Marseille, une bande originale d’Alexandre Desplat: critique

Marseille – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Si le Français Alexandre Desplat est aujourd’hui un compositeur reconnu Outre-Atlantique (Godzilla, Tarzan et aujourd’hui Marseille), il n’est pas encore entré au Panthéon des géants de la musique de film, où figurent des noms tels Ennio Morricone, John Williams, Maurice Jarre et bien d’autres. La faute peut-être à une trop grande dispersion de talent. Desplat enchaînant sans remords blockbusters et films de réalisateurs plus exigeants, l’unité de son œuvre reste donc à découvrir. La faute également à une productivité certainement trop grande, ce garçon travaille trop ! Imaginez un artiste qui cette année, a déjà édité pas moins de sept bandes originales et nous ne sommes que début juin ! Le talent n’étant pas extensible à l’infini, il finit par se diluer dans de trop nombreuses créations.

Avec la musique de la très attendue série Marseille (première série Netflix française, ça impressionne dites donc…), Desplat est au pire de sa forme. C’est interminable, sans personnalité ni thème majeur qui la rendrait identifiable et surtout, intemporelle. Le travail mélodique est quasi absent et les arrangements sont d’une monotonie consternante. Desplat convoque les violons (et un tout petit peu le piano) jusqu’à la nausée, étirant à l’infini les quelques notes qui composent une bien maigre partition. Bien souvent, deux simples notes alternent en un rythme lancinant et incroyablement ennuyeux, créant une impression de déjà-entendu qui poursuit l’auditeur du premier au dernier morceau. Encore que le premier morceau se démarque un peu, interprété par les Nantais d’Orange Blossom, ce générique de la série, aux airs arabisants, permet de briser l’ennui de manière correcte, sans pour autant grimper aux rideaux. Pour le reste, on dira méchamment qu’il s’agit d’une musique d’ascenseur, à condition de vouloir s’y endormir. Non vraiment, Alexandre Desplat est capable de beaucoup mieux, d’être plus exigeant avec lui-même et avec les cinéastes qu’il accompagne. Sa carrière sera celle d’un grand si, comme les grands acteurs, il la recentre sur les projets qui feront croître son talent.

Marseille – Générique:

https://www.youtube.com/watch?v=6LTVCiIpPCY

Distributeur: Federation Entertainment

Sortie: 6 mai 2016

Durée: 53’29

Tracklist:

1. Ya Sidi (Orange Blossom) 5:48
2. Marseille 1:31
3. C’est une menace? 0:44
4. Les montres 0:49
5. L’assemblée 0:45
6. Promenade dans la cité 1:34
7. Le projet de la mairie, l’emporte! 0:46
8. Lucas Barrès, 1er adjoint 1:13
9. Je croyais qu’on était toujours ensemble 1:03
10. Les baskets de Barbara 1:13
11. Barrès et D’Abrantès 1:29
12. Réflexions 1:11
13. La voiture brûlée 1:06
14. Inimitiés intimes 2:57
15. Le projet casino 1:29
16. Le vote 3:14
17. Trahison 0:38
18. Enterrement de la juge 0:57
19. Le casino se fera! 0:53
20. Le deal 0:59
21. Voyage à Paris 0:56
22. La maladie secrète 1:50
23. L’assassinat du promoteur 1:44
24. Révélations 2:22
25. Complot 2:28
26. Double jeu 3:13
27. Le flipper de Farid 1:59
28. Rachel et Julia 1:45
29. Simulation 1:17
30. Taro part au combat 2:01
31. Suspicion 0:40
32. La maladie de Rachel 2:55

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.
Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

La Bataille de Gaulle : pourquoi Antonin Baudry a confié son diptyque à deux compositeurs opposés

En confiant les deux volets de La Bataille de Gaulle à Volker Bertelmann puis à Théo Cascio, Antonin Baudry fait de son diptyque un objet musical rare, dont la rupture sonore éclaire aussi la réception critique.

La Baleine et le musicien, L’Illusion de Yakushima, Backrooms : trois compositeurs face à un destinataire qu’on n’attendait pas

Rone seul sur un catamaran au large de La Réunion, à attendre plusieurs jours avant de jouer ses premières notes pour une baleine à bosse. Koki Nakano qui compose ses 27 minutes de musique pour les deux heures de film de Naomi Kawase sur le don d'organe pédiatrique au Japon. Kane Parsons, vingt ans, qui co-compose la bande originale du plus gros succès de l'histoire d'A24, pour des espaces 3D vides hérités d'un mythe internet. Trois films sortis cette semaine, trois compositeurs face à un même geste : continuer à composer quand la garantie du destinataire est partie.

John Williams, David Holmes, Dupieux : trois musiques de films qui brouillent les pistes

Avec Disclosure Day, The Christophers et Le Vertige, John Williams, David Holmes et Franck Lascombes signent trois partitions où la musique ne dit plus seulement le film : elle déplace la question de l’auteur, de la signature et de l’identité sonore.