Hunger Games, La Révolte partie 2, un film de Francis Lawrence: Critique

Fort d’une troisième partie qui s’affranchissait finalement du divertissement faussement exaltant proposé jusque alors, et qui donnait enfin à voir le cœur de son sujet politico-tyrannique, autant dire que Hunger Games : La Révolte Partie 2 était attendu. Autant pour la conclusion qu’il mettrait un point d’honneur à apporter que pour cette révolte qui gronde et qui n’attendait que d’éclater depuis le premier métrage en 2012, le film disposait ainsi d’un certain potentiel dont il se devait d’user pour enfin donner à voir cette révolte promise par le titre. Une seule question demeurait pourtant et non des moindres : celle du ton employé !

Synopsis: Alors que Panem est ravagé par une guerre désormais totale, Katniss et le Président Snow vont s’affronter pour la dernière fois. Katniss et ses plus proches amis – Gale, Finnick, et Peeta – sont envoyés en mission pour le District 13 : ils vont risquer leur vie pour tenter d’assassiner le Président Snow, qui s’est juré de détruire la jeune femme. Les pièges mortels, les ennemis et les choix déchirants qui attendent Katniss seront des épreuves bien pires que tout ce qu’elle a déjà pu affronter dans l’arène…

Poursuivra-t-il sur la lancée esquissée par le dernier qui prenait à bras le corps les composantes de son sujet, entre guerre de perception et d’influence, propagande et rébellion, ou suivra-t-il la veine de ces nombreux divertissements faisant fi du contexte dans lequel ils s’insèrent pour finalement relâcher les gaz et donner à voir une conclusion en forme de chevauchée des Walkyries sous acide où la bienséance ne trouve plus sa place ?

Une conclusion à la tonalité confuse

Un choix ayant visiblement infusé la vision du metteur en scène Francis Lawrence qui, non soucieux de faillir à son statut d’homme à tout faire du studio, embrasse les deux tableaux à la fois, quitte à faire perdre à son film un élément non négligeable : son feu sacré. Conséquence directe de la division du roman final en deux films, cet épisode de la saga paie ainsi par son absence flagrante de faits à apposer sur ses images.

Fort d’un sous-texte politique déjà éludé dans le précédent long-métrage, le film ne pouvait et même ne devait qu’alors embrasser cette veine rebelle et héroïque qu’on était en droit d’attendre. Malheureusement pour nous, cette rébellion, sans doute pour épouser l’étonnante sobriété qui habite l’ensemble, se paie le luxe de ne figurer qu’en filigrane de l’œuvre. Un comble quand le film en vient à désigner cet événement comme le faire valoir du métrage qui aurait de fait gagné à améliorer son titre ou son ambition, c’est selon. Mais outre ce choix curieux mais pas forcément répréhensible, c’est vers le scénario même que les principaux reproches peuvent se tourner. Si l’on sait gré à ce dernier d’inclure en son sein toutes les thématiques qu’un sujet de la trempe d’HG dispose, à savoir gestion de l’après dictature, jeux de pouvoirs et d’influence, sans pour autant prendre le pas sur le reste, on ne peut qu’être consterné de voir le scénario préférer étayer la romance entre Peeta (campé par un Josh Hutcherson lobotomisé), et Katniss (jouée par une Jennifer Lawrence curieusement bien en deçà de ses dernières interprétations du Geai Moqueur) que donner à voir l’intrigue de ce volet qu’on attendait bien plus frondeuse et héroïque.

Un scénario au diapason de ce désordre

Pour autant, le script n’est pas forcément le seul fautif dans l’histoire. S’il demeure cohérent et se couple parfaitement aux oripeaux techniques déployés par le film (que dire de la photographie et de la musique impeccable, ou des références disséminées çà et là), reste que le trop-plein de personnages, privé d’une ossature solide et viable qui fragilise l’ensemble. Jusqu’alors vecteur de l’étonnante réussite de l’ensemble de la saga, le casting semble ici plat, quitte à s’effondrer comme un château de cartes, l’intrigue ne leur permettant plus une ossature digne de ce nom. Et au jeu des interprétations ratées, personne ne semble ainsi épargné entre une Julianne Moore surjouant les traits de la présidente Coin, un Philip Seymour Hoffman en retrait, un Woody Harrelson reconverti en side-kick du personnage de Katniss ou encore une Elizabeth Banks, dont la prestation n’a jamais été aussi immonde que ses tenues. Conséquence malheureuse de la division en deux films du roman conçu pour clore les pérégrinations du Geai Moqueur, cette deuxième partie n’aura servi en réalité qu’à alimenter la cash-machine hollywoodienne pour un résultat relativement décevant puisque obligeant à voir un récit non dénué de qualités accuser le coup d’une division ayant amoindri ses enjeux et par extension sa surprise.

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Bande-annonce

Hunger Games, La Révolte partie 2 : Fiche Technique

Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Interprétation: Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Josh Hutcherson (Peeta Mellark), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Elizabeth Banks (Effie Trinket), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Julianne Moore (Présidente Alma Coin), Donald Sutherland (Président Coriolanus Snow)…
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Budget : 125 millions $
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Durée : 137 minutes
Date de sortie : 18 novembre 2015

Etats-Unis – 2015

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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