Infiltrator, un film de Brad Furman : Critique

En délaissant le sensationnel et misant sur l’aspect humain de son (incroyable) histoire, Brad Furman fait des merveilles dans ce film voyant l’ex-Walter White de Breaking Bad s’improviser agent infiltré cherchant à démanteler le cartel de Medellin et faire tomber son illustre patron, Pablo Escobar.

Synopsis : L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passé, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.

Walter White du coté des gentils. C’est peu dire qu’on en avait rêvé. Et pourtant, voilà que l’américain Brad Furman, précédemment auteur d’une inoffensive incartade sur les dangers des jeux en ligne (Players), l’a fait. L’ex-prof de chimie aux méthodes expéditives est en effet de tous les plans dans ce film convoquant non sans malice l’âge d’or du film de cartel et son illustre figure, Pablo Escobar. Mais pas question pour lui de jouer les contrebandiers ou dealers, mais bien un agent des douanes particulièrement émérite, puisque partant à la chasse au cartel de Medellin par l’entremise de ses nombreux banquiers chargés de blanchir l’argent rapporté par le célèbre trafiquant colombien. Une gageure que l’on pressentait vouée à l’échec, tant pour le C.V de son auteur qu’à cause du succès de Narcos, la série à succès estampillée Netflix, qui boxe dans la même catégorie. Mais là où la série de José Padilha a à cœur depuis l’année dernière de raconter à sa façon, l’envers du décor du vaste réseau d’Escobar et de ses velléités hégémoniques dans le domaine de la distribution de cocaïne, Infiltrator vise lui beaucoup plus petit. Et c’est sans doute là sa plus grande force.

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Petit. C’est le mot. Pour ne pas dire dérisoire si on le compare à l’aura (gigantesque) d’Escobar. C’est pourtant le créneau dans lequel s’engouffre le film de Brad Furman. Préférant ainsi se faire l’écho des hommes et femmes membres du trafic et ceux essayant désespérément de les arrêter, plutôt que de montrer la fameuse poudre blanche à l’origine de la fortune que doit blanchir Bryan Cranston, le film emprunte un chemin de traverse bienvenu quitte à assumer une palette de statuts. Bien aidé par un casting en phase, le métrage peut alors dérouler ses cartes, quitte à surprendre pour le ton et l’approche choisis. Tour à tour polar 80’s arrogant, odyssée rise and fall à la Scorsese et narco-thriller, Infiltrator trouve dans sa dernière bobine son rythme de croisière et par là même son but. Pas besoin pour lui de rappeler les méfaits de la drogue, ou l’échec de la politique US à endiguer le trafic d’Escobar, mais plus le soin impérieux de dresser la contradiction des émotions de ces agents infiltrés devant pactiser avec de beaux salauds, et s’apercevoir, non sans surprise, derrière le vernis de poudre balancé par Washington et les agents des stups, qu’ils sont juste des gens tentant de survivre avec leur lot de problèmes et leurs envies d’amitié et de confiance. On pourra certes arguer que le film vogue alors vers un classicisme assez ronflant et que le rythme en pâtit par endroits, mais on saura au moins reconnaitre qu’il arrive à démythifier, de brillante façon d’ailleurs, l’envers du décor d’un des trafics les plus connus du monde, sans se perdre en broutilles bling-bling et hyper-violence stylisée sur fond de hits sud-américains. Et fatalement, dès lors que se pointe le générique de fin, on se dit que Brad Furman a bien mûri son coup : les meilleurs choses dans la vie, sont comme le dit bien l’expression, les plus simples. Une qualité dont n’a pas à rougir le film. Loin de là même.

En sacralisant la dimension humaine au détriment de la grosse machinerie du trafic, Brad Furman parvient avec Infiltrator à paradoxalement déconstruire les rouages de l’empire Escobar. Une gageure qui doit beaucoup au talent de son casting, mais aussi à la pertinence de son approche, résolument anti-spectaculaire.

Infiltrator : Bande-Annonce 

Infiltrator : Fiche Technique

Titre original : The Infiltrator
Réalisation : Brad Furman
Scénario : Ellen Brown Furman, d’après The Infiltrator de Robert Mazur
Interprétation : Bryan Cranston (Robert Mazur), John Leguizamo (Emir Abreu), Benjamin Bratt (Roberto Alcaino), Diane Kruger (Kathy Ertz), Yul Vasquez (Javier Espina)…
Photographie : Joshua Reis
Montage : Luis Carballar, Jeff McEvoy et David Rosenbloom
Direction artistique : Karen Wakefield
Décors : Crispian Sallis
Costumes : Dinah Collin
Musique : Chris Hajian
Production : Paul M. Brennan, Brad Furman, Miriam Segal, Don Sikorski
Producteurs délégués : Bryan Cranston, Kate Fasulo, Cam Galano, Peter Hampden, Scott LaStaiti, Robert Mazur, Norman Merry, Jill Morris, Martin Rushton-Turner
Coproducteurs : Nicole Boccumini, Jess Fuerst, Matt Ruskin et Paula Turnbull
Société de production : Good Films
Sociétés de distribution : Broad Green Pictures (États-Unis), ARP Sélection (France)
Budget : 47,5 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : thriller, historique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 7 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

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Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
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