Sense8, une série des Wachowski et Straczynski : critique saison 1

Après un succès mitigé avec Cloud Atlas et encore plus avec Jupiter : Le Destin de l’Univers, les Wachowski (Matrix, V pour Vendetta), accompagnées de Straczynski (auteur de la bande-dessinée Babylon 5), se lancent dans les séries avec Sense8, un format avec lequel elles semblent plus à l’aise pour développer leur univers si singulier.

“I have this feeling. I’m going to have a really good day today.”

C’est pourtant, encore une fois, avec des avis mitigés qu’est accueillie la nouvelle oeuvre des Wachowski. Tantôt critiquée pour sa naïveté et sa portée philosophique fumeuse, tantôt encensée pour son originalité et son optimiste qui fait chaud au coeur, Sense8 divise.

Obligé de jongler de pays en pays et de personnage en personnage, le début de la série est difficile à appréhender. Notamment parce qu’elle est diffusée sur Netflix, qui sort la saison entière d’une traite (et non pas un ou deux épisodes par semaine, comme la plupart des chaînes de télévision), et qui nous oblige donc à considérer l’oeuvre comme un long film de douze heures, impliquant alors certaines longueurs durant la mise en place de l’intrigue. Si toutefois il est difficile d’entrer dans le premier épisode, on en ressort suffisamment intrigué pour enchainer avec la suite et très vite, cet univers hostile devient familier, et on se prend alors d’affection pour ses personnages qu’on apprend progressivement à connaitre et apprécier. Des personnages un tantinet clichés, que ce soit Lito, l’acteur gay mexicain ou Sun, l’experte en arts martiaux coréenne. Mais tous ont suffisamment de profondeur et leurs conflits personnels sont assez développés pour qu’ils parviennent à nous toucher. Les personnages secondaires ont eux aussi leur importance, on pense notamment à Amanita, la petite amie de Nomi dont l’humour et la légèreté contrebalance la gravité du récit de cette ancienne hackeuse transsexuelle. On s’attache aussi à l’adorable Daniela et à Hernando, le petit ami de Lito, qui forment tous les trois un trio touchant.

Mais une question se pose, Sense8 est-elle clichée ? Est-elle trop caricaturale ? On ne peut, en effet, nier un certain kitsch ambiant et des grosseurs scénaristiques, mais si on met de côté quelques incohérences maladroites, on sent une volonté de dérision. Et ça passe déjà par le mélange des genres, la série mixe thriller, science-fiction, romance et même telenovela. Alors, une scène comme celle où Wolfgang se venge en sortant un bazooka de son coffre et fait exploser ses ennemis, prend une dimension comique incontestable. Des clichés parfois tellement énormes qu’ils en deviennent grotesques, et regarder cette scène tout droit sortie d’un blockbuster testostéroné au milieu de scènes plus dramatiques devient alors drolatique et jouissif. Et avec les très nombreuses touches d’humour disséminées tout au long de la série, nous sommes invité à regarder cette dernière avec beaucoup de légèreté.
Et pourtant Sense8 a sa part de drame, abordant des questions comme celle du genre, de l’image de soi, de l’orientation sexuelle, du deuil ou encore de la santé mentale. Mais avec ce mélange de genre, on nous pousse à nous détacher de la tragédie et à voir les choses avec un certain optimisme. Comme tout au long de leur carrière, on retrouve les notions chères aux Wachowski, une réflexion métaphysique sur la connexion, l’humanité ou encore la réincarnation. C’est donc avec beaucoup de bienveillance et de tendresse que les créateurs abordent les sujets difficiles, et c’est sans aucun tabou que tout cela nous est présenté. D’où les scènes de sexe parfois crues mais d’une esthétique irréprochable, transformant une orgie en un magnifique tableau de corps si différents et pourtant si harmonieux. C’est cette transparence et cette sincérité qui permettent à Sense8 d’assumer son côté cliché et grosses ficelles. Car Sense8 est avant tout une série “feel-good” en témoigne la scène exaltante durant laquelle tous les sensates se mettent à chanter à l’unisson “What’s Up” de 4 Non Blondes.

