Person of Interest saison 1 à 5 : critique de la série

Si la série, Person of Interest, est indubitablement très orientée action, elle ne situe pas moins sur une thématique intelligente et plus profonde qu’il n’y paraît, très ancrée dans les problématiques de notre époque. Un bon compromis entre divertissement et réflexion. 

Synopsis : Harold Finch, informaticien de génie, a conçu une Intelligence Artificielle perfectionnée capable, en analysant l’ensemble des sources d’informations et de communication, de prévoir les attentats terroristes. Mais la Machine fait plus que ça : elle peut également prévoir tous les crimes prémédités. Laissant la CIA l’utiliser pour empêcher les attaques terroristes et s’avisant trop tard de leurs mauvais agissements, il a développé un moyen pour récupérer les informations sur ces crimes « non pertinents »  et s’est engagé à  trouver des hommes de terrain qui accepteraient de se dédier à sauver des innocents. C’est ainsi qu’il recrute John Reese, ex agent surentraîné de la CIA à la dérive. Ensemble, ils luttent contre le crime dans les rues de New York, et malgré leurs compétences et la Machine qui voit tout, ils auront fort à faire face au crime organisé, aux  agences secrètes ou groupuscules mystérieux désireux de s’emparer de la précieuse invention.

La possibilité d’une surveillance totale en pleine Amérique post-11 septembre, le Graal de la sécurité construit sur l’autel de la liberté sacrifiée, l’idée est séduisante. A l’heure où les services de renseignement semblent désemparés et incapables de prévoir les attentats terroristes, et où la population commence de plus en plus à redouter la surveillance cachée de leurs données personnelles, la révélation d’une telle invention provoquerait un scandale bien supérieur à l’affaire Snowden. Une thématique à la mode, comme en témoigne le récent Jason Bourne.

On comprend que cette machine soit gardée secrète, et que Finch agit dans l’anonymat le plus total, au risque de l’inquiétude et des dérives que cela peut engendrer. Des craintes légitimes pour ne pas donner naissance à un monde typiquement orwellien.

Sans oublier la thématique de l’Intelligence Artificielle, même si finalement ce n’est pas le sujet principal. Une intelligence aussi développée soit-elle peut-elle savoir ce qui est le mieux pour nous, sachant qu’apprendre à un programme à agir moralement est un des principaux obstacles sur lequel butent actuellement les scientifiques, et que Finch lui-même a dû créer plusieurs versions pour en garder une qui n’essaie pas de le tuer.

Cette thématique contribue à faire de person of interest une des meilleures séries diffusées sur une grande chaîne américaine.

Les personnages

Bien conscient des dérives potentielles, et de la corruption que peut entraîner un tel pouvoir, Harold Finch (Michael Emerson, également l’énigmatique Benjamin Linus de Lost) a tout fait pour s’assurer que personne, pas même lui, n’ait un contrôle total. Finch est un homme secret et complexe, qui éprouve une sorte de répulsion envers l’entité qu’il a créé, en même temps que de l’attachement envers sa création.

John Reese (Jim Caviezel), lui, se voit comme un soldat, un sauveur de la veuve et de l’orphelin dans l’âme, prêt à mourir pour remplir son devoir. Un combattant doté d’une grande intégrité, mais aussi un homme très solitaire, hanté par son passé.

Deux tempéraments distincts unis dans un même objectif, le rapprochement entre les deux sera lent, passant progressivement du statut d’associé à amis.

Les autres personnes qui les rejoindront dans leur mission ont une moralité plus ambiguë.

Fusco (Kevin Chapman), bon père de famille progressivement gagné par la facilité de la corruption, entrevoit dans le soutien à ces deux hommes étranges la possibilité d’une rédemption. Shaw (Sarah Shahi), super agent entraînée à tuer sans poser de questions, trahie et recueillie par l’équipe, se voit contrainte de changer ses méthodes expéditives. Ou encore Root (Amy Acker), hacker terroriste à tendance sociopathe, s’est donnée comme objectif de protéger la machine et est devenue une alliée de circonstances, avant de devenir un membre à part entière. Un joli revirement pour ce qui semblait être au départ une ennemie sans pitié que l’on n’aurait guère imaginé rejoindre le  groupe.

Une mythologie de plus en plus présente

Les premiers épisodes donnent l’impression que ce concept n’est qu’un prétexte pour des épisodes « affaires de la semaine », ce qui ne serait guère différent d’une série policière. Mais cette sensation s’estompe à l’arrivée de plusieurs intrigues, composantes d’une mythologie appelée à s’agrandir. Des flash-back, progressivement dévoilés au fil des saisons, nous en apprennent plus sur le passé des personnages, la création de la Machine et les enjeux qui en découlent.

Précisions quand même que ces épisodes « stand-alone » sont de bonnes factures. John Reese ne peut compter que sur ces compétences de combat pour s’en sortir ce qui donne lieu à pas mal d’action plaisante. Par plusieurs éléments (crimes prémédités, agissements anonymes) les affaires diffèrent des enquêtes policières classiques et apportent une certaine originalité.

