La Belle Saison, de Catherine Corsini : Critique

Un gouffre rare d’intelligence, de sensibilité grave, à l’image d’un des derniers plans du film ou le regard déboussolé de Cécile de France (Carole) plonge vertigineusement dans la bouche sombre d’une sortie de tunnel de gare de province (toutes les gares en sont dotées !) comme pour interroger l’inconnu.

Plus qu’une belle saison faite de fenaisons, d’orages tant climatiques que sentimentaux ou de réunions agraires lourdes de soupçons, Catherine Corsini nous fait tour a tour, sourire, apprécier, décoder, découvrir ou pleurer, avec une justesse bluffante. Fait de silences non feints, de poses narratives pertinentes, d’amoureux et superbes plans serrés, « Une belle saison » nous croque le portrait non suranné d’une société post 68 avec son lot de combats non pas d’un point de vue militant mais simplement résistant. Dans ce cas précis, la foi en un sujet et la modestie du traitement ne sont pas simulés. Le script est structurellement équilibré, le montage fugace et dynamique ; climax au bon timing et chute sans fioriture.

Quant à la B.O. signée de G. Hetzel pas plus ostentatoire qu’il n’en faut, vient lécher le ressenti des personnages délicieusement profilés. Izia Higelin incarne une Delphine vorace pour ne pas dire vérace, c’est tout autant le cas de Cécile de France dans un genre plus urbain. Noémie Lvowsky est bluffante de sincérité en campant une mère sédentaire.

Entre Les Enfants du Marais et Woodstock, autant pour les quinquas, que pour les teens, cette 10ème oeuvre de Miss Corsini est une fiction utile et contemporaine sur ce qu’était et demeure le poids de l’éducation ou de la culture mais aussi la puissance de l’amour et de l’histoire.

Un pur moment d’évasion cinématographique dans l’intime de tout un chacun.

Synopsis : 1971. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance financière. Carole est parisienne. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d’amour fait basculer leurs vies.

La Belle Saison : Bande-annonce

La Belle Saison : Fiche Technique

Réalisatrice: Catherine Corsini
Coauteur : Laurette Polmanss
Date de sortie : 19 août 2015
Production : Elisabeth Perez
Avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Finnegan Oldfield et Laetitia Dosch.
En coproduction avec France 3, Artemis (Belgique), Solaire Production,
avec la participation de Canal + et de la Région Limousin.
Distribution France et internationale: Pyramide.
En association avec Indéfilms, Soficinéma, Cinémage et ISF Cinéma.
Avec l’aide au développement du CNC.

Auteur Valérie G.

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.