L’Avenir, un film de Mia Hansen-Løve : critique

Moins de deux ans après la sortie en salles d’Eden, sorte de petit ovni dans sa filmographie, Mia Hansen-Løve retourne à la mélancolie filmée au présent avec L’Avenir, à découvrir au cinéma depuis le 6 avril.

Synopsis : Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

Naissance d’une femme

Mia Hansen-Løve a délaissé les « jeunes filles en fleurs », mais pas ses thèmes de prédilection : la douceur, la mélancolie et le choix d’une vie toute tracée qu’on refuse enfin. En confrontant cette fois un personnage plus âgé à une liberté nouvellement gagnée, la réalisatrice perd quelque peu en émotion, mais pas en douce légèreté. Elle ne fait plus éclore de belles jeunes filles romanesques à l’écran, mais fait littéralement (re)naître une femme, portée par l’incandescence d’Isabelle Huppert. Même s’il ne touche pas autant que ses premiers films (notamment Le père de mes enfants et Un amour de jeunesse), L’Avenir renoue enfin, après un passage plus contrasté avec Eden, avec les aspirations premières de Mia Hansen-Løve : échapper à la mélancolie en vivant au présent. Si c’est le long chemin que devaient parcourir les jeunes filles d’autrefois, c’est le choix plus brutal (car presque « malgré elle ») que fait Nathalie (jouée par une Isabelle Huppert toute en finesse et en nuances) après avoir été « libérée » de ses enfants, de son mari et de sa mère. Si ces trois poids pesaient sur elle, ils la faisaient aussi tenir dans sa vie de prof de philo qui doit résister à la modernité ou avancer avec elle. C’est ainsi qu’un chat noir sera le symbole de ce détachement impossible et pourtant nécessaire. Le temps a passé, les questions sont les mêmes : comment faire sa vie, qu’en faire ?

Le temps de la renaissance

Comme toujours, Mia Hansen-Løve prend son temps, elle filme une déambulation, les personnages ne cessent de marcher, de parler, de chercher. D’écrire aussi. En proie au doute, philosophique ici, ils ne s’arrêtent pourtant pas d’avancer. C’est cette force-là qu’elle déverse dans un film souvent drôle, qui peine à accrocher de suite son spectateur, mais qui saura le prendre au cœur au détour d’une maison bretonne qui s’éloigne, d’une vie qui redémarre. Cette femme est magnifique, froide, bourgeoise et elle tente d’accorder ses idées et sa vie, sans que cela soit toujours simple. La jeunesse qu’elle côtoie dans le Vercors le lui renvoie à la figure. Se considérant trop veille pour les combats, voire pour « refaire sa vie » amoureuse, elle papillonne au gré des événements (une mort suivie d’une naissance). Quand les larmes envahissent le visage d’Isabelle Huppert, souvent baigné par une lumière d’été, le film vibre, tout autant que quand sa voix s’élève pour rassurer un bébé qui pleure. Et ce ne sont pas des éditeurs pessimistes sur l’avenir qui feront reculer Nathalie, bien au contraire. Comme le Rossignol de « la claire fontaine », elle demande à ceux « qui ont le cœur gai » de continuer à chanter, à vivre. Son cœur à elle s’apaisera doucement d’une vie déjà passée, d’une vie à vivre encore, de destins à forger. Son métier ? La philosophie sous l’angle : apprendre à penser aux jeunes générations. Tout un programme inspiré à la réalisatrice par le métier de ses parents, tous deux professeurs de philosophie (comme dans le film). Le film respire une certaine modernité bienvenue, quand des jeunes bloquent l’entrée du lycée où travaille Nathalie pour protester contre une loi qui brouille leur avenir et qu’on leur répond « passe ton bac d’abord, tu te plaindras de la condition des salariés quand tu travailleras vraiment ». Rigidité, souplesse face à cette contestation, Nathalie ne choisit pas vraiment, son passé a respiré l’engagement, contrairement à son (ex) mari qui coupe court à la révolte par sa stature. Les échos au présent sont nombreux, la figure de Chloé, la fille de Nathalie, évoquant rapidement la silhouette de Mia Hansen-Løve elle-même, gracile.

Par son ancrage philosophique, le film réactive nos questionnements sur la vie et sa capacité à nous mener toujours plus loin, toujours plus vite surtout, sans qu’on ait toujours le temps de comprendre ce que l’on fait (et pourquoi!). Heureusement que des films comme L’Avenir prennent le temps de nous apaiser, de nous faire réfléchir. La douceur de Mia Hansen-Løve, sa capacité à faire des portraits nuancés, par touches successives, sont autant de caractéristiques qui font de L’Avenir un film pudique et sensible. C’est ainsi lentement, à tâtons que l’on quitte, presque à regret, l’appartement de Nathalie quand sonnent les dernières secondes du film. 

L’Avenir : Bande-annonce

L’Avenir : Fiche technique

Réalisation : Mia Hansen-Løve
Scénario : Mia Hansen-Løve
Interprétation : Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinda, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte …
Image : Denis Lenoir
Montage : Marion Monnier
Son : Vincent Vatoux
Production : Sacha Guillaume
Société de production : CG Cinéma, Arte France Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma, Detailfilm
Festivals: Berlinade, Ours d’Argent de la Meilleure Réalisatrice pour Mia Hansen-Løve. 
Distribution : Les films du Losange
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 6 avril 2016

France – 2015

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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