Albert Dupontel : Portrait d’un cinéaste unique et décalé

Albert Dupontel le crie haut et fort, ses années à faire le trublion pour Canal + et sur scène n’étaient là que pour lui permettre de réaliser son rêve : le Cinéma. Portrait d’un auteur Français unique et décalé.

Premier des comiques made-in Canal + à passer à la réalisation et à l’écriture (Chabat ne réalise Didier que deux ans plus tard), Dupontel lance sa carrière cinématographique avec Bernie en 1996. Coups de pelles sur les écrans et coups dans la gueule pour le cinéma français qui s’enlise entre comédies franchouillardes filmées comme des téléfilms et drames lourdingues et prétentieux n’ayant rien de bien nouveau à proposer.
Albert le cinglé débarque avec ses personnages loufoques et bigger than life développant des aspects vus dans ses sketchs tout en élargissant le débat. Loin d’un one-man show allongé, le cinéma de Dupontel offre durant 20 ans, soit cinq longs métrages, sa vision de la société.

Un marginal au cœur tendre

Albert aime la rue et ses occupants les plus pauvres. Il aime confronter le sérieux des costards-cravates cyniques et le plus souvent sans morale à la bonne humeur et l’humour des SDF comme ce sniffeur de colle qui prend les frusques d’un flic suicidé pour aller se goinfrer à la cantine du coin.

« J’ai une compassion et une empathie pour tous ces gens démunis. Ils n’ont rien, et tout d’un coup ça devient frappant à l’écran, la moindre tomate devient spectaculaire à l’écran ! »

Derrière les allures de cartoon endiablé, shooté avec brio (le métrage ravit son ami Terry Gilliam), se dessine une vraie critique de société. Les accents Monty-Pythesques s’allient à une sensibilité proche des meilleurs films de Capra sans jamais verser dans un négativisme sévère.

Dupontel prêche pour les plus faibles, broyés par une machine consumériste infernale (autre point commun avec Terry Gilliam et son célèbre Brazil) via quelques scènes hilarantes (un costard-cravate qui sort de l’affiche publicitaire vantant des taux bas pour agresser les gens, les personnages de pourris rachetant à bas-prix des maisons pour y construire une galerie commerciale dans Le vilain).

Les cibles d’un clown vachard

Albert Dupontel jouait déjà sur scène très souvent les marginaux, voire des débiles profonds, pour égratigner certaines sacro-saintes institutions. Les flics visés dans Enfermé dehors étaient déjà passés à la moulinette de l’humour revanchard façon Rambo dans Burt le superflic ; la justice dans 9 mois ferme ; les agents immobiliers dans Enfermé dehors et Le vilain ; les costards-cravates comme celui du sketch Les pourris d’or repris dans presque chaque long métrage ; la télé et les journalistes… Tous condamnés pour manque d’humanité, bêtise à répétition et finalement un grand manque de cœur et d’âme, au contraire de ses personnages de gens simples proches de la rue et bataillant contre une société qui voudrait les plier à son gré.

«  »Enfermés dehors », c’est une satire sociale, comme un cartoon. La fin est très chaplinesque. Mais dès que tu veux parler des différences sociales, c’est indirectement politique. Si je voulais faire un vrai film politique, je m’inspirerais des films de Raymond Depardon, Ken Loach. Le social est un terreau dans le lequel je puise, voilà tout. »

Un nouveau virage ?

Après vingt ans à adapter ses propres histoires, Albert Dupontel adapte aujourd’hui un ouvrage littéraire et non le moindre : Au revoir là-haut. Le film débarquera dans nos salles obscures le 25 octobre prochain d’après le roman de Pierre Lemaître vainqueur du Goncourt en 2013.

Bande-annonce : Au revoir là-haut

Après la projection privée de Canal +, Albert Dupontel nous explique avoir voulu adapter l’œuvre, non parce qu’il s’agissait d’un grand roman (ce qu’il pense tout de même), mais surtout parce qu’il se reconnaissait dans les personnages décalés du livre. A l’image des grands auteurs-réalisateurs ayant adapté un ouvrage littéraire au milieu d’œuvres personnelles, comme Tarantino avec Jackie Brown, Albert passe le cap de l’adaptation sans perdre son style visuel ou son sens du dialogue incisif et jubilatoire.

« C’est génial ! Quelque soit ton discours, tu te dois de divertir les gens. Chose que certaines personnes ont tendance à oublier. Je suis co-producteur je fais ce que je veux, heureusement. »

Si le film est plus sérieux et dense que d’habitude, on retrouve tout ce qui a fait son cinéma jusqu’ici. Le résultat est une réussite de bout en bout qui, si elle s’octroie quelques libertés par rapport au roman, lui rend en tout cas un bel hommage. Si Dupontel en modifie la fin, c’est pour mieux l’adapter à sa sensibilité, idem pour ce personnage féminin qui ne figure pas dans le livre ou ces quelques scènes permettant de mêler l’univers de Lemaître à celui de l’ex-humoriste.

Le cinéma français tient un sérieux prétendant au titre de meilleur film de l’année et Dupontel signe l’un de ses meilleurs films.

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Olivier Pastorino
Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

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