Iris, un film de Jalil Lespert : Critique

Avec Iris, Jalil Lespert réalise son premier polar, qui se solde par un résultat en demi-teinte.

Synopsis : Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

Quatrième réalisation pour Jalil Lespert. Après son Yves Saint-Laurent, qui a valu à Pierre Niney le César du meilleur acteur, le réalisateur s’essaie à un nouveau genre qu’est le thriller. Iris se présente comme un tournant dans sa carrière et un nouveau défi qu’il relève. Alors défi relevé ou échec cuisant ? Avant toute chose, n’hésitez pas à lire l’interview de Jalil Lespert, effectuée par deux rédacteurs de Cineseries-mag il y a quelques jours.

La bande-annonce d’Iris (à voir en fin d’article) laissait présager quelque chose de bon, voire très bon. L’intrigue paraissait ficelée, les acteurs au meilleur de leur forme et la réalisation digne d’assez bons polars. Malheureusement, on établit un constat mitigé après découverte du long-métrage.

Il est bon de s’intéresser au casting, part plus qu’essentielle du film. Outre le fait que Jalil Lespert se met en scène, il parvient à (très) bien s’entourer, faisant appel à Charlotte Le Bon, qui endosse pour la première un rôle dans un thriller, Romain Duris ou encore Camille Cottin. Les interprétations sont toutefois en demi-teinte. Romain Duris confirme son talent et ne cesse de surprendre au fur et à mesure de sa carrière. Ici, son personnage d’homme seul perdu est parfaitement bien campé. Sa violence, mêlée à son désarroi, fait mouche, et place son personnage comme le plus crédible du film. Charlotte Le Bon, bien qu’assez effacée, complète de manière plutôt juste le duo qu’elle forme avec Duris. S’il faut soulever des bémols, on se tourne du côté des interprétations de Camille Cottin et Jalil Lespert. Les deux acteurs font la paire dans une certaine fausseté. On peine à prendre au sérieux leur personnage qui sont pourtant les plus dramatiques et les plus sombres. Impossible de trouver en chacun d’eux ce petit quelque chose qui suscitera une certaine empathie, surtout en ayant connaissance du contexte dramatique, et qui parviendra à nous passionner. Le spectateur reste voyeur d’un spectacle parfois malsain, qui s’offre comme une simple énumération de faits, et qui ne prend pas la peine d’immiscer le regardant dans les interstices et les ficelles du scénario.

En effet, Iris capote également dans le scénario. Beaucoup d’incohérences jonchent ce récit complexe, où les retournements de situations sont nombreux et parfois surprenants. Il est conseillé de rester attentif, tant certains personnages se ressemblent et peuvent faire éclore moult confusions et incompréhensions.
Mais Jalil Lespert n’a-t-il pas joué avec le feu en s’attaquant à ce scénario ? C’est la question que l’on peut se poser en découvrant le continuum du long-métrage. À son intrigue, le réalisateur mêle un érotisme malsain, voire dérangeant, notamment lors de scène SM, mais non-justifié. L’accumulation de faits, de lieux et de problématiques soulevées donne naissance à un résultat filmique brouillon, mais pas désagréable pour autant. On perçoit également ce souhait de composer un récit avec des personnages foncièrement différents : un PDG d’un banque très riche confronté à un client qui peine à joindre les deux bouts, au milieu desquels s’immiscent leur compagne. Les stéréotypes pointent le bout de leur nez avec les questions de garde d’enfants, de rançon demandée et de lieux communs propres aux polars. Le rapport dominant/dominé est trop écrasant et les revirements de situation sont bien trop vite dévoilés.

Dans la continuité de son Yves Saint-Laurent, Lespert nous offre une réalisation léchée et minutieuse. Certaines mauvaises langues parlent de l’esthétique comme semblable à un téléfilm de France 2, mais ce n’est pas le cas. Le travail sur la lumière est très intéressant. Grâce à son chef opérateur, le réalisateur joue sur les faux semblants jusque dans l’image avec ce jeu d’ombre, ces plans grisâtres et maussades, parfaits reflets de l’état d’esprit des divers personnages, notamment celui de Romain Duris.

Le nouveau film de Jalil Lespert est donc tantôt trépidant, tantôt confus et paresseux. Iris a de quoi laisser le spectateur perplexe. Si ce dernier pourra être surpris par de nombreux renversements scénaristiques, les nombreuses incohérences et questions sans réponses auront de quoi le faire pâlir, et ce ne sont pas les acteurs qui viendront sauver la mise, même si Romain Duris et Charlotte le Bon confirment leur talent.

Iris : Bande-annonce

Iris : Fiche Technique

Réalisateur : Jalil Lespert
Scénario : Andrew Bovell
Interprétation : Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lesprt, Camille Cottin, Sophie Verbeeck…
Photographie : Pierre-Yves Bastard
Montage : Mike Fromentin
Direction artistique : Leïla Smara
Producteurs : Wassim Béji, Sylvain Goldberg, Serge de Poucques
Sociétés de production : WY Productions
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Durée : 100 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 16 novembre 2016

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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