La résurrection du Christ, un film de Kevin Reynolds : Critique

Les fans de Kevin Costner -si tant est qu’il en reste- savent qu’ils doivent à Kevin Reynolds deux des films les plus renommés de la star du début des années 90 (Robin des Bois et Waterworld), mais le réalisateur n’a plus donné de nouvelles depuis une bonne dizaine d’années.

Synopsis : En 33 après Jésus Christ, Clavius est un centurion au service de Ponce Pilate, le préfet de Judée. Une prophétie se répand  parmi les sujets juifs comme quoi un condamné à mort va ressusciter et guider le peuple vers sa libération. Afin d’éviter une quelconque menace à l’ordre établi par l’Empire romain, il est chargé d’éviter que cette prédiction ne devienne réalité.

Leçon de catéchisme

A la vue du long-métrage avec lequel il nous revient à présent, il semble évident que cette absence fut le fruit d’une quête mystique qui se serait soldée par une épiphanie toute chrétienne. En effet, avec cet énième récit biblique, le réalisateur nous offre sa version des jours qui ont suivi la crucifixion de Jésus Christ en adoptant le point de vue d’un tribun romain. De ce point de départ –qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du film que tourne George Clooney dans le dernier film des frères Coen, Ave César-, le scénario démarre en utilisant les codes d’un polar que l’on aurait transposé 20 siècles en arrière. Une bonne idée donc, mais un traitement bien moins pertinent.

Dès le départ, la qualité esthétique assez déplorable, surtout visible dans la photographie désuète et le minimalisme des décors (majoritairement des ruines embellies par une direction artistique assez habile, il faut le reconnaître), rend le film très loin du faste des grandes épopées bibliques auxquelles Hollywood nous a habitués. Le constat aurait pu être bénéfique s’il avait été utilisé à bon escient mais, dès la scène d’ouverture, le réalisateur fait preuve d’une volonté de grand spectacle que l’humilité de son budget ne lui permet pas. De la même manière, l’idée d’adapter le point de vue d’un romain et non pas celui d’un des apôtres était un excellent moyen de poser sur la naissance du christianisme un regard exempt d’une bigoterie lourdaude. Mais ce que l’on remarque tout aussi vite c’est que le discours religieux de ce romain incarné par Joseph Fiennes n’est absolument, comme cela serait historiquement logique, celui du polythéisme mais se rapproche d’un rationalisme tout ce qu’il y a de plus moderne.

Davantage qu’une simple incohérence historique, le matérialisme du héros et sa confrontation à une christianisation balbutiante, présentée non pas comme une secte minoritaire mais comme une vérité indiscutable, sont le prétexte à une dénonciation assez perverse de la laïcisation actuelle. C’est là l’axe de lecture d’une première moitié qui prend l’allure d’une enquête d’un athée sur une croyance qui le dépasse. Puis, à mi-parcours, Clavius rencontre Jésus. Précisons que celui est interprété par un Cliff Curtis aussi peu convaincant qu’à l’accoutumée. Et là, patatras, alors que le romain se convertit dans un éveil spirituel quelque peu brutal le film sombre dans le prêchi-prêcha qu’il avait malgré tout jusque-là évité. Le scénario ne fera alors plus que suivre le groupe d’apôtres dans leur traversée du désert ne servant qu’à épaissir la dévotion cagote qui l’anime  avec, en conclusion, une légère montée de la tension purement superficielle.

Cette Résurrection du Christ est une reconstitution historique parfaitement erronée qui n’a pour buts que de prêcher les convaincus du dogme chrétien et de décrédibiliser, en le renvoyant à une mentalité digne des odieux oppresseurs antiques, tout discours qui aurait l’affront de le remettre en question.

La résurrection du Christ : Bande-annonce

La résurrection du Christ : Fiche technique

Réalisateur : Kevin Reynolds
Scénario : Kevin Reynolds, Paul Aiello
Interprétation :  Joseph Fiennes (Clavius), Tom Felton (Lucius), Cliff Curtis (Jésus), Peter Firth (Ponce Pilate), Stephen Hagan (Bartholomé), María Botto (Mary Magdalene)…
Photographie :  Lorenzo Senatore
Montage :  Steve Mirkovich
Musique : Roque Baños
Direction artistique : Ino Bonello, Gabriel Liste, Eugenio Ulissi
Producteurs :  Patrick Aiello, Mickey Liddell, Pete Shilaimon
Sociétés de production :  Columbia Pictures, LD Entertainment, Patrick Aiello Productions
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing France
Durée : 107 minutes
Genre :  Historique, fantastique, thriller
Date de sortie : 4 mai 2016

Etats-Unis – 2016

 

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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