Enfin, point crucial, l’accès limité à la Machine ne permet pas de savoir si la personne cible est la victime ou l’assassin. Reese doit alors, espionnant ladite personne avec des moyens modernes, tenter de deviner dans quelles circonstances le meurtre aura lieu. Et les apparences étant souvent trompeuses, la situation est rarement ce qu’elle semble être. Victime ou criminel, bon ou mauvais, toutes les combinaisons sont possibles.

Certes, ces épisodes sont nombreux au début, mais beaucoup de bonnes séries ont commencé ainsi : donnant des prémices d’une mythologie dans la première saison avant de l’étoffer dans les saisons suivantes.

Une mythologie qui deviendra prépondérante à partir de la saison 3

A partir de la saison 3 apparaît en effet un tournant dans l’histoire. Une seconde Machine apparaît, Samaritain cette fois dans de mauvaises mains, et utilisée sans aucune restriction. Malgré tous les efforts de Finch, ce qu’il craignait s’est finalement produit, ailleurs, la technologie étant mûre. A méditer pour toute découverte potentiellement dangereuse…

C’est aussi dans cette saison que disparaît tragiquement un personnage apprécié.

La Machine et ses alliés humains entament donc une lutte secrète contre Samaritain et l’énigmatique Greer (John Nolan), ennemi implacable qui semble toujours avoir un coup d’avance. Manipulation de l’économie, programmes cachés dans les appareils nomades… Cette IA regroupe toutes les dérives possibles des technologies de communication et de surveillance, allant jusqu’à convaincre le gouvernement de la nécessité d’un contrôle total malgré le bafouement des libertés individuelles. « Les citoyens veulent qu’ils soient protégés, peu importe les moyens ».

Durant la dernière saison, la deuxième machine dévoile des plans encore plus extrême : sélection des individus les plus adaptés et projets d’épurations prévus. Devant un tel adversaire, les agents de l’ombre se dirigent de plus en plus vers un combat sans espoir.

Fautes d’audiences suffisantes, la saison 5 fut programmée pour être la dernière, avec un nombre d’épisodes réduit à 13, comme cela se produit parfois dans le monde des séries.

Conclusion de la lutte contre Samaritain, il faut cependant attendre les derniers épisodes pour que les héros s’avancent vers l’affrontement final en grande pompe. Harold Finch est forcé de remettre en question ses principes sacrés s’il veut avoir une chance de donner à ses alliés une chance de victoire. Il donne à sa création les moyens de se défendre et lui enlève toutes ses limitations. Le talentueux Michael Emerson donne là une jolie vision de la face sombre de son personnage.

Le dernier épisode conclut de manière épique et émouvante la série : sacrifice, mise au point de l’évolution de tous les personnages par un moyen scénaristique habile, et réflexion sur l’humanité par une Intelligence Artificiel qui cherche à comprendre ceux qui l’ont créé. Un final qui peut être qualifié de réussi.

Quelques failles dans le programme

Reese ou Shaw ont beau être super entraînés, la facilité avec laquelle ils se tirent d’affaire face à des hommes pourtant rompus au maniement des armes n’est pas toujours très crédible. Le nombre hallucinant de fusillades, d’affaires de corruption et de complots classent d’ailleurs New-York en tête de liste des villes les plus malfamés !

Le détective Fusco manque de développement, jusqu’aux derniers épisodes il risque sa vie sans même savoir contre qui il se bat et pourquoi !

La multitude des scènes d’action n’est pas sans contrepartie. Les affrontements avec moult fusillades avec les agents innombrables de Samaritain, jamais à court d’hommes de mains malgré les nombreuses pertes, deviennent répétitives et un brin lassantes (spécialement dans la saison 4), malgré plusieurs moments épiques (l’assaut de la bourse, la protection désespérée du centre de la Machine). Un écueil qui se fait au détriment du développement des personnages et d’une vraie avancée dans la situation.

Les objectifs de Samaritain, qui prétend vouloir créer un meilleur monde, et ses moyens mis en œuvre, n’hésitant pas à supprimer toute personne gênante, manque un peu de subtilité et de crédibilité. Un meilleur développement du concept, des thèmes de la sécurité en opposition avec la liberté, et des épisodes moins orientés action auraient été sans doute préférable.

Se déroulant dans une Amérique divisée entre une nécessaire surveillance et sa propre liberté, Person of Interest distille son propos au sein d’une œuvre de divertissement donnant la part belle à l’action, aux personnages forts et charismatiques, aux rebondissements et aux scènes épiques. Un spectacle qui prend d’ailleurs parfois le devant sur le développement des thèmes abordés. Malgré cet écueil, la série reste une œuvre intelligente et marquante. C’est définitivement un « show of interest ».

Person of Interest, saison 1 : Bande annonce 

Person of Interest : Fiche technique

Créateur : Jonathan Nolan
Scénario : Jonathan Nolan, Greg Plageman, Patrick Harbinson, David Slack, Amanda Segel…
Interprétation : Michael Emerson, Jim Caviezel, Kevin Chapman, Sarah Shahi, Amy Acker…
Photographie : Teodoro Maniaci
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : J. J. Abrams, Greg Plageman, Athena Wickham, Margot Lulick
Genre : action, science-fiction
Chaîne de diffusion US: CBS
Chaine de diffusion France : TF1
Format : 103 épisodes de 43 minutes

Etats-Unis – 2011

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William
Williamhttps://www.lemagducine.fr/
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