Mr. Robot saison 1, une série de Sam Esmail : critique

Diffusé sur la chaîne USA Network, qui produit aussi la série White Collar/FBI, duo très spécial, ce Mr. Robot fait l’effet d’un coup de tonnerre. Une fois de plus, une série américaine parvient à nous surprendre par son ambition et les moyens mis en œuvre pour la réaliser.

Cyber-attaque
Très vite, on sent les influences qui sous-tendent Mr. Robot. Les messages diffusés à la télévision par une fsociety qui se cache sous un masque pour délivrer une leçon anti-néolibérale, font inévitablement penser à V Pour Vendetta, mais dans une version geek.
Car Mr. Robot se déroule dans l’univers de l’informatique. Ses personnages principaux sont tous des ingénieurs en informatique et se promènent dans les programmes et sur Internet comme s’ils étaient chez eux. Le langage de programmation est quasiment leur langue natale. Et pourtant, la série ne s’adresse pas uniquement aux fans d’informatique. Les dialogues ne sont pas remplis de termes techniques et les intrigues qui s’entremêlent sont bien ancrées dans la réalité.
L’avantage de l’univers informatique, c’est qu’il permet de lancer des attaques sans précédents. Création de fausses preuves, prises de contrôle du réseau interne d’une prison, espionnage industriel ou privé, chantage, tout devient possible à celui qui maîtrise les ordinateurs.

Phobie sociale
Et Elliot, il maîtrise. À vrai dire, il est plus à l’aise dans le virtuel que dans la réalité. Atteint d’une évidente phobie sociale, il ne parvient pas à communiquer avec ses semblables. Pour lui, chaque humain se définit par les horreurs qu’il cache, et le piratage informatique permet de mettre à jour les vices impunis.
La scène d’ouverture de la série est bien significative. Elliot aborde le patron d’une chaîne de cafés et lui donne un dossier. En piratant ses comptes et ses fichiers, il a découvert que l’homme à la réussite implacable gérait un réseau de pédophilie. Voilà l’image qu’Elliot possède de l’humanité : des criminels en puissance. Dans un épisode, il imagine ce qui arriverait si chacun portrait, sur lui, un panneau qui annoncerait ses vices et ses phobies.
Du coup, pour lui, la meilleure façon d’aborder quelqu’un, c’est de le pirater. Avant (ou pendant) toute relation, il va voir les mails ou les comptes des personnes qui l’entourent. Son patron, sa psy, ses collègues ou ses voisins, tout le monde y passe. Et Elliot pense ainsi connaître les gens qui sont autour de lui.
Société anonyme
Mais cela ne suffit pas. Hacker, c’est également se faire justicier. Souvent, Elliot justifie ses piratages en affirmant qu’il œuvre pour un monde meilleur. Il veut évidemment combattre ce qu’il considère comme mal, et cela porte un nom : E Corp. E Corp, c’est une de ces multinationales qui agissent de tous côtés, depuis l’agriculture jusqu’à la technologie de pointe. Une entreprise tentaculaire qui symbolise l’ultra-libéralisme dans son ensemble.
Et qu’Elliot juge responsable de la mort de son père. C’est là que le justicier entre en lice. Attaquer E Corp, c’est dévoiler au monde toutes les illégalités commises par le groupe et l’entraîner à s’autodétruire.
L’aspect politique de la série est là, mais il ne faut pas résumer Mr. Robot à une simple œuvre anti-capitaliste. Jamais la série ne se contente de suivre un scénario bassement manichéen. Il ne s’agit pas du gentil hacker contre la méchante société anonyme. Au fil des révélations distillées tout au long de la saison 1, nous verrons que les liens entre les personnages et l’entreprise sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Ce conflit est résumé par le lien qui unit Elliot à Tyrell Wellick, l’un des personnages les plus fascinants de la série. Tyrell (dont le prénom est un hommage évident à la Tyrell Corp de Blade Runner), c’est un peu ce que serait devenu Elliot s’il était rentré dans le moule social. Personnage intelligent, manipulateur et froid, il se révèle, lui aussi, être à la limite de la maladie mentale. Tyrell est un personnage complexe, obsédé, tiraillé par des pulsions maladives, le personnage le plus inquiétant de cette première saison. Longtemps, sa trajectoire est parallèle à celle d’Elliot, mais la saison est émaillée de quelques rares rencontres tendues.
Soupçons
L’une des grandes réussites de cette première saison, c’est la maladie d’Elliot. Visiblement instable mentalement, il s’enfonce de plus en plus dans sa paranoïa et incite les spectateurs à douter de tout ce qu’il dit. La série adoptant souvent le point de vue d’Elliot, les spectateurs voient ce qu’il voit et connaissent ses pensées, qui nous sont présentées en voix off, mais le doute s’installe progressivement et se maintient tout du long : les explications données par le personnage principal sont-elles justes ? Devons-nous voir le monde comme lui ?
Cette « ère du soupçon » envahit littéralement la saison et met le spectateur dans un état d’expectative inquiète. Les révélations qui vont s’enchaîner dans les derniers épisodes de la saison continueront à le déstabiliser, à bousculer les fondements.
La saison alterne les épisodes au rythme rapide et ceux, plus lents, qui permettent d’approfondir les personnages ou de complexifier l’intrigue.
Dans l’ensemble, l’interprétation est très bonne, mais le sommet est marqué par deux acteurs exceptionnels : Martin Wallström, qui tient le rôle de Tyrell, et qui nous offre un jeu très froid, quasiment inhumain, glacial au possible, le jeu d’un homme qui semble n’éprouver aucune émotion et paraît, dès lors, capable de tout.
Et puis, il y a Rami Maleck, qui incarne Elliot. Ses yeux toujours exorbités, son regard halluciné, son jeu mi-frénétique mi-perdu en font la révélation de cette série. À lui seul, il justifie de voir cette saison qui s’avère une grande réussite, aussi bien sur le plan du scénario que de la réalisation.

Synopsis : Elliot Alderson travaille pour une entreprise de sécurité informatique à New York. Un jour, il est contacté par un groupe de hackers, fsociety, qui cherche à détruire une des multinationales les plus puissantes, E Corp.

Mr. Robot : bande Annonce

Mr. Robot : Fiche Technique

Création : Sam Esmail
Réalisation : Sam Esmail, Jim McKay, Tricia Brock, Deborah Chow, Nisha Ganatra, Niels Arden Oplev, Christoph Schrewe
Scénario : Sam Esmail, Kate Erickson, Kyle Bradstreet, David Iserson, Randolph Leon, Adam Penn
Interprétation : Rami Maleck (Elliot Alderson), Christian Slater (Mr. Robot), Portia Doubleday (Angela Moss), Carly Chaikin (Darlene), Martin Wallström (Tyrell Wellick), Michael Gill (Giddeon Goddard), Frankie Shaw (Shayla).
Photographie : Tod Campbell, Tim Ives
Décors : Karin Wiesel
Montage : Franklin Peterson, Sam Seig, Andrew Thompson, Joe Bini
Production : Kyle Bradstreet, Margo Myers, Igor Srubshchik, Gregg Tilson
Sociétés de production : Universal Cable Productions
Distribution : USA Network
Budget :NR
Genre : suspens, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 44’

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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