Rencontre avec Keanu Reeves pour OCS spécial Cannes 2016

Entretien avec Keanu Reeves à l’occasion de la présentation du programme spécial Cannes de la chaîne OCS :

OCS met Cannes à l’honneur dans une programmation riche et exceptionnelle :

Le festival de Cannes approche à grands pas ! Pour l’occasion, OCS a présenté à la presse sa programmation spéciale prévue pour toutes les chaînes du bouquet avec en prime une entrevue exceptionnelle avec Keanu Reeves. Sur OCS Max, une émission quotidienne « Cannes, Séries & Cie » sera présentée par Sophie Soulignac et Stéphane Charbit dès le 14 mai à 20h20. La chaîne diffusera entre autres une sélection de films des plus grands réalisateurs : David Cronenberg, Jane Campion, Walter Salles, Sofia Coppola, Xavier Dolan, Woody Allen, Quentin Tarantino…
OCS City proposera un palmarès cannois avec des films emblématiques tels que The tree of life de Terrence Malick, Gomorra et Reality de Matteo Garrone, Thirst de Chan-wook Park, Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, Les Invasions Barbares de Denys Arcand et bien d’autres encore primés dans les différentes catégories.
La chaîne OCS Choc prévoit deux soirées spéciales autour de Nicolas Winding Refn et Paul Verhoeven tandis que OCS Géant programmera deux soirées en hommage à Ettore Scola, cinéaste engagé italien décédé en janvier dernier, à 84 ans.

Keanu Reeves et la révolution numérique :

Dans le cadre de la programmation cannoise, OCS City diffusera un documentaire inédit produit par Keanu Reeves : Side by Side, la révolution numérique. Dans ce film, Keanu a interrogé de grands noms de l’industrie du film (Martin Scorsese, George Lucas, Vittorio Storaro…) sur les progrès du cinéma et sur la technologie numérique. Est-ce une révolution ? Est-ce la fin du Cinéma ?
Lors de la présentation de ce programme Spécial Cannes, l’acteur et réalisateur s’est joint à l’équipe d’OCS pour un échange passionné autour du cinéma d’hier et de demain. La présentatrice Sophie Soulignac a dirigé l’interview dont vous trouverez, ci-dessous, un extrait rédigé en français et en anglais, et complété par un autre filmé :

Sophie Soulignac : How did you transform into an interviewer ? You wanted to be as a layman or a future expert ?
Comment êtes-vous entré dans la peau d’un interviewer ? Vous vouliez être comme un profane ou comme un futur spécialiste ?
Keanu Reeves : Actually when I was a kid, I was a host of a talkshow, of a « kidshow ». And when I was 17, I did the show, I was interviewing people and I enjoyed it very much because I was investigating a subject, something that I love. So it was very cool to do the research on everyone that I was meeting and I was learning aswell.
En fait, quand j’étais petit, j’animais un talkshow, un « kidshow ». Et à 17 ans, dans le contexte du show, j’ai interviewé des gens et j’ai vraiment aimé ça car je devais enquêter sur un sujet, sur quelque chose que j’adorais. C’était vraiment génial de faire des recherches sur tous ces gens que je rencontrais et dont j’ai appris en même temps.

Before you made this documentary, did you imagine how brutal this revolution would be ?
Est-ce que vous aviez conscience avant de démarrer ce documentaire à quel point cette révolution avait été violente ?
Keanu Reeves : Absolutly not. When I was starting the documentary, I didn’t think that Henry’s Crime, the project that I was on, would be the last work I would ever be a part of that sort of films. When I was working on Henry’s Crime in 2011, film was the majority technology use. Today in 2016, it’s the minority and not almost. I wasn’t expected that. So George Lucas was right. (Editors note : in the documentary, Lucas said : « A lot of big meetings say I was the devil incarned. I was going to destroy the industry, I was going to destroy all their jobs. »)
Absolument pas. Quand j’ai commencé ce documentaire, je n’imaginais pas que Henry’s Crime, le projet sur lequel je travaillais, serait le dernier film du genre que je tournerais. Quand je travaillais sur Henry’s Crime en 2011, la pellicule était la technique la plus utilisée. Aujourd’hui en 2016, c’est celle qu’on utilise le moins voire quasiment pas. Je ne m’attendais pas à ça. Donc George Lucas avait raison. (NDLR : dans le documentaire, Lucas expliquait : « Dans de nombreux débats, on disait que j’étais le diable incarné, que j’allais détruire l’industrie, que j’allais détruire leurs métiers. »).

What can we expect concerning the digital technology ?
A quoi peut-on s’attendre concernant le numérique ?
Keanu Reeves : Numerical aspect created the possibility to tell stories in so many way. The technology is definitly implosing itself on traditional exhibitions and the executors are pushing it back. But it’s a big wave that’s coming. What I’ve seen is that people are trying to create other experiences for communal. We’ve seen a lot more of amusment parc ideas in 4D and in China, they’re exhibiting tv shows in theatres. So there obviously seems to be an impulse wether it’s from the business side who find an opportunity to create another monetizing experience but people want to get together, they want to get outside…
L’aspect numérique a déclenché cette possibilité de raconter des histoires en grand nombre de plein de façons différentes. La technologie s’impose véritablement sur les méthodes traditionnelles de diffusion et les distributeurs se rebiffent mais c’est une grande déferlante qui arrive. J’ai aussi constaté que les gens essayent de créer de nouvelles expériences partagées. Nous voyons émerger beaucoup de parcs d’attractions en 4D et, en Chine, ils projettent des émissions de télé dans les cinémas. Donc il y a sans doute une impulsion de la part du marché qui y voit une opportunité de faire de l’argent mais toujours est-il que les gens aiment se rassembler, ils aiment sortir…

Suite de l’entretien avec Keanu Reeves en vidéo (à retrouver sur notre chaîne Youtube) :

« To be a cinematographer is to have the knowledge of the Art. Without any doubt, Cinema today is a mixing of art in technology. » – Vittorio Storaro, Side by Side. (Être un directeur de la photographie c’est avoir la connaissance de l’Art. Sans aucun doute, le cinéma d’aujourd’hui est un mélange d’art et de technologie)

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Entretien avec Victoria Verseau sur « Trans Memoria »

Dans cet entretien, la réalisatrice Victoria Verseau revient sur "Trans Memoria", un film intime et sensoriel où mémoire, deuil et transition se mêlent. Elle y évoque Meril, son amie disparue, la construction du film, la présence d’Athena et Aamina, et la manière dont son geste artistique interroge identité, survivance et transformation.

Rencontre avec Tudor Giurgiu pour « Libertate »

Dans "Libertate", le cinéaste Tudor Giurgiu revient sur un épisode oublié de la Révolution roumaine de 1989 : des centaines de prisonniers enfermés dans une piscine à Sibiu. Entre manipulation médiatique, violence d'État et quête de liberté, le film interroge notre rapport à l’Histoire.

Cinemania 2024 : Interview portrait de la réalisatrice Zabou Breitman pour Le Garçon

Actrice aux multiples visages et réalisatrice audacieuse, Zabou Breitman revient avec Le Garçon, un objet filmique inclassable entre enquête documentaire et fiction. À l’occasion du festival Ciné Mania, elle se confie sur ce projet atypique, sa méthode intuitive et son attachement au Québec, dans un entretien à cœur ouvert.