Izombie, saison 1: critique série

La CW semble avoir trouvé son filon en montant un partenariat avec DC. Troisième adaptation d’une série de comics après Arrow et Flash, Izombie n’appartient toutefois pas à l’univers connecté des deux autres héros (même si l’idée d’un cross-over n’est pas sans charme).

Zombie pro, nouveau look pour une nouvelle mort

Librement adapté de l’œuvre du même nom de Michael Allred et Chris Robertson, le pitch reprend l’idée de la jeune zombie devant dévorer des cerveaux pour garder un semblant d’humanité, mais obligée de revivre les souvenirs et adoptant la personnalité de son repas. Une compétence qu’elle décide de mettre au service de la police en travaillant à la morgue, ce qui lui permet de se nourrir facilement. Si le principe promet un feuilleton gothique teinté d’humour noir et d’horreur, il ne faut pas oublier que l’on est sur la CW qui préfère produire des séries teen gentillettes. Le genre de show où rien ne dépasse, où tous les personnages semblent sortir d’un magazine de mode tandis que la morale reste relativement sauve.

À partir de là, le titre, Izombie, n’est pas dénué d’une ironie mordante. S’il fait référence en premier lieu au dilemme intérieur du personnage (« moi, zombie »), il est difficile de ne pas penser également aux produits technologiques qui ont envahi notre quotidien. Ipod, Iphone, Ipad…des produits fonctionnels à l’utilité plus ou moins évidente qui amusent le public. De la même manière que l’informatique est passé d’une activité d’initiés à un objet du quotidien, le zombie, autrefois symbole de contre-culture, s’est assagi. Fini la décomposition putride ou les membres tombants, le zombie est devenu propre, bien habillé, sexy et surtout docile et utile à la société. Constat alarmant ou évolution logique d’une figure qui a bien trop longtemps fait sa crise d’ado et décide de passer à l’âge adulte ? Il n’empêche que ce relooking fait rentrer le mort vivant dans le rang, chose que les puristes vont difficilement avaler en imaginant leur monstre favori lavé du cerveau et pleinement compatible avec la génération 2.0. De toute façon il faut se rendre à l’évidence, la culture geek n’est plus cette tendance underground méprisée par les sportifs bêta et les mannequins taille 32, défendue bec et ongles par des tribus d’obscur barbus jouant aux jeux vidéos dans des caves. Elle est devenue une mode prête à porter, que le public s’est approprié en totalité. Aussi, découvrir Liv Moore (jeux de mots subtil) arborant fièrement une crinière de cheveux blancs et un teint légèrement plus pâle que la moyenne tient finalement d’une évolution logique plutôt que d’une volonté des producteurs de cracher sur un héritage.

Il faut toutefois y aller avec des baguettes avant de parler de réinvention du genre. Si Izombie ne respecte pas les codes imposés par ses illustres modèles, elle se contente de les remplacer par d’autres. La formule est donc celle d’un procédural classique où un personnage extérieur doté d’une capacité spéciale apporte son aide aux forces de polices. Dead Zone, Mentalist, Medium…les exemples ne manquent pas, et cette nouvelle série ne change finalement que l’emballage pour proposer le même produit bien sage où l’on devine rapidement que le coupable est le troisième personnage interrogé par le flic bourru. Déjà vu…mais il faut admettre que l’ensemble ne manque pas de charme, surtout grâce aux acteurs. Rose McIver est relativement drôle dans son rôle de zombie à l’identité variable, même si ses personnalités d’emprunt tombent régulièrement dans le cliché (la pom-pom girl cruche, l’artiste hypersensible…). En face, David Anders incarne avec un charisme certain le psychopathe qui mettra un peu de désordre dans cet univers trop lisse. Pour le reste, si les enquêtes peuvent parfois paraître bancales, l’intrigue générale réserve tout de même quelques jolies surprises comme l’apparition d’un second antagoniste en fin de course, caricature à peine déguisée du fondateur de Redbull, ou l’évolution étonnante de Major, l’ex petit ami à la mâchoire carrée.

Pour l’instant, la CW propose un procédural classique un peu hésitant dans sa part laissée au surnaturel, préférant les explications pseudo-scientifique maladroites plutôt que le fantastique pur et évitant au maximum les détails trop gore. Izombie n’est finalement pas si éloignée de sa grande sœur Arrow, qui jouait également la sécurité d’un concept efficace avant de trouver son rythme et son identité. En espérant alors que les scénaristes suivent la même voie et se libèrent de ce cahier des charges un peu poussiéreux afin de proposer quelque chose de vraiment fun et divertissant. Après tout, le comics original a aussi des fantômes, des momies, des vampires joueuses de paintball et des loup-garous. Si la série creusait dans ce sens plutôt que d’essayer de copier Veronica Mars (ancienne série du producteur Rob Thomas), elle trouverait sûrement ce nouveau souffle dont elle aurait grand besoin et ressemblerait un peu moins à un produit formaté pour le grand public.

Synopsis : Olivia « Liv » Moore, une étudiante en médecine transformée en zombie suite à une soirée qui a mal tourné devient médecin légiste pour calmer sa faim. Mais, à chaque bouchée, elle hérite des souvenirs des victimes. Elle décide donc d’aider le détective Clive Babineaux à résoudre des affaires criminelles.

Izombie : Bande-annonce

Fiche Technique – Izombie

Titre original : Izombie
Titre français : Izombie
Date de sortie : 2015
Nationalité : États-Unis
Création : Rob Thomas
Épisodes : 13 (45 min)
Interprétation : Rose McIver, David Anders, Malcolm Goodwin, Rahul Kohli, Robert Buckley…
Musique : Josh Kramon, Deadboy & the Elephantmen.
Production : Table Six Production, Spondoolie Production, Vertigo, Warner Bros, DC Comics.
Distribution : The CW
Budget : N.C
Genre : Policier, Fantastique, Horreur.

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.