The Riot Club, un film de Lone Scherfig – Critique

Entourés d’un aura de mystère, les sociétés secrètes ont toujours passionné le grand public, que ces mystérieux clubs fassent partie de notre quotidien ou qu’ils renvoient aux plus prestigieuses universités. Il suffit de regarder la presse, qui fait sans cesse ses unes sur la franc-maçonnerie, sans jamais apporter grand chose au moulin. Aux États-Unis les fraternités, qu’elles aient ou non pignon sur rue, sont un sujet pour quantité de cinéastes dans divers genres, du thriller à la comédie pour adolescents. The Riot Club n’a donc rien d’original dans son propos, si ce n’est peut-être sa localisation. Car voir les débordements d’une université aussi prestigieuse et supposément coincée qu’Oxford pourrait surprendre. Mais après tout, la débauche n’est pas exclusive à l’autre côté de l’Atlantique.

Synopsis : Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

Dix gosses en colère

C’est donc dans la seconde plus vieille institution d’outre-Manche (Cambridge les précédant de peu) que se situe l’action. Un repère de jeunes hommes et femmes sur les épaules desquels repose une partie du destin du royaume. Certains viennent d’un milieu difficile, d’autres sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, qui se transmet de génération en génération. C’est bien sûr à cette seconde catégorie que The Riot Club va s’intéresser. Cette société d’élite est en effet réservée aux plus riches, aux plus intelligents et aux plus influents des élèves. Chaque génération doit compter dix membres dans ses rangs.

Soit dix personnages (au minimum) à la personnalité unique et suffisamment reconnaissable, malgré des tenues vestimentaires relativement proches. Forcément, il faut malgré tout faire des choix. Le scénario nous montre donc l’essentiel de la majorité de ses membres, et les rend tous distincts, ce qui en soi est déjà remarquable. Il se concentre ensuite sur deux d’entre eux, nouvellement arrivés et qui auront pour tâche de faire découvrir au spectateur les dessous du Riot Club avec un œil neuf. Si cette partie est plutôt bien traitée, les conflits, eux, sont malheureusement réduits à la portion congrue.

Orgueil et préjugés

Car ce qui fait le sel de ce récit, plus que le comportement gentiment choquant des membres du club, c’est bien l’évolution des rapports entre ses membres, et principalement la relation entre Alistair et Miles, les deux nouveaux précédemment cités. Si leur rivalité apparaît vite évidente, le récit peine à nous la faire vraiment ressentir, ou à lui donner une raison autre que « c’est comme ça ». Si l’on découvre assez bien la personnalité de Miles, incarné par un Max Irons convaincant, c’est bien le vénéneux Alistair, interprété par l’excellent Sam Clafin, qui nous échappe. Et c’est bien dommage, car c’est lui qui va se révéler l’élément déclencheur du film. Passer plus de temps en sa compagnie aurait pu être un choix judicieux.

Malgré tout, la réalisatrice Lone Scherfig remplit parfaitement son office. Sa caméra suit ce groupe de garçons en offrant un regard extérieur, sans chercher à susciter ni l’empathie ni le dégoût. La montée en tension lors du repas, qui occupe facilement les deux tiers du film, est parfaitement exécutée. On sait par avance ce qui va se passer, mais on ne sait pas quand ou comment l’orage va éclater. Saluons également le travail de Laura Wade, qui a parfaitement réussi le passage de la pièce de théâtre au scénario pour le grand écran.

Sans vraiment surprendre, The Riot Club est une très belle plongée dans l’univers de ses sociétés secrètes auxquelles sont censés avoir adhéré la majorité des puissants du royaume (le premier ministre David Cameron et le maire de Londres Boris Johnson ont supposément été membres de clubs de ce genre). Si elle n’apporte finalement rien de nouveau au genre, Lone Scherfig parvient à nous entraîner dans ce monde fascinant réservé à l’élite. La fin, en particulier, est absolument superbe dans son cynisme glaçant.

The Riot Club – Fiche Techinique

Royaume-Uni – 2014
Drame
Réalisatrice : Lone Scherfig
Scénariste : Laura Wade, d’après son oeuvre
Distribution : Max Irons (Miles Richards), Sam Clafin (Alistair Ryle),Holloday Grainger (Lauren), Freddie Fox (James Leighton), Douglas Booth (Henry Villiers)
Producteurs : Graham Broadbent, Peter Czemin
Directeur de la photographie : Sebastian Blenkov
Compositeur : Kasper Winding
Monteur : Jake Roberts
Production : Blueprint Pictures
Distributeur : Paramount Pictures France

Auteur : Mikael Yung

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