Outlander de Ronald Moore : Critique de la série

Tirée du roman éponyme de Diana Gabaldon, la série Outlander est un excellent compromis entre le conte fantastique et la romance historique. Grâce au créateur de Battelstar Galactica et scénariste de Star Trek Generations, nous suivons Claire Randall (Caitriona Balfe), une infirmière de guerre, dans son voyage temporel au cœur l’Écosse du 18ème siècle. Cette série est certes une épopée imaginaire et un brin féministe mais c’est surtout une approche historique et réaliste de la période qui précéda la rébellion Jacobite en Écosse, ce qui la rend doublement intéressante.

Synopsis : 1945. Claire Randall, infirmière de guerre et herboriste à ses heures, s’offre une seconde lune de miel avec son époux. À Inverness, patrie des ancêtres de Mr Randall, ils découvrent d’étranges sites de culte et de sorcellerie. Revenue seule sur les lieux, Claire perd connaissance et se réveille à une toute autre époque…

Claire-Outlander-saison-1

Un peu d’Histoire…

Outlander est issue du roman de Le Chardon et le Tartan (titre original : Outlander) de Diana Gabaldon qui s’inspire d’une période clef dans l’histoire de l’Écosse et de l’Angleterre : la révolte Jacobite de 1745. Après l’avènement de l’église épiscopalienne, les descendants de la Dynastie des Stuart, catholiques et surtout d’origine écossaise, sont en exil en France. George II règne sur le trône d’Angleterre mais nombre d’écossais sont fidèles aux Stuart et conspirent pour le retour du roi Charles Edouard.
Parmi ces rebelles, on retrouve de célèbres clans des Highlands – porteurs de kilt mais redoutables guerriers auxquels appartiennent les Clans Fraser et McKenzie de la série. Lors de la révolte Jacobite de 1745, le clan Fraser aura d’ailleurs un rôle prépondérant et notamment à Inverness. Ces événements mêlés à la fiction du roman suscitent l’intérêt de Ronald D. Moore pour les highlanders et la nécessité d’être au plus près de l’Histoire de l’Écosse. À ce sujet, le showrunner explique qu’il a mis tout en œuvre pour rendre le contexte authentique et crédible :

« Nous avons un historien qui lit tous les scripts et travaille avec les écrivains, il y a un herboriste, il y a un gaélique qui enseigne au casting à parler gaélique. (…) Notre mandat, mon mandat, était que je ne veux pas réinventer le 18ème siècle. Ce n’est pas une version cool, nouvelle ou branchée…elle doit juste être jouée pour ce qu’elle était. »

Beaucoup de romance et de Fantasy !

Dans Outlander, l’Histoire rencontre très vite l’imaginaire mais de façon sous-entendue et délicatement ambiguë au départ : la gouvernante du révérend lit l’avenir de Claire dans les lignes de sa main, elle participe à des rites étranges et paranormaux, une silhouette mystérieuse disparaît comme par magie sous les yeux de Mr Randal… Le premier épisode pose ainsi les bases du récit mais sème le doute aussi. Où se termine l’Histoire et où commence la fiction ? Tout est joliment métaphorisé et, lorsque Claire traverse cette porte du temps, il nous faut quelques instants afin de comprendre qu’il s’agit là d’un « voyage temporel ». D’ailleurs, Claire n’y croit pas non plus. Héroïne de la série et narratrice de l’aventure, elle nous accompagne et nous rassure par cette voix-off suave – mais jamais soporifique – qui est la sienne.

Surpris, curieux et surtout étrangers, nous le sommes finalement tout comme elle dans ce monde inconnu et hostile. Aussi, lorsqu’elle rencontre les premiers highlanders, Claire ne sait pas encore ce qui l’attend et ne comprend pas leur dialecte. Un dialecte en gaélique que Moore n’a volontairement pas sous-titré afin de nous laisser dans la même ignorance. Avec l’arrivée des guerriers du Clan Fraser commence alors un récit d’aventures fantastiques et charnelles aux allures de Game Of Thrones.

Dans un cadre sauvage, les clans des Highlands sévissent et parmi eux une multitude de personnages, seigneurs et barbares, aux instincts primaires. Mais aussi barbares soient-ils, ces personnages sont soignés et charismatiques. Beaucoup d’actions rythment cette série aux accents épiques de fantasy médiévale et les scènes de combats sont aussi violentes que les scènes d’amour sont osées. Pas un moment, dans Outlander, on ne s’ennuie. D’autant que l’on retrouve certains visages d’épopées fantastiques tels que Tobias Menzie alias Edmure Tully dans Game of Thrones ou Graham McTavish aka Dwalin de la saga Le Hobbit ! On y croisera aussi des habitués de séries historiques comme The Borgias.

La beauté des décors et des costumes ainsi que la qualité de la mise en scène et la richesse des personnages font de Outlander  un spectacle visuel qui mérite largement d’être vu. Les fans attendent d’ailleurs avec impatience la saison 2 qui sera diffusée courant 2016 sur la chaîne américaine Starz.

Outlander, la bande-annonce de la saison  1 

https://www.youtube.com/watch?v=NIBSn_M75OI

Fiche technique : Outlander

Création : Ronald D. Moore
Réalisation : John Dahl, Brian Kelly, Anna Foerster, Mike Barker, Richard Clark et Metin Hüseyin
Scénario : Ronald D. Moore, Matthew B. Roberts, Ira Steven Behr, Toni Graphia, Anne Kenney et Diana Gabaldon d’après sa série de romans Le Chardon et le Tartan (1991-)
Musique : Bear McCreary
Production : Matthew B. Roberts et David Brown
Producteurs exécutif : Ronald D. Moore, Jim Kohlberg et Andy Harries
Sociétés de production : Tall Ship Productions, Story Mining and Supply Company, Left Bank Pictures et Sony Pictures Television
Sociétés de distribution : Starz
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni
Lieu de tournage : Écosse
Langue originale : anglais, gaélique écossais
Genre : drame, fantasy, historique, romance, aventures
Durée : 60 minutes
Dates de diffusion :
États-Unis : 9 août 2014 sur Starz
Royaume-Uni : 26 mars 2015 sur Amazon Instant Video (internet)
Distribution : Caitriona Balfe : Claire Randall (née Beauchamp) / Fraser, Sam Heughan : James « Jamie » Fraser, Tobias Menzies : Frank / Jonathan « Jack » Randall, Graham McTavish : Dougal MacKenzie, Gary Lewis : Colum MacKenzie, Lotte Verbeek : Geillis Duncan, Bill Paterson : Ned Gowan, Laura Donnelly : Janet « Jenny » Fraser, Steven Cree : Ian Murray, Duncan Lacroix : Murtagh Fraser, Grant O’Rourke : Rupert MacKenzie, Stephen Martin Walters (en) : Angus Mhor

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.