L’épisode de Noël, sorti ce 23 décembre, est l’exemple parfait de cet optimiste dégoulinant dans lequel on se complait tant. C’est sur une scène hypnotique, rythmée par l’électrique reprise de « Feeling Good » par Avicii, que s’ouvre cet épisode bonus. Ne faisant en aucun cas avancer l’intrigue, on fait une pause dans le temps et on observe le quotidien d’étrangers devenus si familiers. A l’instar de This Is Us, l’action n’est pas nécessairement utile à la série et on se délecte de voir les personnages vivre, tout simplement. On a alors le droit à l’une des plus belles scènes de la série, celle ou les sensates fêtent leur anniversaire commun dans une multiplicité de lieux et dans un mélange hétéroclite de danses et de musiques, avec un bonheur extatique contagieux.
Alors qu’une multitude de lieux et de personnages aurait pu engendrer un résultat catastrophique, le montage impeccable nous fait faire le tour du monde avec une fluidité surprenante. On regrette néanmoins que les acteurs ne s’expriment qu’en anglais, malgré le casting international, empêchant de nous immerger davantage dans la culture de chaque protagoniste.

Que l’on soit ou non réceptif à cette humanité et optimiste débordants, on ne peut que saluer l’ambition des créateurs qui se sont risqués à créer quelque chose de personnel, sincère et original. Reste à voir si la série continuera de dépeindre des tableaux de vie au risque de se répéter ou si elle se concentrera d’avantage sur l’intrigue et sur Whispers (le mystérieux méchant).

Réponse en mai !!

Sense8, saison 1 : Bande-annonce

Synopsis : Huit individus éparpillés aux quatre coins du monde sont connectés par une soudaine et violente vision. Désormais liés, ils se retrouvent capables du jour au lendemain de se voir, de se sentir, de s’entendre et de se parler comme s’ils étaient au même endroit, et ainsi accéder aux plus sombres secrets des uns et des autres. Les huit doivent dès lors s’adapter à ce nouveau don, mais aussi comprendre le pourquoi du comment. Fuyant une organisation qui veut les capturer, les tuer ou faire d’eux des cobayes, ils cherchent quelles conséquences ce bouleversement pourrait avoir sur l’humanité.

Sense8 : Fiche Technique

Créateurs : Lana et Lilly Wachowski, Joseph Michael Straczynski
Réalisateurs : Lana et Lilly Wachowski, Tom Tykwer, Jame McTeigue, Dan Glass
Interprétation : Aml Ameen et Toby Onwumere (Capheus), Bae Doona (Sun), Jamie Clayton (Nomi), Tina Desae (Kala), Tuppence Middleton (Riley), Max Riemelt (Wolfgang), Miguel Angel Silvestre (Lito), Brian J. Smith (Will), Alfonso Herrera (Hernando), Erendira Ibarra (Daniela), Freema Agyeaman (Amanita)…
Décors : Hugh Bateup
Costumes : Lindsay Pugh
Photographie : John Toll, Frank Griebe, Christian Almesberger, Danny Ruhlmann
Montage : Joe Hobeck, Joseph Jett Sally
Musique : Johnny Klimek, Tom Tykwer
Producteurs délégués : Grant Hill, Lana et Lilly Wachowski, Joseph Michael Straczynski
Sociétés de production : Studio JMS, Georgeville Television, Reliance Entertainment, Motion Picture Capital
Chaine : Netflix
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction, Drame
Durée : entre 45 et 66 minutes, 12 épisodes
Lieux de tournage : Reykjavik (Islande), Amsterdam (Pays-Bas), Argyll (Ecosse), Berlin (Allemagne), Chicago (Illinois), Chippenham et Londres (Angleterre), Los Angeles, Redwoods et San Francisco (Californie), Malte et Mexico (Mexique), Mumbai (Inde), Nairobi (Kenya), Positano (Italie), Sao Paulo (Brésil), Seoul (Corée du Sud)

États-Unis  2015

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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