Rétro Stephen King : La presseuse diabolique, un film de Tobe Hooper

Si ce DTV est davantage connu sous son titre original The Mangler, c’est assurément parce que le concept de « presseuse diabolique » est purement ridicule. Comment espérer alors que le film ne le soit pas tout autant ?

Synopsis : La blanchisserie Blue Ribbon est le théâtre de nombreux accidents mortels autour d’une énorme presseuse à vapeur. L’inspecteur Hunton est persuadé que le directeur lui cache la véritable nature de cette machine.

Vous vous presserez de l’oublier

Qu’a-t-il pris à Anat Singh (producteur sud-africain prolifique et connu autant pour ses films d’exploitation que ses films politiquement engagés) de croire que la nouvelle La Presseuse, contenu dans le recueil Danse Macabre, avait le moindre potentiel cinégénique ? On sait Stephen King friand de récits mettant en porte-à-faux des hommes et des objets du quotidien devenus hors de contrôle, incarnant la déshumanisation de notre société, et on imagine que ce court récit lui fut personnel puisqu’il l’écrivit en 1972, alors qu’il travaillait lui-même dans une blanchisserie. L’allégorie entre la machine tueuse et le travail à la chaîne y est même évident. Cette histoire avait, en version écrite, de quoi ravir au moins les fans. Mais de là à imaginer que l’on puisse la porter à l’écran en espérant donner une puissance iconique similaire à celle de l’automobile de Christine à un énorme mécanisme à vapeur, le projet était éminemment casse-gueule. Sans doute le producteur a-t-il fait une confiance aveugle à Tobe Hooper, qui reste depuis Massacre à la tronçonneuse une figure incontournable dans le domaine horrifique et qui adapta déjà un Stephen King pour la télévision, avec Robert Englund au casting. Mais rien n’y fait : Le caractère grotesque du postulat de départ ne pouvait aboutir qu’à un film improbable.

Encore eut-il fallu que Tobe Hooper prenne en compte cet aspect risible inhérent à l’idée de mettre en scène un slasher dont le boogeyman serait un gros tas de ferraille immobile,  soit en  essayant d’en faire la parabole de l’industrie hollywoodienne; soit en teintant son film d’un certain humour absurde. Mais, au contraire, il va bâtir son scénario comme une enquête policière au premier degré. Impossible d’ailleurs de ne pas penser que le buddy-movie sur lequel il insiste en multipliant les dialogues entre ce flic sceptique et son ami new-age qui le met en garde contre la menace surnaturelle, ne cherche pas à profiter du succès que rencontre alors X-Files et en particulier de « l’effet Scully » qui nous aide tant bien que mal à entrevoir le peu de réalisme que peut avoir cette histoire de sacrifice humain. Qui essaie en tous cas. La conséquence directe de ces scènes –fort mal écrites d’ailleurs–  est finalement de donner bien trop d’explications absentes du support original et qui viennent en amoindrir la portée horrifique. Dans la peau de cet inspecteur taciturne, Ted Levine livre une prestation assez mitigée, celle d’un stéréotype ringard bien trop monolithique pour susciter la moindre empathie. Ce film qui est le seul dont il est en tête d’affiche de toute sa carrière (qui contient toutefois des petits rôles dans Heat, Fast and Furious ou encore Shutter Island…) n’aura clairement pas été pour lui l’occasion de briller.

Quand bien même il aurait profité d’un cinéaste inspiré et d’acteurs convaincants, The Mangler était par nature destiné à être un film déraisonnable. Ajoutez à cela une mise en scène brouillonne et des personnages insupportables, et vous obtenez ce nanar qui ne s’assume pas.

Penchons-nous plutôt sur les deux arguments qui se voulaient les plus « alléchants » de ce long-métrage : Robert Englund et la fameuse presseuse. Celui qui restera à jamais Freddy Krueger se voit affublé d’un rôle de patron tyrannique qui n’était qu’un personnage secondaire dans la nouvelle originale (preuve supplémentaire que le film n’a été financé que sur son nom). Son exercice de cabotinage outrancier est clairement l’élément qui fait basculer cette série Z bien bancale vers l’état de pur nanar. Le voir ainsi en ersatz de dictateur nazi qui passe son temps à gueuler sur ses employés, tous aussi demeurés les uns que les autres, rend parfaitement risible ce qui, dans l’esprit de Stephen King, était porteur d’une certaine charge sociale. Et pourtant, ce personnage, à la tête d’une petite entreprise elle-même filmée comme un endroit glauque, voire morbide (irréaliste s’agissant d’une blanchisserie, convenons-en), fait également du film un conte gothique, qui se voudrait même faustien. Mais encore une fois, la bouffonnerie désespérée à laquelle se livre Englund fait s’effondrer les quelques efforts de la direction artistique pour faire de cet endroit un décor angoissant. Reste la machine. Les quelques scènes où on la voit broyer des ouvriers sont finalement trop rares (à peine trois morts, trop peu pour parler de slasher en fait) mais possèdent une certaine tension dans leur longueur et des effusions de sang où l’on retrouve quelque peu l’auteur de Massacre à la Tronçonneuse.

Mais que dire de la fin ? Est-ce là la manifestation de cet humour nonsensique qui manquait à ce qui l’a précédée, ou une vraie volonté de faire peur, plombée par des effets spéciaux dérisoires et une mise en scène digne d’un épisode de Scoubidou ? Malheureusement, il semble évident que la seconde option soit la bonne interprétation à en faire. La course-poursuite qui s’engage entre les personnages et la presseuse géante devenue animée est un passage visuellement immonde et consternant d’illisibilité, à tel point que sa conclusion reste assez incertaine. Il n’aura pas fallu attendre ces dernières minutes pour se convaincre de la nullité de cette adaptation, puisque la bêtise contenue dans chacune de ses lignes de dialogues et le traitement aléatoire de ses personnages secondaires viennent nous rappeler pourquoi les distributeurs français ont eu la décence de nous en épargner une diffusion en salles, et auront même attendu pas moins de 5 ans avant de  la sortir en DVD.

La presseuse diabolique : Fiche technique

Titre original : The Mangler
Réalisation : Tobe Hooper
Scénario : Tobe Hooper, Stephen Brooks et Peter Welbeck d’après la nouvelle La Presseuse de Stephen King
Interprétation : Ted Levine (Inspecteur John Hunton), Robert Englund (William ‘Bill’ Gartley), Daniel Matmor (Mark Jackson), Jeremy Crutchley (J.J.J. Pictureman / Mortician), Vanessa Pike (Sherry Ouelette)…
Photographie : Amnon Salomon
Montage : David Heitner
Costumes : Moira Anne Meyer
Musique : Barrington Pheloung
Production : Anant Singh
Société de production : New Line Cinema, Allied Film Production, Distant Horizons et Filmex Pty. Ltd…
Société de distribution : New Line Cinema
Durée : 98 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : Juin 2000 en DVD

Etats-Unis – 1995

 

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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