Enemy de Denis Villeneuve : Critique du film

Si Denis Villeneuve avait su frapper les consciences avec Incendies et les esprits avec Prisoners, il ne frappe rien du tout avec Enemy, son nouveau film, ou plutôt il frappe à côté. Dans le meilleur des cas ce film provoquera l’indifférence, mais plus surement l’agacement.

Sur le papier le synopsis était plutôt intriguant, mais sa mise en image est d’un ennui total et surtout, on se dit en le voyant qu’avec cette histoire, il n’y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat. Villeneuve en fait des montagnes, tente de transformer une histoire d’une banalité affligeante en pseudo thriller psychologiquo-fantastisque et finit par passer à côté d’un sujet qui n’existe pas.

Un héros trop anti-héros

Adam est un professeur d’histoire hanté par les araignées, à la dépression communicative et qui mène une vie désespérante dans un appartement gris où loge une petite amie toute aussi grise. Il se découvre un jour un sosie parfait en la personne d’Anthony, acteur de son métier et voyant là un moyen de pimenter sa vie, il va tenter d’entrer en contact avec lui, ce qui ne sera pas une mince affaire. C’est à peu de chose près tout ce que Villeneuve semble avoir à raconter, un sujet fin comme un fil à couper le beurre, autour duquel il vient broder d’anecdotiques péripéties parfois consternantes de vacuité.

Un scénario absurde

Le principal défaut de son scénario est l’absence presque absolue de crédibilité : on ne croit pas un instant à l’histoire, on ne croit pas un instant aux réactions des personnages et on ne croit pas non plus un instant à la manière dont les scènes s’enchaînent. Exemple frappant, la discussion d’Adam et d’un collègue sur le cinéma qui l’amènera à découvrir son double dans un film. Elle est artificielle, sonne faux de bout en bout et semble n’être là que pour lancer l’intrigue. Un acteur avec un pistolet criant : « A vos marques ! Prêts ? Partez ! », n’aurait pas été moins convaincant et aurait eu le mérite d’être drôle, lui… Tout le film est du même tonneau, farci d’incohérences, de comportements idiots et d’idées farfelues qui ne font même pas sourire.

La musique qui rend fou

Pour achever son film, Villeneuve lui a donné une image bien à la mode, puisque filmée travers un filtre jaune verdâtre du plus vilain effet, rendant l’univers de notre professeur mal-aimé encore plus déprimant. Les couleurs sont totalement effacées tant le filtre est puissant, les images d’intérieurs en deviennent d’une laideur assez rare pour être signalée. N’oublions pas non plus que Villeneuve filme tout ça sans imagination ou sens de la création, pourtant un tel sujet aurait pu aller beaucoup plus loin s’il ne l’avait pas joué « petits bras ». Mais surtout n’oublions pas la bande-originale effroyable, insupportable et pousse-au-crime, omniprésente et laide, obligeant au bout d’une trentaine de minute à la prise d’un flacon entier d’aspirine. Elle n’est qu’une musique d’ambiance, aucune mélodie à l’horizon, juste des notes qui se veulent « angoissantes » sans jamais y parvenir.

Des acteurs en hibernation

Même les acteurs ne sauvent pas les meubles, à commencer par une Mélanie Laurent totalement transparente pour le peu qu’on la voit et l’entend, ce n’est pas avec de tels films et de tels rôles qu’elle va se faire un nom sur la continent américain. Jake Gylennhall a été mieux inspiré que dans ce rôle double, au mieux il atteint l’inexpressivité d’un Keanu Reeves des grands jours, lorsque ce dernier tente bien malgré lui un sourire. Même lorsqu’il interprète Anthony « l’acteur », un peu plus extraverti, ça ne passe pas et c’est comme l’ensemble du film, ennuyeux… On n’y croit pas, on ne les croit pas et on reste extérieur à ce qui leur arrive, au peu qui leur arrive.

A la recherche de l’Atlantide

C’est un peu le problème de tout le film de Villeneuve en somme, d’être passé à côté du sujet et de nous laisser à côté du sujet. Alors, il se dit bien ci et là qu’il y aurait un sens caché dans ce film, une sorte d’énigme à résoudre, des indices qu’il faut savoir trouver. C’est vrai qu’on se fait une idée sur l’origine de ce sosie, de cette fascination pour les araignées, de cette scène d’ouverture (la seule réussie) sordide. Sauf qu’il faudrait nous donner l’envie de comprendre et pour ça rendre le film intéressant, il faudrait aussi qu’on puisse les trouver ces indices, mais ils sont tellement bien cachés ici, qu’on aura probablement découvert l’Atlantide avant d’avoir compris le nouveau film de Denis Villeneuve.

Synopsis : Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu’il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. Il commence alors à observer à distance la vie de cet homme et de sa mystérieuse femme enceinte. Puis Adam se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios… pour lui et pour son propre couple.

Fiche Technique: Enemy

Date de sortie: 27 août 2014 Réalisé par: Denis Villeneuve Avec: Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon Durée: 1h30min Genre: Thriller Nationalité: Canadien , espagnol Distributeur: Version Originale / Condor

Auteur de la critique: Freddy M.

 

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