Le Pont des Espions, un Film de Steven Spielberg : Critique

Le plus célèbre des réalisateurs américains, submergé par les projets, revient après près de trois ans d’absence. Il y a plusieurs Steven Spielberg : l’artificier faiseur de spectaculaire, le grand enfant avide d’aventures et l’autre, l’amateur d’Histoire passionné tout particulièrement par les conflits géopolitiques. C’est ce dernier que l’on retrouve depuis Cheval de Guerre, jusqu’au Pont des Espions, film ancré dans la Guerre Froide.

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Spielberg est un cinéaste ancré au sein d’Hollywood, ses films fourmillent de tiques des grandes productions américaines. À savoir, entre autres, un patriotisme excessif, une glorification de la famille et un happy-end peu surprenant. Le Pont des Espions n’y échappe pas avec, en tête d’affiche, une sorte de patriarche des acteurs, Tom Hanks, celui qui incarne le mieux les valeurs américaines. Mais ce qui différencie Spielberg de la grande majorité des réalisateurs hollywoodiens, est qu’il fait de bons films. Et le génie du cinéaste fait une fois de plus mouche.

D’un point de vue formel, il est difficile de ne pas reconnaître à Steven Spielberg une indéfectible maîtrise de la mise en scène, avec une réalisation sans cesse pensée, regorgeant toujours d’idées nouvelles. Le réalisateur ne place jamais sa caméra au hasard dans un soucis de dynamiser sans cesse sa mise en scène. Même les lourdes scènes juridiques en deviennent saisissantes. Rien de bien révolutionnaire, mais c’est d’une redoutable efficacité. Ainsi la machine Spielberg, loin d’être rouillée, continue de fonctionner à la même cadence (sans nécessairement se renouveler). À l’instar de Munich ou Lincoln, ses précédents films politico-historiques, Le Pont des Espions est d’une indéniable réussite. Co-écrit par les frères Coen, Le Pont des Espions revêtit également un drôle de cocktail d’humour qui apporte une légèreté bienvenue.

Le Pont desEspions est avant tout un film sur un homme fustigé par son pays, avant d’en devenir l’un de ses héros. C’est également une parabole sur les dangers d’un nationalisme forcené, cause première de la Guerre Froide.

L’ironie, c’est que la défense des valeurs américaines d’aujourd’hui passe par la dénonciation de ces valeurs d’autrefois. Un plan étonnant d’une classe de jeunes enfants chantant l’hymne américain est immédiatement suivi par des images de champignon nucléaire, dénonçant un nationalisme bête et méchant conditionné dès le plus jeune âge. Aujourd’hui le patriotisme a remplacé le nationalisme qui faisait rage pendant la Guerre Froide, ce qui fait écho à une citation de Romain Gary beaucoup répandue ces derniers jours après un sursaut patriotique, conséquence directe des attentats de Paris : « le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres ».

Peu l’auraient cru, mais le nouveau film de Spielberg est très en phase avec son temps. Il apporte une réflexion intéressante, comme un écho avec ce qu’il se passe en France aujourd’hui. Et l’autre bonne nouvelle est que le réalisateur n’a rien perdu de son talent.

Bande annonce VOST

 Fiche Technique : Le Pont des Espions

Titre original : Bridge of SpiesRéalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Matt Charman, Joel & Ethan Coen
Interprétation : Tom Hanks, Mark Rylance, Amy Ryan
Date de sortie : 02 Décembre 2015
Nationalité : Américain
Durée : 132 min.
Genre : Thriller, Espionnage
Chef opérateur : Janusz Kaminski
Assistant réalisateur : Adam Somner
Chef costumière : Kasia Walicka-Maimone
Monteur : Michael Kahn
Producteur :  Kristie Macosko Krieger, Marc Platt et Steven Spielberg
Distributeur : Amblin Entertainment, DreamWorks SKG, Fox 2000 Pictures, Studios de Babelsberg, Reliance Entertainment, Marc Platt Productions et Participant Media
Budget : NR
Récompenses : Hollywood Film Awards 2015 des meilleur Son et Photographie, Oscar 2016 du meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Rylance

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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