Retro Stephen King : The Mist, un film de Frank Darabont

A la fois effrayant par son incroyable bestiaire mais aussi par la description sans concession de la face la plus sombre de l’humanité, Franck Darabont signe avec The Mist une œuvre impressionnante, dont le pessimisme nous hante bien après le visionnage.

Synopsis : Tandis qu’une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine, David Drayton et son jeune fils Billy se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d’autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à s’apercevoir que le brouillard est peuplé d’inquiétantes créatures…
Leur seule chance à tous de s’en sortir consiste à s’unir. Mais est-ce possible quand on connaît la nature humaine ? Alors que certains cèdent à la panique, David se demande ce qui est le plus effrayant : les monstres qui rôdent dans la brume ou ses semblables réfugiés dans le supermarché ?

Franck Darabont n’est pas inconnu lorsqu’on évoque le nom de Stephen King. Avec déjà deux adaptations à son actif, Les Evadés et La Ligne Verte, le cinéaste a su démontrer par ces deux quasi chefs d’œuvre son talent à s’approprier l’univers de King tout en nous proposant une réflexion captivante et non édulcorée sur la condition humaine. Il faudra désormais y rajouter The Mist, sa troisième adaptation d’un roman du maître de l’épouvante, qui n’échappera pas à cette règle.

The Fog en mode survival

Et dès le départ, le réalisateur affiche une mise en scène des plus épurées pour nous présenter le contexte principal de son long-métrage. Elle sera pourtant diablement efficace : en à peine 15 minutes et une économie d’effets, le spectateur est plongé dans le mystère le plus total, enveloppé d’une ambiance inquiétante et mystérieuse symbolisée par la venue de ce singulier brouillard débarquant sans aucune raison apparente. Il aura ainsi suffi d’une sirène, d’une cavalcade de véhicules militaires et policiers, d’un homme en sang apeuré et de cette fameuse brume pour faire naître une certaine tension chez le spectateur.  Ce cloisonnement de dizaines de personnes dans le supermarché, souligné par une sensation de coupure avec l’extérieur (plus de téléphone, ni d’électricité), permettra à Darabont de nous présenter un nouveau regard sur la peur. Ce dernier sera la coordination de deux tendances : une peur que l’on peut lier à l’enfance, et qui concerne directement le brouillard et ses occupants (la peur de l’inconnu, de la pénombre et des monstres s’y dissimulant), et une autre beaucoup plus mature, liée aux attitudes et actes des individus les uns envers les autres en cas de catastrophe (la peur des autres). Ces deux tendances, fils rouges du long métrage, seront brillamment exploitées.

En effet, la première réussite vient de son incroyable galerie de monstres, ce qui pour un film de genre demeure une condition nécessaire. Si certains ne restent perceptibles que par leur ombre ou certaines parties de leur anatomie (des tentacules, des pinces…), d’autres sont visibles dans leur intégralité, et incarnent la sensation même de cauchemar d’enfant. Car ces créatures, au-delà du fait qu’elles soient tout bonnement effrayantes (et ce malgré quelques CGI très limites par moments!), sont aussi très diverses. A titre d’exemple, nos malheureux protagonistes seront confrontés à des aigles difformes, des araignées immenses, ou encore des mantes religieuses de plusieurs mètres de haut. Ce qui donne lieu à des attaques souvent impressionnantes, tant par leur impact visuel que par le suspense qui y a précédé. La maîtresse de ces séquences reste celle de la pharmacie, avec la ruée des araignées vers leurs différentes proies. Avec une montée crescendo de la tension, l’attaque n’en est que plus éprouvante, renforcée par un aspect gore réaliste (les araignées projettent des toiles acidifiées sur leurs victimes, leur liquéfiant par conséquent la peau), ponctuel sur la longueur et donc utilisé à bon escient. Mais ces monstres ne seront pas le seul obstacle que connaîtront les survivants. Et gage est donné à Darabont d’illustrer ce fameux adage hobbesien : « l’homme est un loup pour l’homme ».

