The Door, un film de Johannes Roberts : Critique

Sorti dans une indifférence polie en mars dernier outre-Atlantique,  The Door (ou The Other Side of the Door en version original), nouvelle production horrifique issue du surdoué français Alexandre Aja, se voit offrir une sortie en salles françaises retardée et limitée, témoignant du désintérêt du projet aux yeux du public.

Synopsis: Une famille américaine mène une paisible existence en Inde jusqu’à ce qu’un accident tragique prenne la vie de leur jeune fils. La mère, inconsolable, apprend qu’un rituel antique peut lui permettre de lui faire un dernier adieu. Elle voyage alors jusqu’à un ancien temple, où se trouve une porte qui sépare le monde des vivants et celui des morts. Mais quand elle désobéit à l’avertissement sacré de ne jamais ouvrir cette porte, elle bouleverse alors l’équilibre entre les deux mondes.

Horreur mou

Si la promotion pouvait laisser entrevoir un exercice de style au minimum intéressant à défaut d’être utile, la 20th Century Fox, désireuse de remplir ses caisses à coup de petites productions horrifiques, en a décidé autrement. Il en résulte une énième tribulation cinématographique surnaturelle d’un vide abyssal, où même les rares qualités proposées se voient balayées par une succession de clichés plus insultants et plus incohérents les uns que les autres. Ainsi le résultat, qu’il soit pour les néophytes ou pour les aficionados du cinéma de genre, ne pourra qu’être décevant, surtout face à l’affirmation d’ambitions nouvelles de la part des producteurs pour ce type de productions horrifiques.

Le premier paradoxe de The Door tient ainsi dans la mise en scène. On ressent les efforts de Johannes Roberts, réalisateur britannique de série Z (les sympathiques F et Storage 24), que de vouloir respecter au mieux son spectateur. En effet, peu d’effets clinquants ou de jumpscares sont contenus au sein du métrage,  démontrant de la même sorte une volonté évidente de Roberts de miser sur une ambiance poisseuse et austère. Cependant, à trop vouloir croire en son faible talent, le metteur en scène se fourvoie sans cesse et plonge le spectateur dans une léthargie désagréable, ne daignant élever les enjeux de son film qu’après trois et (très) longs quarts d’heure. Et quand bien même la tension devrait aller crescendo au fur et à mesure des scènes, le manque d’ambiance sonore et la paresse de la mise en scène nivelle le film vers des tréfonds que nul ne pourra apprécier. Ce faisant, et ce malgré la photographie soignée de Maxime Alexandre (l’ensemble de la filmographie d’Alexandra Aja, The Voices) et l’effort apporté à la colorimétrie de l’image, The Door n’arrive pas à sortir du lot, la faute à une réalisation indolente et une ambiance pas aussi prenante et angoissante qu’elle ne pourrait l’être. Il en résulte donc une première grande frustration pour le spectateur qui, malheureusement, ne sera pas rattrapée par le scénario.

 

Tout adepte du cinéma de genre vous certifiera qu’en dehors d’une mise en scène de qualité, une production horrifique a un besoin vital de symbolisme narratif. Elle ne doit donc pas être le lieu de répit d’un scénariste apathique mais au contraire le genre de médiation entre un sujet sérieux et un traitement oppressant. Pourtant, tout semble formaté dans ce produit peu inspiré, où Johannes Roberts recopie les meilleurs idées des chefs d’œuvres du genre (le plus visible restant Simetierre). On assiste alors à un banal film de possession comme Hollywood nous en sort tous les mois malgré l’idée intéressant d’exporter les lieux de l’action sur le sous continent indien. Néanmoins, force est de constater que le studio et le réalisateur peinent à utiliser convenablement toutes les ressources qui leurs sont proposées et consternent presque par leur constante incapacité à doser les éléments horrifiques. Avec un pays aussi coloré que l’Inde, pourquoi choisir immuablement de tourner de nuit ? Avec une créature plutôt réussie (sorte de Ganesh zombiesque), pourquoi montrer constamment la carcasse putréfiée et possédée de l’enfant ? Autant de choix étranges qui nous font perpétuellement douter sur les capacité de l’équipe technique à emballer un projet alléchant et à soigner un long métrage qui n’avait pas nécessairement besoin de coups de génies depuis l’arrière de la caméra.

Rétrospectivement à la carrière d’Alexandre Aja, fils d’Alexandre Arcady et surdoué français de la caméra, on peut se rendre compte d’un nouveau paradoxe. Si le bonhomme fournit un travail souvent conséquent pour produire ou filmer des productions horrifiques de qualité (les géniaux Haute Tension et La Colline à des Yeux), on observe également une tendance à produire des films de qualité variable mais formellement en deçà des attentes (2e sous sol, Pyramide). En enchaînant les deux très mauvaises productions que sont Pyramide et donc The Door, il convient de se poser une question légitime : Alejandre Aja ne deviendrait-il pas le Luc Besson du cinéma de genre ? Si dans un premier temps on répondra par la négative à la question, de part le travail et la qualité généralement positive de sa filmographie personnelle, on nuancera la réponse en soulignant l’investissement de plus en plus superficiel du bonhomme à des productions horrifiques toutes plus oubliables les unes que les autres.

The Door manque malheureusement le coche et ne sort donc pas du lot des milliers de productions horrifiques pullulant dans les cinéma depuis ces quinze dernières années. Si l’évident respect de Johannes Roberts pour son spectateur et la présence des équipes d’Alexandre Aja lui permet d’être en somme tout à fait regardable, la paresse de la mise en scène et le vide abyssale de son récit enterre définitivement toutes ambitions extérieures à celle commerciale de la Fox. Un long métrage sous forme de sonnette d’alarme à notre Alexandre Aja national, à qui l’on souhaite que son prochain film, The 9th Life of Louis Drax, soit d’une qualité bien supérieur à The Door, un film déjà oublié par son public.

The Door : Bande-annonce

The Door : Fiche Technique

Titre original : The Other Side of the Door
Réalisation : Johannes Roberts
Scénario : Johannes Roberts et Ernest Riera
Interprétation: Sarah Wayne Callies (Maria), Jeremy Sisto (Michael), Javier Botet (Myrtu), Sofia Rosinsky (Lucy), Logan Creran (Oliver), Suchitra Pillai-Malik (Piki)
Décors : Fran Cooper et Agnes Goveas
Costumes : Divya Gambhir et Nidhi Gambhir
Montage : Baxter
Musique : Joseph Bishara
Production : Alexandra Aja, Rory Aitken et Ben Pugh
Sociétés de production : 42, Kriti Productions et TSG Entertainment
Sociétés de distribution : 20th Century Fox
Langue : Anglais
Durée : 96 minutes
Genre : Horreur
Dates de sortie : 1 Juin 2016

Royaume-Uni, Inde – 2015

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Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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