Raid dingue, un film de Dany Boon : critique

Montrant davantage de sobriété tant dans le traitement de l’humour que de la conduite de son récit, Raid dingue, le dernier né de Dany Boon est pourtant pavé de maladresses. En résulte donc un film français loin d’être dingue plutôt qu’une comédie d’action réussie.

Synopsis : Johanna Pasquali est une fliquette pas comme les autres. Distraite, rêveuse et maladroite, elle est d’un point de vue purement policier sympathique mais totalement nulle. Dotée pourtant de réelles compétences, sa maladresse fait d’elle une menace pour les criminels, le grand public et ses collègues. Acceptée au centre de formation du RAID pour des raisons obscures et politiques, elle se retrouve alors dans les pattes de l’agent Eugène Froissard (dit Poissard), le plus misogyne des agents du RAID. Ce duo improbable se voit chargé d’arrêter le redoutable Gang des Léopards, responsable de gros braquages dans les rues de la capitale.

Bienvenue chez les machos! 

Dany Boon fait sans conteste parti des artistes français les plus décriés. Génie de l’humour et roi du box-office français pour les uns, symbole de la comédie populaire et du divertissement neuneu pour les autres, ses diverses réalisations n’ont pas laissé le public indifférent. Et ce pour diverses raisons, les principales étant une certaine efficacité dans le côté gagesque des personnages, et bien évidemment leurs colossaux succès dans les salles de cinéma. Profitant aussi de budgets de plus en plus considérables, surtout dans le paysage cinématographique français (rappelons que Supercondriaque a bénéficié d’un budget d’environ 31 millions d’euros), Boon se laisse aller à de multiples délires visuels, parfois très bien exploités pour illustrer son propos. On peut facilement faire la fine bouche devant ses œuvres, force est de reconnaître que le ch’ti sait y faire avec une caméra, montrant une réalisation impeccable ou encore rendant assez palpitant quelques séquences d’action. On se souvient notamment de la course poursuite sur autoroute dans Rien à Déclarer à bord d’une 2CV tombant en morceaux, ou encore du sauvetage final de Supercondriaque en pleine zone de guerre avec fusillades et pyrotechnies à la clé. Et ce modeste côté actionner se retrouve complètement dans RAID Dingue, sa dernière réalisation.

Car Dany Boon s’essaye cette fois à la comédie d’action, genre prolifique aux États Unis mais plutôt rare chez nous, à l’exception par exemple de quelques Belmondo fleurant bon les seventies, et qui sert pleinement de référence ici.  Pour illustrer l’arrivée de cette gaffeuse pistonnée (Alice Pol) dans l’univers très masculin et testostéroné du RAID, outre un budget encore plus colossal (plus de 34 millions d’euros), il s’est entouré de certains membres pour documenter son histoire, notamment les trois seules femmes de France faisant parties de cette unité, et a véritablement filmé au sein des locaux officiels. Ce souci d’authenticité favorise l’immersion et fait plonger avec facilité le spectateur au cœur du récit. Et pour mener ce dernier, Boon fait preuve d’une sobriété qu’on ne lui connaissait guère (sauf peut-être à l’instar de son premier film, La Maison du Bonheur). Avec une mise en scène toujours aussi lisible, renforcé par une lumière et un étalonnage des couleurs bien géré, il met de côté les gags en rafale pour davantage se concentrer sur des aspects plus dramatiques, voulant démontrer le quotidien parfois difficile de ces hommes dont la bravoure n’est plus à prouver. Mais si l’on salue l’idée, le rendu n’est en définitive pas du meilleur acabit.

Car le problème est bien là : Dany Boon n’est pas à l’aise lorsqu’il s’éloigne des sentiers battus. Le film s’évertue par exemple à faire un parallèle avec la triste actualité de nombreuses grandes villes d’Europe, à savoir les attentats terroristes, accompagné d’un regard plutôt incisif sur l’inappropriée omniprésence des journalistes pour couvrir ces événements. Cette tentative reste malgré tout maladroite car traitée à travers des séquences à peine survolées, rapidement expédiées. L’intensité dramatique n’ayant jamais le temps de s’installer, l’impact est quasi nul. Il en est de même pour le personnage qu’interprète Boon : en retrait par rapport à ses précédentes réalisations, son ton volontairement grave et surjoué à certains moments ne convainc pas. Ce n’était pas l’objectif du film dira-t-on, car RAID Dingue est avant tout une comédie. Mais là encore, bien qu’amoindries, les différentes parties comiques ne sont pas très originales. Les situations sont soit vues et revues (on aura encore droit à la sempiternelle séquence d’entrainement aux allures de clipshow enchaînant les gags prémâchés sur fond de musique pop) soit manquent relativement de folie.

Cette folie montre quand même ses bribes lorsque le personnage de Johanna Pasquali débarque à l’écran. Car là est le véritable argument du film : Alice Pol ! Si les instants drôles l’entourant ne sont pas tous réussis, ce personnage doux rêveur dégage une telle sympathie qu’il est difficile de résister. Emplie de charme, d’une grande naïveté et bêtise, mais également d’une détermination sans borne et un caractère passionné, elle incarne une Pierre Richard au féminin assez irrésistible. Folie qu’on retrouve également chez Yvan Attal dans un rôle à contre-emploi. Jouant le bad guy avec un accent russe à couper au couteau, il est à l’origine des principales scènes drôles du film, à l’image de celle des travestis, qui, si elle ne brille pas par sa subtilité, a le mérite de déclencher quelques rires.

Ces deux personnages, si l’on ajoute une réalisation maitrisée et également une ou deux scènes d’action réussies bien que trop timides, demeurent les principaux points forts du film. Pour le reste, RAID Dingue ne marquera pas les annales de la comédie française, et ne réconciliera pas les détracteurs de l’acteur-réalisateur.

Raid dingue : Bande-annonce

Raid dingue : Fiche technique

Réalisation : Dany Boon
Scénario : Sarah Kaminsky et Dany Boon
Interprétation : Alice Pol (Johanna Pasquali), Dany Boon (Eugène Froissard), Michel Blanc (Jacques Pasquali), Yvan Attal (Viktor), Sabine Azéma (Marie-Caroline Dubarry), Patrick Mille (Edouard Dubarry), François Levantal (Patrick Legrand), Florent Peyre (Olivier Lopez)…
Photographie : Denis Roudan
Montage : Elodie Codaccioni
Son : Lucien Balibar, Guillaume Bouchateau, Thomas Gauder
Producteurs : Jérôme Seydoux, Dany Boon, Patrick Quinet, Eric Hubert, Romain Le Grand, Vivien Aslanian
Sociétés de production : Pathé, Les Production du Ch’timi, TF1 Films Production, Artemis Productions
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 105 minutes
Genre : Comédie, Action
Date de sortie : 1er février 2017

France – 2016

Festival

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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