FEFFS 2016 : Du oldschool et des zombies animés

Le FEFFS se poursuit avec un retour sur certains tueurs emblématiques du cinéma, un film d’animation et certainement le pire midnight movie ever.

Troisième jour du FEFFS, l’occasion d’accueillir le président du jury, monsieur William Lustig pour une masterclass très riche en informations (dont la retranscription complète se fera après le festival) et une projection de son film culte Maniac. C’était également l’occasion de voir ou revoir Al Pacino dans le milieu gay SM, d’assister à un film d’animation coréen en compétition internationale et au grand retour de Ruggero Deodato (Cannibal Holocaust) pour la séance de minuit.

[Triple programme William Lustig] Maniac

Réalisé par William Lustig (USA, 1980). Date de sortie : 14 novembre 1980

Synopsis : Frank Zito est un psychopathe qui a la manie de scalper ses victimes féminines afin d’essayer de recréer un cocon matriarcal.

Président du jury de cette 9ème édition du FEFFS, William Lustig est un réalisateur américain ayant majoritairement opéré dans les années 80 et proposant un cinéma outrancier très inspiré des films d’exploitation italiens. Sorti en 1980, Maniac est certainement son film le plus emblématique. Plus précisément, il est l’œuvre de deux hommes : William Lustig bien évidemment mais également Joe Spinell le scénariste et surtout l’homme qui prête ses traits à Frank Zito. Par son approche originale du point de vue subjectif et l’époque à laquelle est sortie le film, Maniac est une oeuvre profondément subversive. Point d’enquête ici, mais une immersion totale dans la vie de Frank Zito, psychopathe maniaque au complexe d’œdipe.

Pendant près d’1h30, le spectateur va donc suivre Zito dans ses virées nocturnes meurtrières en quête de jeunes femmes qu’il scalpera afin de recréer un cocon maternel au sein de son appartement. La mise en scène singulière de William Lustig est très prenante, notamment par un réalisme à tout épreuve et à la brutalité saisissante. L’un des gros points positifs du film est son interprète principal. Spinell est complètement habité par le rôle et possède un de ces visages de cinéma (à la manière d’un Peter Lorre) qu’il est difficile d’oublier. Malsain à souhait, Maniac est une oeuvre choc qui aura subi de nombreuses censures en son temps. S’il a subi un coup de vieux aujourd’hui, Maniac reste un film phare du genre et trouve pleinement sa place dans la rétrospective du festival consacré aux meurtriers les plus célèbres du Septième Art.

[Rétrospective M for Murder] Cruising

Réalisé par William Friedkin (USA, 1980). Date de sortie : 15 février 1980

Synopsis : Une série de meurtre secoue le milieu gay underground de New York. Un jeune officier au physique proche des victimes se voit donc envoyé dans une mission sous couverture afin de mettre la main sur le meurtrier.

Après des chefs d’œuvres tels que French Connection ou Sorcerer, la réputation de cinéaste de William Friedkin n’est plus à faire. S’inspirant à la fois d’une série de meurtres ayant eu lieu à la fin des années 70 et d’un livre écrit par Gerard Walker, Cruising : La Chasse est peut-être le film le plus choc de son auteur. Nous propulsant dans le milieu gay S-M hardcore encore peu connu à cette époque, Friedkin nous offre un polar oppressant à l’atmosphère très lourde. A l’instar de Maniac, le film fait preuve d’une brutalité assez exacerbée comme en témoigne la première séquence de meurtre ravageuse.

Au milieu de tout cela, on retrouve donc un jeune Al Pacino ( à la coiffure lui donnant des airs de John Turturro) qui se voit proposer une mission sous couverture. Les séquences de découverte des divers lieux de rencontre dégagent une sensation mêlant à la fois le malaise et la fascination, remarquablement maîtrisées par Friedkin. Au fur et à mesure qu’il découvre ce milieu étranger, la métamorphose de Al Pacino est saisissante. On doutera cependant de la pertinence de certaines séquences avec Karen Allen. Cruising est encore une fois une oeuvre subversive qui aura causé un certain remous notamment dans les communautés gay en raison de l’image qu’elle renvoie. Tout comme le film précédent, Cruising est le véritable témoin d’une époque où le cinéma américain pouvait proposer des oeuvres à la fois chocs et intéressantes avec des possibilités quasi-illimitées.

