Paris, Texas, un film de Wim Wenders : critique

Avec Paris, Texas, Wim Wenders signe une de ses œuvres les plus connues et un hommage aux USA et à son cinéma.

Synopsis : Un homme est retrouvé, muet et errant dans le désert, en plein Texas. Son frère, habitant Los Angeles, est contacté pour venir le rechercher. Il ne l’avait pas revu depuis quatre ans.

Des plans splendides sur le désert, des espaces infinis, quelques notes d’une musique signée Ry Cooder… De nos jours, Paris, Texas est plus qu’un film : c’est une des œuvres iconiques d’un certain cinéma, un de ces hommages passionnés de cinéaste européen envers le 7ème art américain, et une des rares palmes d’Or incontestées de l’histoire du festival de Cannes.

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A l’origine du film, il y a un cinéaste allemand, Wim Wenders, qui s’était déjà fait remarquer par son admiration pour le cinéma américain (voir son film L’Ami Américain, avec Dennis Hopper, par exemple) et pour un de ses genres phares, le road movie. Avec Au fil du temps ou Alice dans les villes, le cinéaste avait déjà transposé avec succès en Allemagne (en RFA, à l’époque) ce genre typiquement américain. Wenders, présent aux USA depuis 1977 à la demande de Francis Ford Coppola pour préparer un film sur le romancier Dashiell Hammett, y fait la rencontre qui sera l’acte de naissance de Paris, Texas : l’acteur, écrivain et scénariste Sam Shepard. Celui-ci, co-scénariste de Zabriskie Point d’Antonioni, vient de finir un recueil de nouvelles, Motel Chronicles, qu’il fait lire au cinéaste allemand.

« Il y a une image qui existait dans une seule phrase des petites histoires de Motel Chronicles. L’image de quelqu’un qui quitte le freeway et se met en marche droit dans le désert (…). C’est une seule phrase et c’est vraiment là que le film a commencé. » Wim Wenders

Paris, Texas se déroule en trois actes, dans trois lieux différents, et avec trois ambiances particulières.

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Le premier acte se situe en plein désert du Texas. Travis (Harry Dean Stanton) marche, seul, loin de tout, en dehors même des chemins. Muet, il avance un peu comme un zombie, comme s’il devait uniquement aller droit devant lui. Il ne semble plus vraiment appartenir à l’humanité. « Tu as une tête de déterré », lui dira son frère Walter (Dean Stockwell), accentuant encore cette image d’un personnage presque mort.

Un personnage qui est ici parfaitement à sa place. Dans ce décor désertique, l’humanité est inexistante et tout semble mort. Les maisons sont abandonnées, les carcasses de voitures finissent de rouiller. Wenders installe une totale cohérence entre le décor et le personnage. Le mutisme de Travis correspond au silence de ces espaces infinis. La maigreur famélique du personnage est mise en parallèle avec la sobriété de la mise en scène et de la musique.

Dans cette première partie, Wenders réalise le road movie ultime : le voyage sans but, qui ne sert ni à fuir ni à poursuivre quelqu’un ou quelque chose. Le personnage qui va droit devant lui, perdu au bout du monde, loin de toute humanité, l’endroit tellement désertique qu’il en devient même irréel et magnétique. L’errance comme mode de vie, ou de non-vie pour un personnage plus mort que vivant.

Le second acte est très différent. Arrivé à Los Angeles, Travis vit chez son frère Walter, la femme de celui-ci, Anne (Aurore Clément), et leur enfant Hunter (qui est, en fait, le propre fils de Travis, qu’il a abandonné pour partir dans son errance désertique).

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Cette partie est basée sur l’opposition entre les deux frères. Là où Travis menait une vie libre dans le mutisme et loin de tout, Walter représente l’Américain moyen, vivant au cœur de la civilisation. L’un est dans le monde obsessionnel de ses pensées, l’autre est dans la réalité triviale : une vie de famille, un travail, une maison, etc.

Cette partie est peut-être la moins intéressante du film. Le spectateur voit vite où Wenders veut en venir : ce sont les difficiles retrouvailles entre un père et son fils. C’est le portrait d’un enfant qui découvre que ses parents ne sont pas vraiment ses parents. C’est aussi la certitude, pour nous spectateurs, que Travis n’est pas fait pour une vie sédentaire. Enfermé dans cette maison, il semble aussi à l’étroit que lorsqu’il enfile un des costumes de son frère. A peine arrivé, il passe la nuit à scruter l’horizon avec des jumelles. Et Wenders nous montre un décor chargé par l’omniprésence de routes, autoroutes, aéroports, bref tout une série de chemins qui sont autant d’appels du large.

Du coup, personne n’est vraiment surpris lorsque Travis reprend la route. Il a retrouvé un fils, il lui faut maintenant retrouver sa femme, Jane (Nastassja Kinski). Retour vers le Texas, non plus celui du désert, mais la grande ville, Houston, présentée comme un lieu de perdition qui s’oppose à la pureté du début du film. Et le spectateur aborde alors un final splendide, très chargé d’émotions, l’histoire d’un amour fusionnel et libre, loin de toutes conventions sociales.

Parce que finalement, c’est bien là un des thèmes majeurs du film, la liberté. Thème central de tout road movie, dont Wenders a su saisir l’essence. La liberté absolue d’un homme, et celle d’un amour fou, douloureux, tellement hors-norme qu’il en devient impossible.

Malgré ce que l’on pourrait qualifier de ventre mou, Paris, Texas reste une œuvre forte et émouvante, justement récompensée par une des rares Palmes d’or incontestées.

Paris, Texas : bande annonce

Paris, Texas : fiche technique

Réalisateur : Wim Wenders
Scénario : Wim Wenders, Sam Shepard, Kit Carson, d’après une nouvelle du recueil Motel Chronicles, de Sam Shepard
Interprètes : Harry Dean Stanton (Travis), Dean Stockwell (Walter), Nastassja Kinski (Jane), Aurore Clément (Anne), Hunter Carson (Hunter)
Montage : Peter Przygodda
Photographie : Robby Müller
Musique : Ry Cooder
Producteur : Don Guest, Anatole Dauman
Sociétés de production : Road Movie Filmproduktion, Argos Film, Westdeutscher Rundfunk, Channel 4 films, Pro-ject Filmproduktion, Wim Wenders Stiftung
Société de distribution : Argos Films
Genre : drame
Durée : 147 minutes
Date de sortie en France : 19 mai 1984

France-RFA- 1984

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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