Hell on Wheels, saisons 1 à 4 : critique de la série

« Un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire » (André Bazin) :

Hell on Whels relate la construction laborieuse du premier chemin de fer transcontinental de L’Union Pacific Railroad, sur fond d’histoire de vengeance. Si le début est assez traditionnel avec l’arrivée du héros solitaire et certaines touches classiques, l’histoire prend rapidement une tournure de règlement de compte et de récit noir où règne la perversité, la prostitution, le pouvoir et la corruption. On laisse ici de côté la guerre de sécession et les affrontements de clans pour regarder au-delà. Le spectateur suit les déplacements de la caravane « Hell on Wheels », et de ses habitants dans un voyage constellé de disparitions et de morts où même le personnage le plus vertueux (Ruth) sera capable de vices.
Lancée en 2011 sur AMC, la série Hell on Wheels est un western moderne à la bande-son folck et électro de Kevin Kiner, connu pour la musique de la série animée Star Wars : The Clone War, et de Gustavo Santaolalla, compositeur pour 21 Grammes, Les Yeux de sa Mère et Un Été à Osage County. Une ambiance pour le moins rock n’roll pour ce Surwestern à laquelle s’ajoutent des décors sombres et inquiétants qui sont l’expression d’un far-ouest cruel et perverti par la civilisation. En créant cette série, les frères Joe et Tony Gayton (Faster, Southern Comfort) redonnent vie à un genre qui s’était éteint depuis Deadwood de David Milch dans un Far West post-moderne. À l’époque, Kevin Kiner avait d’ailleurs participé à la musique de Deadwood. Plus récemment, on retrouvait la même atmosphère dans le film The Dark Valley.

Colm Meanay, qui incarne Thomas Durant, explique ce phénomène :

« Le western n’a jamais cessé de fasciner les gens. C’est un genre épique, qui se situe à une époque des possibles où l’on pouvait sans cesse repousser l’horizon, découvrir, partir à l’aventure. »

Les épisodes de Hell on Wheels suivent une action soutenue et rythmée par des personnages typiques du genre : le cavalier solitaire, l’entrepreneur sans scrupule, la prostituée grande gueule, l’esclave noir et rebelle, le maire malhonnête, le prêtre fanatique et les indiens sauvages. Tout cela sans pourtant tomber dans le cliché, ce qui est heureux. Certains vont évoluer ou basculer du côté obscur, d’autres se révéler ou encore mourir…et avec ces morts, on quittera des personnages attachants ce qui garantit quelques rebondissements. Tout y est pour nous inscrire dans une ambiance noire et injuste, un western poisseux agrémentée de bagarres, de testostérones et de sang. Une bonne matière première mais est-ce suffisant ?

Une intrigue très irrégulière :

Appréciée par la critique, la saison 1 de Hell on Wheels, qui peinait à démarrer, a su trouver près de 3 millions de téléspectateurs. Depuis, 2 millions sont toujours postés derrière leurs écrans pour suivre les aventures de Cullen Bohannon, contremaître sur les rails et justicier sur la route, et des habitants de la petite ville ambulante. Car on s’attache facilement à certains de ces personnages caricaturés et charismatiques à savoir : Bohannon, le héros dur au coeur tendre, Eva (Robin McLeavy, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, The Loved Ones) la courageuse prostitué rescapée des indiens, Ferguson, le sombre et digne esclave émancipé et enfin le « Doc » Durant, dont les traits d’humour  viennent agrémenter le rôle machiavélique.
Les relations sociales, politiques et religieuses au cœur de la ville de Cheyenne pourraient être intéressantes tout comme le récit historique de la construction du chemin de fer mais ces aventures sont loin d’être palpitantes. L’intrigue ne prend pas et finalement les travaux sur les rails ne sont qu’un prétexte aux guerres de pouvoir et de territoire. Il faut donc être au départ un féru de westerns pour apprécier réellement la série telle qu’elle a été conçue.

