Quand la mode rencontre le 7ème Art et l’univers des séries

« Le cinéma a toujours eu besoin de l’élégance, et la mode a toujours rêvé d’une vitrine » (Philippe Avoury, in « Fashion & Cinema »). A l’occasion de l’ouverture de la Fashion Week de Paris : Haute Couture du 22 janvier 2017 au 26 janvier 2017, LeMagduCiné vous propose d’explorer pendant cet événement la relation fondamentale qui existe entre la mode, le cinéma et les séries.

L’un n’allant pas sans l’autre, la mode a rapidement su conquérir le monde de l’entertainment et s’imposer sur nos écrans. Une distinction est d’ailleurs à opérer entre les designers de la Haute Couture et les créateurs des costumes des films et séries. Tandis que l’un évolue dans l’industrie de la mode, créant et vendant des vêtements et accessoires haute couture, l’autre est chargé d’habiller les acteurs et actrices de films et/ou séries. Toutefois, les deux professions ne sont pas intrinsèquement séparées. Devenue un enjeu, l’implication de la mode dans le Septième art et le monde des séries ne fait que s’accroître, et laisse révéler une coutume bien ancienne où l’art visuel épouse l’art de la mode.

Ambassadeur d’un style, d’une mode et d’un temps unique, le vêtement est souvent synonyme d’une période bien précise. Il se fait notamment vitrine des codes d’un temps passé, figeant une époque vestimentaire révolue. Ainsi, du côté des séries, c’est le street-style aux imprimés flashys à souhait du Prince de Bel Air jusqu’au style preppy des « socialites » de Gossip Girl en passant par la luxueuse garde robe des personnages de Dynasty. Opérant de fait au travers de la mode une véritable source d’identité (que seraient Carrie Bradshaw de Sex & the City sans ses Jimmy Choo ou le Docteur Huxtable du Cosby Show sans ses pulls fantasques des années 80 ?), les vêtements s’emploient ainsi à accompagner la narration d’une série en définissant un caractère et celui qui les porte. Le personnage de Docteur Who est particulièrement intéressant en ce sens. En effet, pouvant se réincarner à chaque fois qu’il meurt, le choix de sa nouvelle tenue qui est le reflet de sa nouvelle personnalité, reste l’un des aspects les plus attendus lors d’une régénération par les fans de la série. Ainsi, beaucoup de Docteurs sont devenus célèbres et se sont distinguer en portant des éléments particuliers : tandis que l’énigmatique et facétieux quatrième Docteur joué par Tom Baker portait une longue écharpe rayée colorée en laine, le charismatique et toujours optimiste dixième docteur (David Tennant) portait lui un costume sobre avec des lunettes, des converses et un manteau marron. L’excentrique onzième Docteur (Matt Smith) portait, lui, un pantalon slim, des bottes en cuir All Saints, un noeud papillon et un manteau militaire vert quand il ne s’agissait pas d’un blazer en tweed.

Les habits font donc partie d’une conception artistique bien définie. Et cet arrangement conventionnel où le vêtement sert à la narration est encore plus vrai dans le cinéma. Qu’il soit français, américains japonais ou indien, le cinéma a toujours été la scène privilégiée de l’esthétisme dans toute sa splendeur. Le Samouraï de Paul Melville est un parfait exemple de cette volonté d’habiller la narration même du film par l’allure et les vêtements de ses personnages. Le rôle de Jef Costello porté par Alain Delon dans Le Samouraï est la représentation même du gangster cinglant mais sacrément cool. Toujours en costume cravate avec un trench et un borsalino sur la tête, l’image du caïd élégant perfectionné par Melville pour son personnage de Jef (toujours dans le souci du détail avec la montre de Jef portée sur l’intérieur du poignet et les gants blancs portés avant de commettre un meurtre) inspira d’ailleurs Quentin Tarantino pour ses tueurs à gages de Resevoir Dogs et Pulp Fiction.

