À l’occasion de son quarantième anniversaire, il est temps de revenir sur le chef d’œuvre maudit de William Friedkin, le Convoi de la peur. Film de tous les excès dans lequel son réalisateur se sera donné corps et âme, le film sorti en 1977 reste l’une des œuvres les plus incomprises de son temps. Avant-gardiste et fou, il est à lui seul le synonyme de la singularité d’un des auteurs les plus remarquables du cinéma américain.

Remake du classique de Clouzot, Le Salaire de la peur, le film de Friedkin en reprend les grandes lignes. Des hommes exilés, n’ayant rien à perdre, ont pour mission d’acheminer un stock de nitroglycérine à l’aide de camions sur un parcours des plus dangereux. Friedkin oblige, le réalisateur américain y apporte le réalisme qui a fait sa renommée. Ayant commencé dans le documentaire, Friedkin a toujours opté pour cette façon de raconter les histoires, qu’elles soient policières dans The French Connection ou d’horreur dans L’Exorciste. 4 hommes d’univers différents seront donc les protagonistes de cette odyssée. Si le casting rêvé par Friedkin (Steve McQueen, Marcello Mastroianni, Lino Venura) n’aura pas pu se concrétiser, ce sont quand même 4 grands acteurs qui vont offrir leurs trognes à ces hommes au bord du désespoir. Dans son souci de réalisme, Friedkin va offrir à ses 4 anti-héros un prologue présentant les raisons de leur exil. Francisco Rabal est un assassin en fuite, Amidou est un terroriste palestinien ayant fait sauté une synagogue à Jérusalem, Bruno Cremer prête ses traits à un banquier parisien dont l’arnaque a été dévoilée au grand jour, tandis que Roy Scheider est un irlandais dont la tête est mise à prix par la mafia italienne après un coup monté dans le New Jersey. Ces 4 hommes se retrouvent alors dans un village paumé d’Amérique du Sud essayant de gagner leur croûte dans une raffinerie de pétrole.
Chaleur étouffante, végétation luxuriante, village pittoresque avec au milieu un bar tenu par un ancien SS qui sert de point de ralliement après une journée de dur labeur, le décor filmé en République Dominicaine nous transporte directement dans une œuvre de Gabriel Garcia Marquez. Le prix Nobel de littérature colombien aura d’ailleurs fait partie des lectures de préparation entreprises par Friedkin en amont de la production. Témoin majeur de la société sud-américaine, il contribue à conférer un naturalisme saisissant à la mise en contexte du Convoi de la peur. Friedkin ne lésine d’ailleurs pas là-dessus, il prend une attention particulière à montrer cette nouvelle vie à laquelle sont contraints ses personnages. Personnages devenus des fantômes répondant désormais à des noms hispaniques dans un monde où personne ne les connait, errant en essayant de trouver une échappatoire. Ce village est un purgatoire d’où il ne semble y avoir aucune issue.

William Friedkin va alors faire basculer son oeuvre dans un hallucinant voyage sous tension. La mort peut survenir au moindre nid de poule, au moindre virage, au moindre obstacle. Avec une cargaison aussi instable que la nitroglycérine, la moindre anicroche devient un funeste destin. Immersif comme peu de film, Le Convoi de la peur place le spectateur dans la cabine du camion en compagnie des 4 protagonistes. Un premier virage difficile à négocier fait couler les premières gouttes de sueur sur notre front. C’est alors qu’intervient ce pont. L’une des séquences les plus marquantes de l’histoire du cinéma et certainement l’une des plus difficiles à tourner. Un pont de singe surplombant une rivière en crue alors qu’une pluie intense s’abat sur la jungle verdoyante. Un obstacle impossible à contourner. Là encore les déboires ont été nombreux pour Friedkin et son équipe, qui ont dû se heurter aux caprices de Mère Nature. La rivière prévue se retrouvait alors à son plus bas débit d’étiage. Des changements de location ont dû être entrepris, et surtout le déplacement de l’immense structure de pont hydraulique nécessaire à la réalisation de cette séquence. Véritable climax du film, cette séquence cultive un suspense insoutenable ou tout peut être fini à chaque instant. Le stress du spectateur n’a d’égal que celui des conducteurs. Modèle de réalisation et de mise en scène, c’est une séquence qui hantera à tout jamais les spectateurs du film.

Le Convoi de la peur – Bande Annonce
Le Convoi de la peur – Fiche Technique
Réalisation : William Friedki
Scénario : Walon Green
Interprétation : Roy Scheider ( Jackie Scanlon), Bruno Cremer (Victor Manzon), Amidou (Kassem), Franscisco Rabal (Nilo)
Photographie : Dick Bush et John M. Stephens
Montage : Bud S. Smith et Robert K. Lambert
Musique : Tangerine Dream
Producteur : William Friedkin et Bud S. Smith
Société de production : Film Properties International N.V, Paramount Pictures et Universal Pictures
Durée : 120 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 juin 1977
États-Unis – 1977