Hibou, un film de Ramzi Bédia : Critique

Alors qu’il tenait le matériau d’une fable romanesque et enfantine, Ramzy Bedia n’a pas réussi à s’empêcher de charger son récit d’une pitrerie lourdingue, au risque d’y perdre tout son lyrisme attendrissant.

Synopsis : Rocky vit très mal de passer constamment inaperçu. Un matin, il découvre qu’un grand-duc, une espèce protégée de hibou, a élu domicile dans son salon. C’est de là que lui nait l’idée de se déguiser en hibou pour attirer les regards sur lui. Malheureusement, le résultat n’est pas au rendez-vous, mais ce sera l’occasion pour lui de rencontrer une jeune femme qui, elle, est déguisée en panda.

Bas les masques

On avait cru remarquer il y a quelques mois, à l’occasion de la réunion de son duo avec Eric Judor dans La Tour 2 Contrôle Infernale, que Ramzy semblait mal à l’aise par le fait de réutiliser l’extrême  bouffonnerie qui avait fait leur succès à la fin des années 90. Un espoir de voir l’ancien trublion avoir acquis une certaine maturité, que la nouvelle de sa première réalisation n’aura pas tardé à venir confirmer. Toutefois, dès l’affiche et la bande-annonce de son Hibou, le ton était donné : C’est clairement vers la farce absurde que s’est dirigé Ramzy, mais derrière la douce folie qu’inspire l’idée même de ces personnages en costumes, une certaine mélancolie se laissait percevoir dans la caractérisation de son rôle mal dans sa peau et en quête d’identité. L’allégorie du métier d’acteur, se dissimulant derrière un personnage, est évidente et, en cela, on pouvait espérer voir dans le parcours de Rocky une mise en abime du début de carrière de son interprète et donc une certaine sincérité.

Chassez le naturel…

Malheureusement, dès la fin de la première scène, le constat est accablant : Plutôt que de  miser sur la légèreté poétique de son propos, Ramzy a enrobé le dispositif d’un humour lourdaud qui vient parasiter toutes les émotions qu’il tente de transmettre. Toute la candeur enfantine de ce qui aurait pu être une fable pleine de fraîcheur est également contrebalancée par la place prise par la vie professionnelle du personnage dans les enjeux. Sans doute est-ce sous l’influence des producteurs que Ramzy a été obligé d’inclure une part de stupidité dans la loufoquerie de son écriture, mais toujours est-il que le manque de subtilité nuit terriblement à l’attachement envers son personnage. Un vrai regret car, derrière ce manque de confiance dans l’aboutissement personnel d’un travail pétri d’inspirations évidentes (Jacques Tati, Michel Gondry, Roy Andersson…), on peut remarquer que le soin porté à la direction artistique, et en particulier à la musique, à certains décors urbains et à la lumière solaire, apporte à cette première réalisation une ambiance assez plaisante où la finesse aurait eu sa place.

Un imaginaire foisonnant mais mal exploité

Parmi les personnages secondaires, la plupart sont irritants à force d’être caricaturaux, à commencer par Philippe Katherine en musicien dépressif ou Franck Gastambide en bénévole demeuré. Hormis l’inévitable caméo d’Eric (qui, sans surprise, fait du Eric), on peut noter le rôle de l’animalier tenu par Etienne Chicot qui est peut-être le plus drôle, mais aussi celui de Guy Marchand qui offre à la toute fin (et donc bien trop tard) une révélation assez floue mais qui, si elle avait été un tant soit peu approfondie, aurait pu donner au film un angle de lecture profondément plus touchant, surtout lorsque l’on sait que l’acteur a été choisi par Ramzy pour sa ressemblance avec son propre père. Par défaut, il ne faut compter que sur l’amourette entre Hibou et Panda pour générer un semblant d’émotions, mais là encore la lourdeur avec laquelle cette relation nous est contée freine ces sentiments qui auraient pu être ce qu’on attendait de plus réaliste dans cette comédie. En la matière, l’insupportable durée du dernier plan vient enterrer les quelques efforts faits sur la mise en scène qui l’ont précédé.

Quel dommage que Ramzi ne soit pas parvenu à sortir des sentiers de la comédie poussive –ceux-là même qui l’ont tour à tour fait connaître, puis ringardisé– pour aller jusqu’au bout de son envie de nous attendrir avec un conte onirique et introspectif. Plutôt que d’organiser la quantité d’idées qui lui ont vraisemblablement traversé l’esprit durant la longue pré-production, son mélange maladroit entre fantaisie naïve et cabotinage régressif fait s’effondrer ce projet qui, à n’en point douter, lui tenait à cœur.

Hibou : Bande-annonce

Hibou : Fiche technique

Réalisateur : Ramzi Bedia
Scénario : Ramzy Bedia, Fadette Drouard, François Uzan, François Reczulski
Interprétation : Ramzy Bedia (Rocky), Élodie Bouchez (Panda), Etienne Chicot (Patron de l’animalerie), Philippe Katerine (Francis Banane), Guy Marchand (Le père de Rocky)…
Photographie : Jean-Louis Vialard
Montage : Jean-Denis Buré
Musique : Arthur Simonini, Ulysse Cottin, Louis Sommer
Direction artistique : Jean-François Clément, Grégoire Steunou
Producteurs : Valérie d’Auteuil, André Rouleau, Jean Cottin, Sidonie Dumas
Sociétés de production : Les Films du Cap, Gaumont, Caramel Films, 4 Mecs à Lunettes Production
Distribution (France) : Gaumont
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 juillet 2016

France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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