Iqbal, l’enfant qui n’avait pas peur : Critique du film

Promu par l’U.N.I.C.E.F. et inspiré de faits réels, Iqbal retrace le parcours hors du commun d’Iqbal Masih, enfant pakistanais vendu comme esclave alors qu’il n’avait que quatre ans et assassiné à l’âge de douze ans par la mafia, car il était devenu porte-parole des enfants esclaves. Si l’histoire est marquante, elle l’est d’autant plus que la personnalité de cet enfant avait une force peu commune. Il semble affronter son destin avec une maturité qui impose l’admiration et questionne sur cette innocence, qui fait le sel de cette période de la vie et dont on semble les priver.

Synopsis: Iqbal est un petit garçon espiègle et joyeux qui passe son temps entre les jeux avec ses copains, sa petite chèvre adorable et ses superbes dessins. Un jour, tout va changer… Son frère tombe gravement malade et il lui faut des médicaments coûteux, trop coûteux. Croyant bien faire, Iqbal attend la nuit pour s’éclipser vers la ville. Pour aider sa mère et soigner son frère, il n’a pas d’autres solutions que de vendre sa chèvre, le cœur serré… 

En sortant de la séance on se pose la question de la qualité de l’animation car, si on peut y voir une volonté artistique de se démarquer, on peut aussi se demander si un budget plus conséquent aurait été de trop. Pourtant les décors sont d’une grande beauté et offrent un Pakistan splendide, mais l’animation ne va pas dans le détail et manque sérieusement de fluidité. Pourtant Iqbal ne vient pas d’un pays où les moyens cinématographiques manquent, la France et l’Italie sont capables de beaucoup mieux. Heureusement, la bande originale composée par Patrizio Fariselli est superbe, dépaysante et moyen-orientale sans faire de nous des touristes de l’exotisme, elle vient dramatiser les moments les plus difficiles.

Mais là où Iqbal pêche vraiment c’est dans son propos, dans sa manière de dénoncer et de montrer du doigt les responsables de l’exploitation des enfants. On souligne bien la responsabilité de l’esclavagiste ainsi que du receleur occidental, mais cela reste le minimum syndical. Aucune trace en effet du bout de la chaîne, à savoir l’acheteur, le consommateur que nous sommes. Ce consommateur aujourd’hui bien conscient car bien informé des pratiques et des conditions de travail qui se cachent derrière un jean pakistanais à moins de dix euros. De lui, aucune trace dans Iqbal et par là, aucune possibilité de responsabiliser les plus jeunes spectateurs dans leurs futurs actes d’achat à petit prix.

Sans être forcément exemplaire, l’histoire d’Iqbal est édifiante en ce qu’elle montre la réalité d’un monde sur laquelle nous sommes très nombreux à pleurer régulièrement pendant quelques instants, pour l’oublier aussitôt et retourner à notre mondialisation prétendument heureuse. Voir Iqbal est-il un acte militant ou un énième moyen d’apaiser sa conscience à peu de frais ? C’est à chacun de voir avec lui-même, en tête-à-tête avec sa conscience mais une chose est sûre, vos enfants y trouveront autre chose que la tiédeur fadasse des productions Disney.

Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait Pas Peur : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6kFsagw8MJU

Iqbal, l’Enfant Qui n’Avait pas Peur : Fiche Technique

Réalisation : Michel Fuzellier et Babak Payami
Scénario : Paolo Bonaldi, Michel Fuzellier, Lara Fremder
Création des personnages : Michel Fuzellier, Chiara Molinari, Valeria Petrone
Distribution : Yvan Le Bolloc’h, Bruno Solo
Création des décors : Guido Cesana, Marco Martis, Michel Fuzellier
Musique : Patrizio Fariselli
Production : Gertie Productions, 2d3D Animations, Montparnasse Productions
Distribution : Editions Montparnasse
Pays d’origine : Italie, France
Genre : animation
Durée : 80′
Date de sortie : 24 août 2016

France-2016

 

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.