Cannes 2016 : Cafe Society, de Woody Allen (Hors Compétition)

Cafe Society, la review cannoise

Woody Allen ouvre la 69ème édition du festival cannois avec Cafe Society, un film jazzy, passionné, émouvant, beau, très drôle et très piquant envers le cinéma, notamment le festival.

Synopsis : L’histoire d’un jeune homme, juif new-yorkais, Bob, qui étouffe auprès de ses parents, petits bijoutiers, et qui se rend à Hollywood dans les années 1930 avec l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il compte sur l’appui de son oncle, prestigieux agent de stars et tombe amoureux de la secrétaire de celui-ci, Vonnie, sans savoir qu’elle et son oncle sont amants. Il se trouve plongé dans la vie effervescente et superficielle d’Hollywood qui le lasse assez vite. Arrivera-t-il à conquérir la fille ? Restera-t-il en Californie ? Qu’adviendra-t-il de son frère gangster ?

            Une voix-off nous parle d’individus, suivis par la caméra. Tous font partie d’une même famille juive de New-York, les Dorfman. Le plus jeune, Bobby (incarné par Jesse Eisenberg) veut avancer dans la vie. Pour ce faire, le protagoniste décide de se rendre en Californie, notamment à Hollywood, chez son oncle Phil (interprété par un Steve Carell brillant), un agent de stars qui enchaîne les succès, grâce à qui il pense trouver du boulot. Alors qu’il voit enfin son oncle pour un entretien d’embauche, il a le coup de foudre pour sa secrétaire Vonnie. Cependant, celle-ci est en couple avec un homme que Bobby connaît bien : son oncle. S’en suit un trio amoureux doux-amer, drôle et précis grâce à ses dialogues écrits avec une minutie et un sens de l’écriture dont seuls Woody Allen est capable. Si Cafe Society a des airs de « beaujolais nouveau » (il utilise les métaphores des vins pour parler de ses films dans son entretien avec Jean-Michel Frodon, Conversation avec Woody Allen, Plon, 21 décembre 1999), c’est-à-dire un jeune cru agréable et fruité, classique, mais pouvant être plus ou moins bon selon l’année, son nouveau film n’est pas juste un très bon beaujolais. Non, c’est un grand cru Allen-ien.

            Oui, nous pouvons penser le film comme un best-of de Woody Allen : une famille juive, la passion de New-York, la présence du cinéma dans la diégèse, les répliques géniales des personnages, leur écriture, la présence importante de la musique Jazz, des relations amoureuses complexes, des amitiés (et alliances) se formant malgré divers événements, une intrigue policière ou des voyous / gangsters, la critique des médias (ou d’un médium), de l’humain, de la vanité, de la bêtise, entre autres. Qu’apporte alors Cafe Society ? Woody Allen travaille depuis plusieurs décennies hors du système des studios, et ici le critique, avec subtilité et humour. Quoi de plus amusant que d’entendre au début du festival de Cannes, dans une de ses salles obscures, des personnages dire ceci : « Oh tu es avec une de ces grandes stars hollywoodiennes ? » – « Non, pour qui me prends-tu, je ne suis pas superficiel ! ». Allen ne cessera d’exposer et de dénoncer la superficialité, la vacuité, l’artificialité de ce mensonge d’or nommé Hollywood.

           Plus tôt en cette année 2016, précisément en février, Ave César ! des frères Coen sortait sur nos écrans français. Le film visait à nous redonner foi en le cinéma, en réaffirmant sa puissance magique, la force de ses images évocatrices avec ses couleurs, ses genres, ses corps, ses formes, ses discours. Le héros tentait de maintenir ses fantasmes, gloires et glamours, s’arrangeant malgré des vérités justement peu glorieuses. Tel un moine-guerrier d’une religion instable, le protagoniste incarné par Josh Brolin servait l’équilibre et l’unité de la grande institution Hollywood, qui n’a pas perdu toute sa foi. Cafe Society ne mâche aucun mot. Si Allen est probablement fasciné par les figures du cinéma hollywoodien, avec notamment cet agent de stars au rythme de vie délirant : il peut présenter une personne, lui dire un mot puis passer à un autre sujet pour ensuite présenter quelqu’un d’autre. Aussi il est très peu présent, souvent en mouvement, remportant ainsi de gros contrats. Fasciné n’est peut-être pas le mot juste, « amusé » l’est bien plus. Cet amusement virera souvent à la critique ironique et cynique d’Hollywood et ses sbires.

Si le bruit, les brillants et les conversations veinales de richards / stars ne font pas partie des hobbies de Woody Allen, on peut se demander pourquoi il est venu à Cannes. Pour vendre son film bien sûr. Se réaffirmant comme un juif bourgeois et cultivé – notamment au jazz – de Greenwich Village, Allen confirme et même réaffirme son identité, et pousse ainsi un petit cri d’aigreur et d’exaspération en pleine ouverture de Cannes : « Je veux retourner à New-York, chez moi, loin d’ici, loin de ces conneries. »

—

Café Society
Un film de Woody Allen
Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell…
Distributeur: Mars Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie: 11 mai 2016
Etats-Unis – 2016

Café Society : Bande annonce

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.

Cannes 2016 : Interview de Paul Lê pour La Vie Rêvée de David L (Marché du Film)

CineSeriesMag a rencontré Paul Lê, co-réalisateur, coscénariste et coproducteur de La Vie Rêvée de David L, un film inspiré de la jeunesse et des éléments de l’œuvre cinématographique et picturale de David Lynch.

Cannes 2016 : Interview de Paul Schrader (Dog Eat Dog, Taxi Driver)

Palme d'Or en 1976, Paul Schrader a présenté Dog Eat Dog en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2016. Le lendemain de la projection, le cinéaste s'est prêté au jeu des questions-réponses pour CineSeriesMag.

Cannes 2016 : Elle, de Paul Verhoeven (Compétition Officielle)

Review de l'un des derniers films présentés à la Séléction Officielle à Cannes, Elle de Paul Verhoeven est un film qui dérange et surprend, de par son humour mais surtout par la position de voyeur dans laquelle il place le spectateur. Un grand film du maître, l'hollandais violent, Paul Verhoeven.