuant certains ou en sacrifiant d’autres, voir même en en rajoutant. Ainsi Daryl, le chasseur à l’arbalète autrefois peu recommandable, devenu l’un des piliers du groupe, est une création exclusive de la série et n’existe pas dans la bande dessinée. En clair un ajout clairement judicieux ! Ce partit pris s’avère donc une bonne idée, puisqu’il évite de souffrir de la comparaison avec la version papier, en créant une espèce de version parallèle de l’histoire. Ainsi, les lecteurs peuvent être surpris et ne pas savoir ce qui les attend, tout en retrouvant l’esprit de la BD.

Des hauts et des bas…

Dès le pilote, on découvre une ambiance et un rythme lent rarement vues dans une série. The walking dead se démarque des films du genre en rappelant que les zombies étaient autrefois des humains, ce qui rend la situation encore plus dramatique, les survivants étant obligés de tuer ceux qui étaient auparavant leurs proches. Mais malgré sa qualité artistique, six épisodes s’avèrent trop courts pour bien développer la psychologie des personnages, et les thématiques de la survie et de l’apocalypse. Des travers que répare la saison deux qui accuse cependant une baisse de rythme en son milieu.

Mais si certains épisodes de cette saison peuvent paraître assez ennuyeux, ils n’en sont pas pour autant inintéressants : les personnages sont confrontés à divers dilemmes éthiques, l’un d’eux franchissant même dangereusement la ligne rouge, convaincu que la fin justifie les moyens. Plus que jamais, les survivants se demandent pourquoi survivre dans un monde si horrible, s’il y a un intérêt à conserver une part d’humanité ou au contraire tout faire pour rester en vie. Des questionnements qui ne cesseront jamais de les quitter. Tous ces éléments aboutissent à une fin de saison intense, qui compense largement les longueurs d’avant. Les zombies ne sont plus la seule menace. Le danger peut venir d’autres survivants ou même des propres membres du groupe.

…mais l’aspect humain est au centre de l’histoire

Le début de la saison 3 continue sur la lancée et offre les meilleurs épisodes de la série, tant au niveau de la psychologie des personnages que de l’action. Chaque personne du groupe s’est endurcie. Forcé par les événements, Rick a du devenir un leader impitoyable. Même s’il n’est pas pour autant devenu un tueur comme son ancien partenaire, il prend parfois des décisions qui peuvent choquer, comme refuser de sauver un inconnu qui appelle à l’aide. Le jeune Carl part face au danger comme n’importe quel homme, une arme à la main, au point de devenir dangereusement insensible. Carol ne ressemble plus du tout à la femme vulnérable qui vivait dans la peur de son mari, au point elle aussi, de ne plus hésiter à appuyer sur la gâchette si la situation l’exige. Tout le monde sait manier une arme, même le médecin Herschel, lui qui refusait auparavant de tuer des zombies au prétexte qu’ils étaient humains autrefois.

C’est qu’à ce stade, tous les survivants sont devenus plus forts et plus aguerris, ayant du affronter la mort, survivre et commettre des actes difficiles. Chacun est donc dangereux, prêt à tuer s’il le faut. Le groupe de Rick ne fait pas exception- surtout que comme chacun a déjà pu faire l’expérience, chaque rencontre est source de danger, ce qui attise la méfiance de part et d’autre. Les humains représentent dorénavant une bien plus grande menace que les zombies. Ainsi le groupe de Rick va devoir faire face à une autre communauté organisée, regroupée autour du Gouverneur, homme généreux en apparence mais qui dissimule une nature cruelle et malsaine. C’est qu’au-delà des nécessités de la survie, il n’y a plus ni ordre ni lois, l’anarchie règne et chacun est livré à la violence et la folie de ses semblables.
Toutefois, après une première partie excellente, la deuxième s’avère un peu plus faible, avec un face à face avec le Gouverneur qui s’étire en longueur, une conclusion à la « happy end », qui n’est pas forcément celle que l’on espérait, et une fin sans suspens.

La nouvelle communauté basée sur l’ancienne prison semble couler des jours plus tranquilles, mais le danger n’est jamais écarté, en dehors des murs comme à l’intérieur. Si certaines personnes réapprennent à vivre comme Michonne, d’autres comme Rick continuent de se chercher, coincés dans un monde qui n’offre que peu d’espoir. Après une première partie alternant assez efficacement actions et moments intimistes, la deuxième partie voit les survivants éparpillés après une attaque particulièrement dévastatrice. Chacun aura l’occasion de faire face à ses démons et de repenser son rôle. Des scènes touchantes et une réalisation soignée ponctuent ces épisodes, malgré quelques longueurs. L’image en vient à être belle, malgré l’horreur du monde dépeint.

