Aux yeux de tous, un film de Billy Ray : Critique

Aux yeux de tous, un remake pâlichon du film argentin ‘Dans ses yeux’ de Juan José Campanella !

Synopsis : Jess et Ray sont de redoutables coéquipiers au sein de la police de New-York mais quand ils découvrent le cadavre de la fille de Jess, ils se lancent sur les traces du meurtrier au mépris de leur carrière.

De bons ingrédients
Remake pâlichon de Dans ses yeux de Juan José Campanella avec Ricardo Darín, Aux yeux de tous cumulait pourtant les ingrédients de la recette gagnante : un joli casting composé de Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave), Nicole Kidman et Dean Norris, une intrigue intéressante et qui a déjà fait ses preuves, une ambiance pesante et un twist final surprenant. Mais pour y parvenir, la route est longue et semée d’embûches…
Certes, plus on s’enfonce dans le film, plus la menace guette et plus on se sent pris au piège. On ne sait pas de quel côté l’ennemi va attaquer et on a l’impression que tout le monde a quelque chose de suspect. En cela, Billy Ray a réussi son coup, ou pas. L’atmosphère de complot est en effet très présente dans Aux Yeux de tous mais peut-être l’est-elle trop au détriment du suspense.
Très rapidement, on s’aperçoit que la véritable intrigue ne se situe pas dans la recherche d’un coupable plus qu’évident et le déroulement de l’enquête n’a pas grand intérêt. Car l’histoire se centre davantage sur les manœuvres politiques et les magouilles d’un système judiciaire prêt à tous les sacrifices pour parvenir à ses fins. Une idée somme toute intéressante à creuser. Sauf qu’une fois qu’on a compris ça, la mayonnaise retombe instantanément.

Beaucoup de bruits pour rien
Dès lors, pour maintenir le spectateur en haleine, le scénario joue sur les doutes redondants des personnages, les flashbacks à répétitions souvent mal placés, les silences lourds de sous-entendus… Mais c’est peine perdue : passée la première moitié du film, on commence à se lasser des tourments des personnages, des dialogues convenus et des va-et-vient dans le passé qui n’ont pas vraiment de sens.
Et dans cette tension latente post 11 septembre qui ne mène à rien, on attend désespérément un peu d’action. Pour autant, les trois scènes qui nous seront allouées ne suffiront pas à nous satisfaire et seront d’autant plus frustrantes que, la plupart du temps, on reste sur notre faim.
En outre, certains personnages manquent de profondeur, en particulier l’ex-flamboyante Kidman, aujourd’hui figée dans le marbre et inexpressive ainsi que le cliché du flic bête et discipliné joué par Michael Kelly. Et même Julia Roberts ne parviendra pas à nous faire oublier Soledad Villamil et Ricardo Darín. Les non-dits sont un tel rempart aux émotions que les personnages ne transmettent rien et que le spectateur ressent peu d’empathie pour Jess (Roberts) notamment. Quant à l’histoire d’amour entre Ray et Claire, elle est à peine suggérée et peu crédible ; rien à voir avec la flamme qui vibrait au sein du couple dans la version d’origine.
Si l’objectif du remake n’est pas tant de refaire à l’identique ce qui a déjà été fait, toutes ces ressemblances faiblardes font que le scénario tombe un peu à plat. Ainsi, sous ses airs de polar funèbre, Aux yeux de tous a tout du drame politico-psychologique insensible qui finit par traîner en longueur et peine à nous mener au bout de son histoire.

Aux Yeux de tous : Bande-annonce

Fiche technique : Aux Yeux de tous

Titre original : Secret In Their Eyes
Titre québécois : Dans ses yeux
Réalisation : Billy Ray
Scénario : Billy Ray d’après Dans ses yeux d’Eduardo Sacheri
Casting : Nicole Kidman, Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor, Dean Norris, Michael Kelly, Alfred Molina, Lyndon Smith, Zoe Graham, Joe Cole, Michael Kelly…
Direction artistique : Nelson Coates
Décors : Colin De Rouin
Costumes : Shay Cunliffe
Photographie : Danny Moder
Musique : Emilio Kauderer
Production : Mark Johnson
Sociétés de production : Gran Via Productions et IM Global
Sociétés de distribution : STX Entertainment
Budget : 19,5 millions de Dollars
Langue : Anglais
Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1 – Son Dolby numérique
Genre : Film policier / Thriller
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 23 mars 2016

États-Unis – 2015

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Le cinéma dans la peau, de l’écran à la plume

Le cinéma est un langage construit, 24 mensonges par seconde, et écrire sur lui est une manière de prolonger cette fabrication tout en se découvrant soi-même. Que représente le cinéma ? Comment le traduire par des mots ? Qu’est-ce que l’exercice révèle de soi ? À travers ces témoignages personnels, les rédacteurs du Mag du Ciné explorent leur relation intime à l’écriture critique, entre perception, émotion et identité.

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également le plus attachant ! David Robert Mitchell change radicalement de registre - après deux films...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.