La bête humaine

Si le sentiment de peur face à ce qu’on ne connaît pas est facile à démontrer, il est tout de suite plus difficile de le décrire face à ses semblables. Ce que fait pourtant Franck Darabont sans fausse note ni grandiloquence. Bien qu’on puisse le comparer de prime abord à Zombies de Romero tant le sujet est similaire (un groupe de personne survit à l’apocalypse à l’intérieur d’un magasin), le message qu’il s’en dégage n’est pas de même nature. Contrairement à Zombies qui pointait du doigt les dérives de la société de consommation, The Mist est la description du bouleversement du quotidien, d’une appréhension de la fin du monde, et par conséquent de la mise à nu du véritable visage de l’homme. Perdu et désemparé, avec nul vers qui se tourner, ce dernier n’a d’autre choix que de se raccrocher à n’importe quelle solution ou discours lui donnant un semblant de direction à suivre. Il est d’ailleurs d’autant plus facile d’imposer un nouvel ordre dans un monde en plein chaos. Cela sera illustré par le personnage de Marcia Gay Harden (impressionnante de froideur) alias Mme Carboni, dame acariâtre au quotidien, qui se révélera dangereuse au fur et à mesure des événements. Elle s’imposera très vite en véritable gourou, jouant du sophisme comme personne, entraînant avec elle ces innocents perdus en quête d’un quelconque exemple à suivre. Représentante de plus, selon ses dires, de la parole divine, elle exigera même des sacrifices humains afin de combler l’appétit vorace des monstres, au détour d’une scène d’une rare cruauté. Comme le mentionne explicitement un des personnages : « plus les gens auront peur, et plus elle aura de pouvoir ».

La montée progressive des tensions entre les deux types de personnages (ceux buvant les paroles, et les autres préférant leur liberté) cache donc en filigrane une critique de la religion mais à son sens le plus primitif, le plus sectaire, et de l’opportunité des hommes à l’imposer facilement. Et ce jusqu’à une conclusion déchirante, où le peu d’espoir véhiculé retombe tel un soufflé. Pas commun pour un film de ce genre ! Mais là où The Mist tombe un peu trop dans les travers de la série B classique, c’est dans sa manière de vouloir irrémédiablement tout expliquer, notamment l’existence même du brouillard. Alors que le mystère le plus total, un peu à la manière d’un Cube, aurait eu davantage d’impact, une explication fort peu convaincante, dont la substance rappelle les vieux épisodes de La Quatrième Dimension, nous est servie et est presque inappropriée ici.

Si l’on accepte cet aspect dommageable, force est de constater que The Mist reste une des meilleures adaptations de Stephen King à ce jour. D’un pessimisme radical rentrant en totale contradiction avec certaines œuvres du réalisateur (notamment Les Evadés), et alimenté par une tension permanente, Franck Darabont signe une fable cruelle et dérangeante.

The Mist : Bande Annonce

The Mist : Fiche technique

Réalisation : Franck Darabont
Scenario : Franck Darabont, d’après l’œuvre de Stephen King
Interprétation : Thomas Jane (David Drayton), Marcia Gay Harden (Mme Carmody), Laurie Holden (Amanda Dunfrey), Andre Braugher (Brent Norton), Toby Jones (Ollie), William Satler (Jim Grondin)…
Photographie : Rohn Schmitz
Montage : Hunter M. Via
Décors : Gregory Melton, Raymond Pulmilia
Costumes : Giovanna Ottobre Melton
Directeur Artistique : Alex Hadju
Production : Franck Darabont, Liz Glotzer, Anna Garduno, Randi Richmond, Denise M. Huth, Harvey Weinstein, Bob Weinstein, Richard Saperstein
Société de production : Dimension Films, The Weinstein Company
Distribution : TFM Distribution
Durée : 125 minutes
Genre : Epouvante – Horreur
Date de sortie : 27 février 2008
Etats-Unis – 2008

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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