Rétrospective David Fincher : The Social Network, Critique du film

Synopsis : Fraîchement célibataire, Mark Zuckerberg pirate le système informatique de Harvard lors d’une soirée bien arrosée. Il crée Facemash, un site sur lequel les étudiants peuvent élire la fille la plus sexy du campus. Saturé de connexions, le serveur de l’université plante. Les jumeaux Winklevoss et Divya Narenda, qui projettent de monter un site pour permettre aux étudiants de communiquer entre eux, demandent son aide à Mark, qui accepte. Mais le jeune homme a déjà une autre idée en tête. Avec l’aide financière de son ami et colocataire Eduardo Saverin, Mark travaille alors à la création de son propre site. Thefacebook.com voit alors le jour…

Quelques ennemis pour la gloire

Seven, Zodiac, Panic Room, Fight Club… Qui aurait pu imaginer que le titre manquant de cette prestigieuse filmographie des plus grands thrillers de la décennie serait The Social Network, l’inévitable film attendu sur le phénomène Facebook ? Et pourtant, si le site internet qui a révolutionné le XXIe siècle se devait d’avoir son film, il ne pouvait être réussi qu’entre les mains de David Fincher.

La critique d’un fondateur

Ce film sur le créateur de Facebook échappe aux symptômes du biopic type de Hollywood qui fait la gloire des grands hommes. C’est certes le parcours de Mark Zuckerberg qui est au centre de l’histoire, mais il ne s’agit pas d’un biopic et encore moins d’un film historique. Fincher y a vu matière à un nouveau thriller, cette fois-ci psychologique.

The Social Network raconte pas à pas la création de Facebook, d’un algorithme macho permettant de classer les plus belles filles de la fac au réseau social utilisé par près d’un milliard et demi d’utilisateurs dix ans plus tard. Mais l’histoire de cette invention n’est que le fil rouge d’une intrigue cousue autour de la personnalité de son créateur Mark Zuckerberg et du slogan du film « On ne se fait pas 500 millions d’amis sans se faire quelques ennemis ». Construit sur différents flash-backs, le scénario tourne en effet autour du procès institué à Zuckerberg par ses anciens collègues de fac et son (ex)meilleur ami. Le huitième film de Fincher s’attarde surtout sur les inévitables trahisons qui permettent de gravir les ultimes marches du succès. On est dès lors loin du biopic élogieux pompeux d’Hollywood, comme le film Jobs, qui adoube la personnalité du créateur d’Apple sans remettre en cause sa personnalité.

Le film de deux auteurs

La réussite de ce film provient vraisemblablement de l’alliance curieuse entre le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur David Fincher. Le premier qui a été aux commandes la série The West Wing, faite de déambulations parlées dans les couloirs de la Maison-Blanche, a bâti sa notoriété sur des dialogues techniques ininterrompus qui ont la magie de ne jamais s’essouffler. The Social Network exigeait donc le talent d’un Sorkin pour donner vie à des répliques de geeks en pleine création informatique. Le sens du cadre de Fincher permettait ainsi à ces discours de vivre sur le grand écran. C’est sans doute ce qui a manqué à Danny Boyle en adaptant le scénario de Sorkin sur Steve Jobs en début d’année.

The Social Network est un bijou cinématographique bourré de répliques, ce qui fait déjà état de son unicité. Fincher filme avec brio les dialogues de Sorkin, en témoigne les toutes premières minutes. La scène d’ouverture, restée dans les mémoires pour avoir été bouclée après une centaine de prises, est caractéristique. Un champ/contre-champs nous met d’emblée dans le bain d’un dialogue de sourds entre deux étudiants d’Harvard. On reconnaît très vite parmi eux, sûr de lui et à l’impressionnant débit de parole, le profil de Mark Zuckerberg. L’acteur monopolise alors la mise en scène de Fincher. S’ensuit un générique où la caméra s’envole au dessus du campus de la célèbre université américaine. En deux scènes le cinéaste plante son personnage et son décor. L’assurance du jeune homme dans un tel lieu promettait déjà des éclats, magiques ou tragiques.

David Fincher a finalement réussi à sortir de sa zone de confort afin de réaliser un de ses meilleurs films. Grâce notamment au talent d’Aaron Sorkin, The Social Network se révèle être un très beau et passionnant film sur l’invention qui a fait définitivement entrer le monde dans l’ère du numérique.

The Social Network de David Fincher : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=BXXqv0NhBjM

The Social Network : Fiche Technique

Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin d’après l’oeuvre de Ben Mezrich
Interprétation : Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake, Armie Hammer, Rooney Mara…
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Production : Scott Rudin, Michael De Luca, Dana Brunetti, Cean Chaffin
Distributeur : Columbia Pictures
Durée : 119 minutes
Genre : Drame biographique
Date de sortie : 13 octobre 2010

États-Unis – 2010

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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