Pourquoi j’ai pas mangé mon père, un film de Jamel Debbouze : Critique

Pour sa toute première réalisation, autant dire que Jamel Debbouze s’est montré des plus ambitieux. En effet, au lieu de livrer un long-métrage des plus classiques, l’humoriste a préféré se lancer dans la mise en chantier d’un film d’animation.

Synopsis : L’histoire d’Édouard, fils aîné du roi des simiens qui, ayant été rejeté par les siens à cause de son aspect chétif, va se retrouver plonger dans une aventure qui va lui permettre de révolutionner l’ordre établi et mener son peuple vers l’évolution de l’humanité…

Jamel Debbouze singe son ambition

En motion capture, qui plus est ! Vous savez, cette technique qui a permis à Peter Jackson de donner naissance à Gollum ? Qui a aidé James Cameron à concrétiser son Avatar ? Qui s’est montré décisif pour la direction artistique du Tintin de Steven Spielberg ? Vous l’aurez compris, Jamel s’était lancé un pari d’envergure qui aurait très bien pu offrir de nouveaux horizons au cinéma français, aussi bien en termes de comédie que d’animation. Malheureusement, il s’est totalement loupé sur ce coup, et ce malgré le succès commercial de Pourquoi j’ai pas mangé mon père (plus de 2,3 millions d’entrées).

Déjà au niveau de l’aspect visuel : c’est tout simplement laid ! Il est vrai que Jamel Debbouze n’a pas bénéficié d’autant de moyens que sur Le Domaine des Dieux (23 millions d’euros contre un minimum de 30 millions), ni d’un talent aussi confirmé que Louis Clichy (ce dernier venant de chez Pixar). Mine de rien, il n’est pas excusable que Jamel se contente ainsi d’une œuvre qui, de nos jours, s’apparente bien plus à une cinématique de jeu vidéo issu de la première PlayStation que d’un film d’animation digne de ce nom. Et pour cause, l’ensemble ne donne nullement l’impression d’avoir été terminé, proposant pour le coup un visuel des plus discutables. Aux décors grossiers. Aux couleurs bien trop agressives pour la rétine. Aux personnages inexpressifs et raides comme des piquets ayant une gestuelle pesante et approximative. D’autant plus que le tout manque cruellement de finesse et de fluidité pour accrocher l’œil. Peut-être que si Jamel ne s’était pas autant pressé et avait pris plus de temps à fignoler son projet, le public aurait sans doute eu droit à quelque chose de bien plus présentable que cela.

Mais même si le rendu visuel avait été soigné, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se serait montré tout aussi décevant qu’il ne l’est déjà. La faute revenant principalement à une écriture en roue libre, qui transforme l’œuvre de Roy Lewis (Pourquoi j’ai mangé mon père, roman riche en thématiques) en un one man show raté. Un film dans lequel Jamel Debbouze ne fait que se donner en spectacle au point de se représenter littéralement à l’image (jusqu’à son atrophie) et en faisant jouer sa propre femme Mélissa Theuriau, productrice de métier et non actrice. N’en faisant que pour lui, Debbouze en oublie de donner de la matière à son histoire qui part véritablement dans tous les sens, se présentant telle une coquille vide et énervante à cause de comédiens braillant constamment à plein poumons (n’ayant pas eu droit à une sensationnelle direction d’acteur). Et surtout, il fait l’impasse sur ce qu’il réussit pourtant le mieux, à savoir l’humour. Contre toute attente, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se révèle être avare en gags et ne met que trop rarement dans le mille, les situations comiques et autres réparties tombant bien trop souvent à plat. Tout comme ce soi disant hommage à Louis de Funès (deux personnages, notamment celui de Vladimir, ayant son faciès et ses mimiques) qui le singe comme ce n’est pas permis. Autant dire qu’avec un divertissement qui brasse du vent et qui ne fait pas spécialement rire, les adultes et surtout les enfants n’auront pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Reste-t-il au moins des atouts à Pourquoi j’ai pas mangé mon père pour sauver les meubles ? Pas vraiment … Peut-être un rythme un chouïa endiablé qui permet à certaines séquences (comme celle de la charge des rhinocéros) de sortir du lot de par leur dynamisme. Ou encore une bande son, également en roue libre, mais qui offre un peu d’énergie à cette animation bien balourde et mollassonne. Certes, les plus jeunes pourront s’en contenter et se laisser aller sans s’ennuyer une seule seconde, mais cela n’est toujours pas suffisant pour faire passer cette terrible déception. Preuve que malgré son ambition et sa volonté, Jamel Debbouze s’est montré bien trop paresseux et n’a tout simplement pas l’étoffe d’un metteur en scène. Et ceci n’est pas une question d’animation, car même en dehors de ce genre de cinéma, il faut savoir diriger ses comédiens tout en parvenant à mettre en image ses idées via les différentes techniques mises à disposition (dont le montage, les effets spéciaux…). Critères que Jamel n’arrive pas à remplir ici, donnant pour le coup un produit brouillon au possible.

Pas sûr que les fans les plus assidus de l’humoriste puissent avoir leur compte avec ce long-métrage. Pourquoi j’ai pas mangé mon père a beau partir d’une idée novatrice pour le cinéma français, il n’est finalement rien d’autre qu’un cuisant échec sur bien des points. Si Jamel décide de persister sur la voie de la réalisation, il lui est fortement conseillé de faire mieux que cela. Sinon, il n’est vraiment pas certain que son prochain projet parvienne à réunir autant de spectateurs que Pourquoi j’ai pas mangé mon père.

Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Bande-annonce

Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Fiche technique

France, Italie – 2015
Réalisation : Jamel Debbouze
Scénario : Jamel Debbouze, Fred Fougea, Jean-Luc Fromental, Ahmed Hamidi, Victor Mayence, Pierre Ponce, John R. Smith et Rob Sprackling, d’après l’oeuvre de Roy Lewis
Interprétation : Jamel Debbouze (Édouard), Mélissa Theuriau (Lucy), Arié Elmaleh (Ian), Patrice Thibaud (Vladimir et Serguey), Christian Hecq (Siméon), Diouc Koma (Vania en motion capture), Adrien Antoine (doublage de Vania), Georgette Kala-Lobé (la Sorcière)…
Date de sortie : 8 avril 2015
Durée : 1h32
Genre : Animation
Direction artistique : Charles Pottier
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Musique : Laurent Perez
Producteurs : Fred Fougea et Romain Le Grand
Productions : Pathé, Boréales, Kiss Films, M6 Films, Cattleya, uFilm, Canal +, Ciné +, M6, W9, Stellar Mega Films, uFund, Le Tax Sherlet du Gouvernement Fédéral de Belgique et CNC
Distributeur : Pathé

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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