Action et émotion

The walking dead semble donc alterner périodes prenantes et d’autres moins inspirées. Selon que l’on s’intéresse ou non à la psychologie des personnages, certains épisodes pourront sembler assez mous, mais c’est une série qui ne peut s’apprécier pleinement, si l’on ne cherche que du massacre sanglant de zombie. Les personnages sont perturbés, tous leurs repères anéantis, sous le choc de la perte d’êtres chers, d’une peur constante et d’actes qui les révulsent. Lorsqu’ils sont au mieux de leur forme, les créateurs parviennent à alterner efficacement scènes d’action soutenues et moments intimistes et contemplatifs. C’est durant ces moments que les personnages prennent aux tripes, et que chaque événement dramatique qui vient les secouer, devient carrément intense. Certes, il y a quelques longueurs qui auraient parfois pu être évitées, mais ces moments sont un passage obligé sans lesquels la série ne serait pas ce qu’elle est.

Un des point fort de cette série, c’est qu’elle n’hésite pas à sacrifier des personnages de premier plan, parfois plusieurs en un seul épisode ! C’est une des rares séries où, quand un personnage est en danger, on a vraiment peur pour sa vie, ce qui n’était pas forcément le cas pour d’autres séries qui prétendaient agir de même, mais étaient réticentes à se débarrasser de leurs protagonistes (Heroes surtout, voir Lost dans une moindre mesure). A ce titre, l’épisode 3×04 est particulièrement choquant! Même si certains nouveaux personnages ont la fâcheuse habitude de mourir, dés lors qu’ils deviennent intéressants…

Les questionnements qui agite les personnages va au-delà de la simple opposition bon/mauvais. Car les survivants ne cherchent pas simplement à rester en vie, mais aussi à protéger leurs proches, ainsi que les autres membres de leur groupe. Comment choisir la meilleure décision, même en voulant agir moralement, lorsque l’on se retrouve face à d’autres humains qui représentent une menace potentielle pour les siens. Les éliminer sans autre forme de procès ou les laisser en vie, au risque qu’ils s’en prennent à ceux qui sont sous notre protection ? Et c’est là où l’histoire prend tout son intérêt, par ses personnages qui deviennent tour à tour honorables ou condamnables. Une situation qui force le spectateur/lecteur à se demander comment il réagirait à pareil situation.
Leur dernière rencontre avec d’autres humains le prouve une nouvelle fois. Des gens apparemment bons qui se sont avérés être barbares, des survivants qui se sont irrémédiablement vautrés dans des actes cruels pour survivre, alors que cette cruauté n’était pas présente au début.
Enfin, si The walking dead captive autant, c’est parce qu’il joue sur nos propres peurs, notre peur de l’anéantissement de notre civilisation, du réveil de la bête qui sommeille en nos semblables.

Alors oui, il y a quelques maladresses, des choix pas toujours pertinents, des longueurs évitables, mais le soin apporté aux personnages, à leurs tourments, la réalisation soignée, situent la série au-delà d’un simple divertissement tout public, qui ne démérite pas l’étonnant succès d’audience rencontré. La série a su maintenir sa qualité, malgré les showrunners qui se sont succédés, et on espère que cela va continuer longtemps ainsi, les producteurs prévoyant de continuer l’aventure, encore plusieurs années.

Fiche technique: The Walking dead

Création : Frank Darabont, Robert Kirkman
Genre : horreur, série dramatique
Pays d’origine : États-Unis
Réalisation : Gwyneth Horder-Payton, Gregory Nicotero, Ernest Dickerson
Scénario : Charlie Adlard, Frank Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Gregory Nicotero (certains épisodes de la saison 2 et 3)
Casting : Andrew Lincoln : Rick ; Steven Yeun : Glenn ; Chandler Riggs : Carl ; Melissa McBride: Carol Peletier ; Lauren Cohan : Maggie Greene ; Danai Gurira : Michonne
Effets spéciaux : KNB EFX, Gregory Nicotero, Stargate Studios
Musique : Bear McCreary
Production : Robert Kirkman, Frank Darabont, David Alpert, Charles H. Eglee, Gale Anne Hurd ; Gregory Nicotero (consultant)
Budget : 2,8 millions de dollars par épisodes8 (3,4 millions par épisodes lors de la première saison)8

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William
Williamhttps://www.lemagducine.fr/
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