Seul sur Mars, un film de Ridley Scott: Critique

Seul sur Mars, le retour fantasque et léger du grand Ridley Scott

Ridley Scott et la SF, c’est une belle et grande histoire. Le patriarche a marqué le genre par des chefs d’œuvres intemporels tels que  Alien, le huitième passager  ou Blade Runner. Cependant, aussi talentueux soit-il, cela faisait 8 ans et la pépite American Gangster que le britannique n’avait pu retrouver sa grandeur, enchaînant les déceptions critiques (Prometheus) et/ou commerciaux (Cartel). Malgré tout, Scott réussit à proposer un nouveau regard sur la Science-Fiction avec Seul sur Mars et prouve qu’il en a encore sous le capot, malgré ses 77 ans.

Scott nous convie à une véritable épopée interstellaire : l’aventure de Mark Watney, un naufragé spatial laissé pour mort sur une planète rouge sang, à plusieurs centaines de millions de kilomètres de sa terre natale. Par chance, l’homme est botaniste de formation chez la NASA et va tenter de survivre en installant une culture agricole viable dans sa base, tout en tentant de contacter Houston, son dernier espoir de quitter cette planète. Adapté du roman The Martian d’Andy Weir, Seul sur Mars est une vision nouvelle de la science fiction et du genre humain. Digne feel good movie, le long métrage propose un camaïeu d’émotions, du rire aux larmes, du bonheur au désespoir. Imparfait sur son fond, survolant notamment l’ingrédient philosophique, Seul sur Mars réussit néanmoins à glorifier l’Homme dans son génie le plus pur, par un humour enthousiasmant et des effets visuels plus vrais que nature.

Une adaptation détonante

Seul sur Mars est une adaptation extrêmement fidèle, à la limite de la transposition. Scott se contentant d’adapter à la virgule près les événements les plus marquants du bouquin. Pour les autres, il sera question de rebondissements rocambolesques, dans une intrigue des plus prenantes, signé Drew Goddard (l’excellente série Daredevil). On se prend immédiatement d’affection pour Watney, interprété avec maestria par le discret et talentueux Matt Damon. Ses actes, son humour, son audace nous inspire une formidable sympathie. Le récit n’est tout de même pas aussi tourné vers Watney que l’on pourrait le croire. On jongle ainsi entre les points de vue du discret équipage d’Arès 3, composé d’une belle brochette de second rôle talentueux (Jessica Chastain, Kate Mara, Sebastian Stan, Michaël Pena et Aksel Hennie) et les hauts dirigeants de la NASA (Jeff Daniels, Sean Bean, Chiwetel Eijefor, tous investis). Le spectateur pourrait être perdu par cette farandole de seconds rôles si l’aspect étonnamment divertissant et enthousiasmant ne prenait le pas sur un scénario assainit de toute lourdeur notable. Un aspect étonnant tant il est à totale contre courant des délires kubrico fatalistes actuels, à l’image du fantastique mais déprimant Interstellar. Ainsi, Scott dérive vers une glorification du génie humain, des connaissances savantes pour une robinsonnade ultime, quitte même à tomber dans une discrète puérilité.

Une philosophie sacrifiée au profit d’une technique transcendée

Ténor de l’image, Ridley Scott ne faillit encore une fois pas à sa réputation, et donne à voir un condensé d’image des plus saisissantes, sachant rendre avec réalisme et inquiétude les détails de cette planète, véritable fantasme de l’être humain. Seul sur Mars ne déroge en aucun cas à la règle et nous gratifie d’une planète rouge aussi majestueuse que mortelle, à l’atmosphère dangereusement envoûtante, symbole de découverte et de danger. Cette alchimie est fort bien retranscrite à l’écran, avec la sensation qu’à à chaque actes du héros, une épée de Damoclès trône au dessus de sa tête. L’ambiance sonore facilite également cette ambiance stressante, aussi bien pour Watney que pour le spectateur, qui s’immerge totalement dans la tentative de survie du héros. Ainsi, le film décline totalement des codes du genre et s’inscrit dans une lignée plus proche d’Apollo 13 que de Gravity. On se retrouve passionné par les boires et les déboires du héros et ayant cru à cette extraordinaire bonté humaine, qui paraîtrait illusoire dans bon nombre de production Hollywoodienne.

Nonobstant à cette farandole quantitative et qualitative, il manque d’une certaine manière, la clé d’un chef d’oeuvre Scottien, en l’occurrence l’ingrédient philosophique. Que ce soit les théories cartésiennes sur la conscience et l’inconscience dans Blade Runner ou la vision matricielle et du viol dans Alien, la part philosophique de la filmographie de Scott est essentielle. Dans ce métrage, l’aspect humaniste n’est que survolé, surtout sur la partie solitude qui semblerait plutôt bien se passer alors que tout philosophe et/ou psychanalyste moderne affirmerait que la solitude est affreusement inhumaine. Ridley Scott, en athée convaincu, dissèque son sujet au travers de données scientifiques certifiées, au point d’entrer en contact avec la NASA pour affiner sa vision. Ainsi, Seul sur Mars reste une épure marquante, un éloge à la connaissance humaine, l’antithèse parfaite à la vision mystique et divine, développée par ce misanthrope de Christopher Nolan dans Interstellar. Certes, les lourdeurs sont amoindries et le film n’en est que plus agréable mais il change ainsi de statut. Nous ne sommes donc plus en présence d’un chef d’œuvre intemporel mais d’un excellent divertissement.

Seul sur Mars se présente donc comme la quintessence qualitative du blockbuster américain contemporain. Il condense à lui seul l’ensemble des qualités attendues pour le genre de la science fiction de nos jours, à savoir une technique à proprement parlé parfaite, une vision enthousiasmante du genre humain et des décors majestueux. Il est cependant dommage que cette prouesse soit faite au travers d’un récit lissé de toute vertu philosophique majeure, pourtant concentré du talent de Ridley Scott, sans pour autant être une coquille vide. L’augure cinématographique de Scott s’est donc fortement éclaircie auprès des spectateurs et du public, qui retrouve avec ce long métrage, un niveau inespéré.

Synopsis: Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Seul Sur Mars : Fiche Technique

Titre original : The Martian
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Drew Goddard d’après le roman « The Martian » d’Andy Weir
Casting: Matt Damon (Mark Watney), Jessica Chastain (Melissa Lewis), Kate Mara (Beth Johanssen), Sebastian Stan (Dr Chris Beck), Michael Pena (Rick Martinez), Aksel Hennie (Alex Vogel), Kristen Wiig (Annie Montrose), Jeff Daniels (Teddy Sanders), Naomi Scott (Ryoko), Sean Bean (Mitch Henderson), Mackenzie Davis (Mindy Park), Chiwetel Eijefor (Venkat Kapoor).
Direction artistique : Mónika Esztán et Matt Wynne
Décors : Arthur Max
Costumes : Janty Yates
Montage : Pietro Scalia
Musique : Harry Gregson-Williams
Production : Mark Huffam, Simon Kinberg, Michael Schaefer, Ridley Scott et Aditya Sood
Sociétés de production : Kinberg Genre et Scott Free Productions ; International Traders, Mid Atlantic Films et 20th Century Fox (coproductions)
Sociétés de distribution : Drapeau : États-Unis 20th Century Fox
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 108 000 000$
Langue : anglais
Durée :  141 minutes
Genre : Film de science-fiction
Dates de sortie : 21 octobre 2015
Box office : 329 893 151$ au 23/10/15

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Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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