Souvent uniques et spectaculaires, les costumes permettent de distinguer les acteurs principaux des autres, et d’affirmer son identité. La comédie romantique Pretty Woman de Gary Marshall (1990) aborde bien de cette identification construite autour de la mode. Interprétée par Julia Roberts, la prostituée Vivian est transformée en Cendrillon après sa rencontre avec le riche homme d’affaire, Edward. Un des moments mémorables du film étant sa séance de shopping sur Rodeo Drive sur une musique dont on croirait qu’elle a été créée pour ce film, « Oh, pretty woman » par Roy Orbison. Cette scène culte expose toutefois une condition souvent utilisée pour la femme dans le cinéma : l’appropriation par la femme de vêtements de grands créateurs la fait basculer dans le monde de la haute société. Une corrélation entre la femme et le prêt-à-porter se retrouve notamment dans les films (Sabrina – 1954 ; Drôle de frimousse – 1957) de celle qui est devenue l’impératrice de la mode, Audrey Hepburn, où la célèbre actrice campe à chaque fois le rôle de jeune fille qui se transforme en jeune femme raffinée. Et scrupuleusement choisie par Hepburn en personne (qui l’habillait aussi dans sa vie privée), c’est Hubert de Givenchy qui était derrière les tenues de la mythique actrice. Une étroite collaboration qui aura pour résultat d’offrir au cinéma hollywoodien les styles vestimentaires les plus sophistiqués du grand écran comme en témoigne Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s – 1961) d’Edward Blake, symbole de chic ultime, qui pava le chemin des plus grands films fashion comme Le Diable s’habille en Prada de David Frankel (2006).

On observe là néanmoins une nouvelle acception de la mode sur nos écrans. Alors qu’ils servaient à appuyer la narration et peaufiner les traits de caractère des personnages, les vêtements se transforment en instruments commerciaux. Le cinéma se fait alors scène d’exposition des dernières créations des grands couturiers et un laboratoire où expérimenter les nouvelles tendances. Une de ces expérimentations serait le travail de Jean Paul Gaultier dans le film futuristique de Luc Besson, Le Cinquième Élément (2001). Mixant les genres et les époques dans son approche artistique, le créateur français innove et conçoit pour l’occasion un style avant-gardiste, atypique et prodigieux. Volant presque la vedette aux acteurs, l’esthétisme artistique des vêtements dans certains films se transforme en but ultime. On se rappelle de l’anecdote de 1931 quand Sam Goldwyn proposa à Coco Chanel un million de dollars afin qu’elle travaille pour MGM. Le but du mogul était d’associer sa maison de production à un grand designer. Depuis, tout comme le duo Givenchy-Hepburn, un bon nombre de designers se sont associés à de grandes productions cinématographiques. Pour ne citer qu’eux, on a Giorgio Armani pour le film American Gigolo en 1980 ou Batman, the Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012) ; Ralph Lauren pour Gatsby le Magnifique de 1974 et Annie Hall (1977) ; Nino Cerrutti pour Pretty Woman ; Armani et Chanel pour Trop belle pour toi (1989) ; et quant à la franchise James Bond dont le héros est toujours tiré à quatre épingles, on peut évoquer Tom Ford pour Quantum of Solace (2008) et Skyfall (2012), Armani pour Casino Royale (2006) et Brioni pour tous les 007 où Pierce Brosnan a joué.

Ainsi, alors qu’à l’aube du cinéma, les acteurs jouaient avec leurs propres vêtements, aujourd’hui les plus grands designers et les maisons de productions fonctionnent de pair. Une collaboration où tout le monde trouve son avantage : c’est peu cher puisque les couturiers prêtent gratuitement leurs créations et l’apparition dans les films de leurs œuvres, leur permet de se faire une publicité non négligeable. Véritable enjeu commercial, l’exploitation du « star system » par les grands noms de la mode a donc fait des acteurs et actrices des porte-vêtements. Cependant, ces derniers y trouvent aussi leur compte. De fait, à Hollywood, films et séries ont immortalisé des looks vestimentaires qui ont eu un impact sur l’opinion générale et développé la notion d’icônes de la mode et de sex symbol. Du côté des femmes, on peut citer Marilyn Monroe (Sept ans de réflexion – 1955, Certains l’aiment chaud – 1959), Audrey Hepburn, Sarah Jessica Parker (Sex & the City – de 1998 à 2004), Brigitte Bardot (Et Dieu… créa la femme – 1956); et chez les hommes on a les acteurs Marlon Brando (Un tramway nommé Désir – 1951, L’équipée Sauvage – 1953), James Dean (La fureur de Vivre, A l’est d’Eden – 1955), Alain Delon (Le Samouraï – 1967, La Piscine – 1969) ou Johnny Depp (21 Jump Street – de 1987 à 1990, Cry Baby – 1990), Jon Hamm (Mad Men – de 2007 à 2015).

Passés d’acteurs en icônes de la mode et sex symbol, les vedettes rentrent alors dans le jeu de la starification, facilité par le prestige de se vêtir avec ce que la mode fait de mieux, et s’imposent en influenceurs fashion.

 

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