Paranormal Activity: The Marked Ones : Critique du film

À l’annonce de ce nouveau Paranormal Activity, l’étonnement était au rendez-vous. Non pas que la sortie d’un énième opus de cette saga à pigeons soit une surprise. Mais plutôt que celui-ci soit difficile à placer dans la série. Nous avons comme titre Paranormal Activity : The Marked Ones. Pourquoi un titre à rallonge alors que, jusqu’ici, la saga s’était contentée de numéro ?

S’agit-il de Paranormal Acivity 5 ? Il faudra attendre plus d’informations quelques mois après la sortie pour apprendre qu’il s’agit en réalité d’un spin-off pour lancer le prochain opus (qui serait soit le fameux numéro 5, soit un The Marked Ones 2, prévu pour octobre 2014). User le concept jusqu’à la moelle n’a-t-il  pas suffi aux producteurs qui décident tout de même de l’étirer avec des épisodes à part ? On peut le croire, le 4 n’ayant pas rapporté autant que ses prédécesseurs, avec notamment une critique encore plus assassine qu’à l’accoutumée. Mais le résultat est-il aussi lamentable qu’auparavant ?

Que les choses soient bien claires : The Marked Ones cherche à se démarquer de la saga initiale. Elle en oublie le concept de base qui était de suivre une famille en proie à des phénomènes paranormaux, un démon tournant autour d’eux, et qui tentait de percer ces mystères en mettant sa maison sous surveillance vidéo.

Ici, il est plutôt question de possession, d’exorcisme. Ce qui n’est pas bien nouveau dans le paysage du cinéma horrifique. D’autant plus que The Marked Ones part dans bon nombre de directions, mettant au premier plan énormément de détails qui nous font perdre par moment le fil. Alors que le but était de raconter une histoire parallèle à la saga, tout en essayant de donner quelques révélations à cette dernière que seuls un œil avisé, (nos héros découvrant une cassette avec les noms de Katie et Kristie, les sœurs de la saga originale, qui apparaissent en mode fantomatique devant notre héros, jeunes) et une imagination débordante, (le fait que l’un des héros se retrouve, à la fin, dans une séquence du premier film, avec Katie) remarqueront les liens tout en les comprenant. Quoiqu’il en soit, l’ensemble se montre assez brouillon.

Quant à la mise en scène, le constat est inévitable : celle-ci, subjective, perd littéralement de sa crédibilité. Son but premier est de faire en sorte que le spectateur doit croire que le film a été filmé par lui-même. Pourtant, bon nombre de détails techniques nuisent au rendu final, dont le montage (qui coupe les scènes quand ça arrange le scénario) et le script (durant plusieurs passages, vous vous demanderez : « Pourquoi tu filmes à ce moment ? Quelqu’un de censé aurait déjà posé ou éteint la caméra ! »). Tout en passant par quelques séquences répétitives, déjà vues dans la saga (le héros filmant ses proches et sa maison, servant d’introduction au film, alors que l’on s’en passerait bien).

Et pourtant, The Marked Ones se présente comme le meilleur opus de la saga, voire un film d’horreur presque efficace, malgré un budget de 5 millions de dollars. Ce film laisse tomber le système de « caméra de surveillance » qui, même s’il se voulait crédible avec un tel concept, n’était jamais angoissant mais plutôt soporifique. Ici, retour à la classique mise en scène de [REC] et consorts, pour un scénario qui démarre dès les 15 premières minutes (alors que pour les autres opus, il fallait attendre les 15 dernières minutes). Même si la trame s’étire un peu trop, celle-ci nous propose bien plus de phénomènes paranormaux. Pas les éternelles et innocentes portes qui claquent, lumières qui s’allument/s’éteignent sans raison, une ombre qui apparaît/disparaît… Il est plutôt question de personnes tombant du ciel, de force surhumaine, de meubles en lévitation parce qu’un personnage possédé apparaît soudainement tout en flottant dans les airs… De véritables séquences qui titillent enfin notre intérêt et qui fournit son petit lot de moments angoissants.

Car la caméra subjective classique (celle qui est toujours portée par un personnage et non simplement posée à un endroit du décor) permet quelques moments de frayeurs, avec des apparitions soudaines ou des « détails » qui passent subitement devant l’objectif de la caméra (comme ce simple mouchoir jeté d’on ne sait où, et qui surprend réellement). Avec en plus le souffle de peur poussé par le cameraman, généralement un personnage auquel on s’est attaché au préalable. Oui, pour une fois dans un Paranormal Activity, on s’intéresse au sort de ses protagonistes !

Dans son délire le plus total, The Marked Ones assume pleinement d’avoir un scénario bordélique, à tel point qu’il se permet un final comme nous ne pouvions l’attendre. À savoir l’introduction, certes pendant quelques minutes, de personnages secondaires, de la racaille qui vient dégommer du possédé avec des fusils à pompe. Inattendu, voire ridicule, mais au combien efficace. Livrant un dernier quart d’heure véritablement saisissant, aussi bien du côté du divertissement que du survivor angoissant. Étonnant et prenant.

En voyant ce film, jamais vous n’oseriez penser vous amuser autant avec un Paranormal Activity. Énorme surprise que ce spin-off, qui casse littéralement les codes de la saga pour être un film d’horreur plutôt efficace et rarement pompeux. Même si les défauts sont forts nombreux, empêchant ce film d’égaler [REC], Cloverfield ou encore Chronicle. The Marked Ones n’est pas l’attrape-nigaud qu’était chaque opus de la saga jusqu’ici. On est curieux de voir ce que va donner le nouvel épisode : va-t-il continuer sur cette lancée encourageante ou reprendre le statut de somnifère de la saga principale ?

Synopsis : Jesse (Andrew Jacobs) est un adolescent de 18 ans, fraîchement diplômé, qui assiste contre son gré à divers phénomènes paranormaux provenant de sa voisine du dessous. Une étrange femme qui se livre à des rites sataniques qui va être à l’origine du comportement suspicieux d’Oscar (Carlos Pratts), une connaissance. Mais aussi d’une morsure au bras dont Jesse se rendra compte un beau matin à son réveil, et qui va le rendre, petit-à-petit, distant et colérique. Renforçant autour de lui ces fameux phénomènes paranormaux, qui entraînent la mort de ses proches.

Fiche technique –Paranormal Activity: The Marked Ones

The Paranormal Activity : The Marked Ones
États-Unis – 2014
Réalisation : Christopher Landon
Scénario : Christopher Landon
Interprétation : Andrew Jacobs (Jesse), Richard Cabral (Arturo), Gabrielle Walsh (Marisol), Carlos Pratts (Oscar Hernandez), Jorge Diaz (Hector), Catherine Toribio (Penelope), Noemi Gonzalez (Evette)…
Date de sortie : 1er janvier 2014
Durée : 1h24
Genre : Épouvante, horreur
Image : Gonzalo Amat
Décors : Nathan Amondson
Costumes : Marylou Lim
Montage : Gregory Plotkin
Budget : 5 M$
Production : Paramount Pictures
Distributeur : Paramount Pictures France

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.