Man of Steel, de Zack Snyder

Man of Steel : Homme sans slip, cinéma sans épaisseur

L’impressionnante et décoiffante séquence d’introduction d’une vingtaine de minutes part d’une idée originale, l’explication des origines extra-terrestres de Kal-El, suite à la l’implosion de la planète Krypton n’ayant pas été véritablement approfondie dans les versions précédentes. Sous fond de plaidoyer écologique sur l’épuisement des ressources naturelles, cet épisode fondateur ne prend jamais consistance : s’il nous permet d’en apprendre un peu plus sur les origines extra-terrestres de Superman, cela se fait malheureusement aux dépens des origines terrestres de Clark Kent.

Man of Steel est un film sombre, beaucoup moins lisse que la concurrence de Marvel. Dans cette relecture du mythe par Snyder, le spectateur a droit à un nouveau Superman, beaucoup plus sérieux, beaucoup plus noir, une sorte de demi-dieu solitaire, perdu loin de sa planète d’origine. Le super-héros torturé est décidément à la mode, après Iron Man 3 ! Pourtant, très vite, le scénario à coups de flash back sur la jeunesse de Superman expédiée à la va vite, déçoit : au Superman torturé à la recherche de ses origines et découvrant ses pouvoirs, laisse place un super héros classique qui sauve l’humanité du vilain méchant voulant la détruire. Certes, les effets spéciaux peuvent apparaître comme prodigieux pour beaucoup, quoique trop nombreux et trop proches du style jeux vidéos : la bataille sur Krypton, les séquences de vol (ou Superman transformé en avion de chasse), la tornade ou le final démesuré au cœur de Metropolis…

Ces plans en mouvement, la caméra à l’épaule, les zooms incessants, aboutissent souvent à une image saturée et une prise de vue épileptique, bref à une réalisation parkinsonienne.Sans un véritable scénario, il est également difficile de faire briller un casting même de premier choix : Russell Crowe est crédible en Jor-El. Si les parents apportent une touche d’émotion, Diane Lane (Martha Kent) et Kevin Costner (Jonathan Kent), l’épisode de la tornade et le passéisme du héros ruinent au ressort dramatique. Amy Adams campe une Lois Lane convaincante mais qui n’a pas de véritable rôle dans l’histoire. Henry Cavill (Clark Kent/Kal-El), bodybuildé, n’a pas beaucoup de charisme et son visage ne fait ressentir aucune émotion ; Michael Shannon (Zod) est un très grand acteur et a un grand charisme, mais ce n’est pas Man of Steel qui rendra justice à son talent [iii]. Les dialogues étant d’une grande médiocrité, parfois à la limite du ridicule et la 3D inutile, seule la bande originale signée Hans Zimmer vaut le détour.

Man of Steel est un film à peine divertissant et surtout prétentieux, une espèce de superproduction américaine bancale et mal rythmée, aux incohérences nombreuses, très éloignée de The Dark Knight de Christopher Nolan.

L’atmosphère de la bande-annonce ne reflète pas du tout l’univers du film, une arnaque de plus. Si Snyder maîtrise les effets numériques, il ne sait pas raconter une histoire : Superman enfant est un faux-jeton des cours de récréation qui lit Platon ; l’histoire d’amour entre Lois et Clark tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu d’immeubles qui s’écroulent ; Clark Kent devient Superman avant de devenir reporter au Daily Planet ; Zod le méchant est détruit par Superman par un simple brisage de nuque, un Superman qui ne se préoccupe jamais des dommages collatéraux, tandis que Metropolis est réduite à néant, les habitants aux regards ahuris scrutant le ciel, l’espoir peut-être ? Les personnages sont vides et ne véhiculent aucune émotion.

Les fans des DC comics ou des premières adaptations [iv], fuiront sans doute cette surenchère visuelle, ce long documentaire sur le 11 septembre 2001 qui ne pourra pas cacher la vacuité de ce film catastrophe à l’Independance Day ou à la Michael Bay, malgré un budget indécent de 225 millions de $. Il est grand temps que les scénaristes américains se remettent à l’écriture et cessent de nous pondre des blockbuster bourrins !

Synopsis : Un petit garçon doté de pouvoirs extraordinaires dus à ses origines extraterrestres cherche à découvrir quelle est la mission de sa venue sur terre, lorsque l’ennemi juré de son défunt père, le Général Zod, flaire sa piste et menace de révéler son identité…Après le succès de la phénoménale trilogie Batman de Christopher Nolan [i], DC Comics, éditeur des aventures du chevalier noir et de l’homme de fer, et Warner Bros, font appel à Zack Snyder [ii] pour lancer le reboot d’un Superman 2013, après la tentative décevante de Bryan Singer et de son Superman Returns (2006).

Fiche Technique : Man of Steel

Réalisateur : Zack Snyder
Scénario : David Goyer, Kurt Johnstad, Jonathan Nolan
Avec : Amy Adams, Henry Cavill, Kevin Costner, Russell Crowe, Laurence Fishburne, Diane Lane, Christopher Meloni, Michael Shannon, Ayelet ZurerPhoto : Amir M. Mokri
Musique : Bear McCreary, Hans Zimmer
Durée : 2h23
Sortie : 19/06/2013
États-Unis, 2013


[i] Christopher Nolan est ici le coproducteur  de Man of Steel avec David S. Goyer (son co-scénariste de Batman Begins, 2005). Découvert dans les années 90 pourses premiers longs-métrages qu’il convient de redécouvrir, The following (1998), Memento (2000), Insomnia (2002), il est surtout connu pour la trilogie Batman (Batman Begins, 2005, The Dark Knight, 2008, et The Dark Knight rises, 2012).
[ii] Zack Snyder est un cinéaste ambitieux mais aux succès mitigés. Ses réalisations les plus connues sont L’Armée des morts (2004), 300 (2007) Watchmen (2009) et Sucker Punch (2011)
[iii] Michael Shannon s’est déjà illustré il est vrai, dans certains films catastrophe comme World Trade Center d’Oliver Stone (2001), mais on préfèrera et de loin, son magnifique jeu dramatique dans le grandiose Take Shelter de Jeff Nichols (2001)[iv] On citera entres autres Superman de Richard Donner (1978) et Superman 2 de Richard Lester (1980).

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