[Compétition Internationale]  Seoul Station

Réalisé par Yeon Sang-ho ( Corée du Sud, 2016). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Un sans-abri victime d’une morsure se retrouve transformé en zombie. Ce qui s’ensuit est une véritable épidémie transformant notamment les plus défavorisés. Le film suit une jeune fugueuse qui essaie de retrouver son petit ami et son père au milieu de la panique.

Cet été, même si le rédacteur ne l’avait pas aussi apprécié que la grande majorité du public, Dernier train pour Busan avait offert un véritable bol d’air frais au film de zombies avec un concept de huis-clos prenant et un message social intéressant. Seoul Station réalisé par le même réalisateur, Yeon Sang-ho constitue une sorte de prequel sous forme de film d’animation (genre pour lequel le cinéaste est reconnu, Dernier train pour Busan étant son premier film live). On se retrouve une nouvelle fois avec une épidémie de zombies, qui secoue cette fois-ci la ville de Séoul, et toujours cette volonté de critiquer la société coréenne.

Sauf que là où Dernier Train pour Busan nous offrait à la fois un film à la dimension sociale pertinente et un divertissement très fun, Seoul Station se ramasse sur toute la ligne. Si l’aspect social est encore plutôt intéressant, même si redondant avec le film précédent, on est loin de retrouver le même plaisir jubilatoire devant cette invasion. Car Seoul Station n’est pas divertissant. L’un des premiers points à remettre en cause est l’animation et notamment celle des personnages dont la première impression nous renvoie aux Sims, les protagonistes faisant constamment de grands gestes tout en parlant. D’autant plus que le personnage féminin est particulièrement horripilant. L’animation pêche aussi beaucoup une fois que le film essaie d’offrir des séquences d’actions. Autre point négatif, un twist risible que le film nous propose vers la fin pour essayer d’accentuer son propos mais ne faisant qu’accentuer la médiocrité du film par son ridicule. Seoul Station est donc très décevant, tirant en longueur et ne bénéficiant pas du capital fun de son grand frère.

[Midnight Movies] Ballad in Blood

Réalisé par Ruggero Deodato ( Italie , 2016). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Le lendemain d’un fête d’Halloween, Duke, Jakopo et Lenka découvre le cadavre de leur amie Elizabeth. Problème : personne ne se souvient de rien. À l’aide de vidéos prises par la victime, les trois amis vont essayer de découvrir la vérité.

Présenté en avant-première européenne au FEFFS, le nouveau film du réalisateur de Cannibal Holocaust Ruggero Deodato s’est très vite imposé comme l’une des pires séances du festival. Si l’idée de départ pouvait être alléchante, Deodato nous fait très vite déchanter dès les premières images apparaissant à l’écran. Visuellement digne d’une série pour ado des pays de l’est flirtant avec le film pornographique, Ballad in Blood commence sur de très mauvaises bases. En plus de cet esthétique peu reluisant, Deodato nous propose un casting foncièrement mauvais. Entre un acteur qui a l’air d’être stone pendant la totalité du film et une anglaise ayant un accent tout sauf anglais, l’acting est très gratiné.

Comme pour le film qui a fait sa réputation, le cinéaste va utiliser le found footage pour délier son histoire. Sauf que ces vidéos sont  complètement inutiles et peinent à être pertinentes pour le dénouement de l’intrigue. Il faut dire que l’intrigue part dans tout les sens, et on se retrouve très souvent face à des réactions sans queue ni tête de la part des protagonistes. Des choses qu’ils ne voulaient pas faire deux minutes auparavant, se retrouvent être leur priorité principale. Complètement incohérent et ne proposant absolument rien d’intéressant, définition ultime du néant cinématographique, Ballad in Blood fait partie de ces films dont on se demande comment ils ont pu obtenir un financement. Deodato a réussi à faire encore pire que Cannibal Holocaust.

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