Certes, la vie des habitants est rude à « Hell on Wheels » mais le sujet est redondant et se fane un peu au fil des épisodes. Après une excellente saison 2, la saison 3 commence à tourner au ralenti et à manquer de suspense. L’intérêt pour Cullen Bohannon s’épuise à mesure qu’il se venge, se marie, a un enfant. Le départ de son binôme, Elam Ferguson, l’ouvrier noir et réfractaire interprété par le rappeur Common, est aussi une grande perte pour le duo de choc et pour la série. La saison 4 voit le retour de celui-ci, dans un état presque second et tente de rallumer la flamme, de piquer notre curiosité comme elle sait le faire sur quelques épisodes et quelques flashbacks bien placés. Et l’affrontement reprend aussi avec le Suédois qu’on croyait mort. L’épisode 3 permet de résumer les épisodes précédents à travers la voix off de la journaliste, Louise Ellison (Jennifer Ferrin, Following, The Knick, Falling Skies) et de prendre en route cette saison sans avoir vu les précédentes.
Beaucoup de surprises et de malheurs attendent encore les habitants. Des délations, de la traîtrise et encore et toujours de la vengeance mais, malheureusement, l’ensemble reste très irrégulier et Hell on Wheels peine à faire monter la tension de façon efficace. Trop de longueurs et de bavardages nuisent à l’émotion. Et avec ça, des personnages clefs vont encore disparaître.
Hell on Wheels est une bonne distraction, une série sans grande prétention qui se conclura au terme d’une saison 5 coupée en deux parties de sept épisodes, habitude prise par la chaîne AMC depuis  Breaking Bad  et  Mad Men. La première partie sera diffusée aux USA cet été et la seconde en 2016. En France, Hell on Wheels est diffusée sur OCS et D8.

Synopsis : Après la Guerre de Sécession, Cullen Bohannon (Anson Mount, Non-Stop, All the boys love Mandy Lane), un ancien soldat sudiste, se lance dans une Vendetta contre les responsables du viol et du meurtre de son épouse. Pour approcher ces criminels, il devra travailler pour Thomas « Doc » Durant (Colm Meaney, Un Incroyable Talent, La Conspiration, Star Trek Next Generation), un véritable requin et le vice-président de l’Union Pacific Railroad. Aidé par son ami Ferguson (le rappeur Common), Bohannon affrontera aussi le fanatique prêtre appelé « Le Suédois » (Christopher Heyerdahl, Twilight Saga) au prix de ses sentiments et surtout de vies humaines.
Mais en dépit de la souffrance des ouvriers, du froid de l’hiver, de l’injustice et des crimes, la construction des rails est la seule chose qui importe dans l’Enfer de l’Ouest…

Hell On Wheels >> Bande-annonce

Fiche technique : Hell on Wheels

Titre : Hell on Wheels
Année : 2014
Format : 10 à 13 épisodes de 42 minutes
Origine : USA, tournée en Alberta par Entertainment One, Nomadic Pictures et Endemol USA.
Réalisateur: Neil LaBute, Dennie Gordon, David Straiton, Michael Nankin, Roxann Dawson, Seith Mann, Marvin Rush, Adam Davidson, Rod Lurie                                                                                                                                                   Musique : Kevin Kiner, Gustavo Santaolalla
Scénaristes: Tony Gayton, Joe Gayton.
Casting: Cullen Bohannon (Anson Mount), Thor Gunderson (Christopher Heyerdahl), Eva (Robin McLeavy), Louise Ellison (Jennifer Ferrin), Thomas Durant (Colm Meaney), Mickey McGinnes (Philip Burke)
Producteurs exécutifs: Tony Gayton, Joe Gayton, John Shiban, Jeremy Gold, David Von Ancken.
Producteurs: Chad Oakes, Mike Frislev.

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.

Le Château de l’araignée : quand Kurosawa habille Macbeth de brume et de kimonos

"Le Château de l'araignée" transpose Macbeth dans le Japon féodal, entre codes du théâtre nô et fresque guerrière signée Akira Kurosawa. Toshiro Mifune et Isuzu Yamada portent ce récit d'ambition et de trahison, restauré en 4K et de retour sur grand écran.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.