Downton Abbey, Saison 1 à 5 : Critique de la série

Downton Abbey : De petites histoires dans la Grande Histoire : so british !

Synopsis : 1912, les héritiers de Downton Abbey ayant péri lors du naufrage du Titanic, la famille Crawley se retrouve dans une position délicate, les trois descendantes ne pouvant prétendre au titre de Lord Grantham. Or, le titre, le domaine et la fortune de la famille sont indissociables. Matthew Crawley, lointain cousin et avocat londonien, est le nouveau successeur et arrive à Downton Abbey. Il y découvre un style de vie nouveau, avec des règles très strictes qui régissent la vie entre aristocrates et serviteurs…

Vous aimez les manoirs gigantesques avec majordome, les grands parcs verdoyants, les ladys et les lords, les robes d’antan, et les tasses de thé Earl grey? Vous appréciez les histoires de famille, les ambiances feutrées, les héritages délicats, le flegme et l’accent anglais, la petite histoire qui se mêle à la grande ? Vous êtes fans de la période de la Belle Époque, de Jane Austen, du charme so british d’Orgueil et Préjugé (2005), The Dutchess (2008), ou du Discours d’un roi (2010) ? Ladies and gentlemen, n’attendez plus, Downton Abbey est la série faite pour vous !

Diffusée à l’Automne 2010 sur la chaîne britannique ITV, cette série chorale et historique a connu un vrai succès d’audience au Royaume-Uni (plus de onze millions de téléspectateurs par épisode), mais aussi un énorme succès à l’international (diffusée dans plus de 100 pays). A quoi doit-on le succès incontestable de cette série si particulièrement addictive, et capable de nous emmener dans un autre monde d’où l’on ne veut plus s’échapper ?

downton-abbey-castLa première force de Downton Abbey tient dans la qualité de son scénario, certes simple, mais efficace, et aux rebondissements spectaculaires. Passés les trois premiers épisodes introductifs de présentation, et quelques éventuels préjugés sur le monde aristocratique, la série trouve immédiatement sa couleur, sa véritable tonalité. Dès l’instant où le générique commence, avec la musique singulière qui l’accompagne, vous êtes dans LA série. Dès le pilote même, un modèle du genre, on peut pressentir qu’il va s’en passer des choses dans la noble demeure : la première séquence associe l’art de l’introduction à la fluidité du mouvement perpétuel. Plongé dans le rush matinal, on découvre les différents personnages dans leur tâche, leur psychologie élémentaire et la géographie du manoir. La réalisation privilégie le plan séquence à la steadycam pour apprécier ce fourmillement ordonné. On sonne de tous les côtés, les domestiques se ruent pour obéir à une poignée de donneurs d’ordre qui agitent la sonnette. Tout ce petit monde a l’air bien millimétré. Vous retrouverez indéniablement l’univers de Gosford Park i de Robert Altman (2001), l’illustration du fonctionnement d’une grande maison de la noblesse anglaise, la scénographie verticale « upstairs / downstairs » (déjà présente dans la série Maîtres et Valets, 1971), et l’œuvre chorale nobles et domestiques. Mais Downton Abbey est bien mieux rythmée : si le film souffre d’un trop grand nombre de personnages, ici la série prend le temps de les présenter, et permet aux spectateurs de s’immerger dans cet époque méconnue, de s’attacher aux personnages principaux, mais aussi aux seconds rôles, tant les trames secondaires sont soignées, et tissent un nombre important d’intrigues aux multiples ramifications, tout en conservant une lisibilité irréprochable. De cette profusion luxuriante, le talent de Julian Fellowes élabore des récits bien ficelés à la simplicité insolente. Downton Abbey tire sa force de sa simplicité.

downton-abbey-Maggie-Smith-comtesse-douariere-Violet-GranthamEnsuite, c’est la direction artistique exquise qui donne à Downton Abbey son véritable blason de noblesse : la réalisation évidemment, une mise en scène chatoyante, des costumes authentiques, une musique qui envoûte les sens, des dialogues ciselés, d’une rare perfection. Sans compter des décors resplendissants : tourner dans des décors réels constitue une vraie valeur ajoutée, et Highclere Castle devient une star à part entière. Tous ces éléments doublés d’une interprétation particulièrement inspirée, vous plongent immédiatement dans une autre époque, et permettent une immersion totale, quasi-définitive. L’irremplaçable Maggie Smith évidemment, en Violet Grantham, comtesse douairière et dignissime représentatrice de l’humour noir britannique, aux moues caractéristiques, et aux réparties grinçantes. Ses inévitables joutes verbales avec Isobel Crawley (Penelope Wilton) sont immanquablement une délectation savoureuse. Mais aussi Joanne Froggatt en attachante Anna, Hugues Bonneville (aperçu dans Coup de Foudre à Notting Hill, 1999) en comte et patriarche crédible, son épouse Cora (Elizabeth McGovern, New York : Unité Spéciale), l’aînée et placide Michelle Dockery (Mary Crawley), Dan Stevens (Matthew Crawley) le cousin avocat, parvenu puis adulé, et bien d’autres… Le casting de Downton Abbey ne se présente pas : il se ressent, il se partage, il fait vibrer par sa qualité, sa pertinence et son ampleur. La distribution est habile et chacun aura assurément son ou ses personnages préférés.

Car Downton Abbey se distingue également par la dimension humaine de ses intrigues, son humilité et la foi en ses personnages dotés d’une profondeur psychologique et d’une sobriété très anglaises. Nul machiavélisme dans la série. Au fond, il n’y a pas vraiment un monde d’en haut ou un monde d’en bas, ou du moins s’ils existent ou cohabitent, ils ne diffèrent pas significativement dans leur humanité : on retrouve les mêmes faiblesses et tourments de l’âme humaine, les mêmes trahisons, les mêmes manigances et petites manipulations, les mêmes doutes, les mêmes ambitions, les mêmes désirs d’amour et de romance… Comme le dit Julian Fellowes, également producteur de la série : « Dans Downton Abbey, il y a des bonnes et des mauvaises personnes à tous les étages, il n’y a pas de divisions sociales dans la manière dont sont faits les personnages ». Nul n’est parfait en ce monde en effet, et cela Downton Abbey le restitue parfaitement. Il y a surtout des personnes qui ne sont pas figés, mais évoluent sans cesse, bousculant parfois les codes sociétaux: ainsi dans cette très bonne famille, l’apparente froide Lady Mary prie en cachette pour son amoureux parti en guerre, la cadette Lady Edith (Laura Carmichael) en perpétuelle quête d’attention, s’éprend plus tard d’un magnat de presse ; la benjamine Lady Sybil (Jessica Brown Findlay) non-conformiste et en soif d’égalité, de son chauffeur; le valet de pied Thomas (Rob James-Collier), commère machiavélique absolument détestable dans la première saison, devient malgré lui plus attachant à travers son amitié avec un blessé de guerre, puis celle de Jimmy ; la comtesse douairière elle-même est tantôt hautaine et traditionaliste, tantôt une grand-mère tolérante, romantique, au grand cœur, etc… . Ce qui est le plus intelligemment fait, demeure bien entendu l’interaction entre les deux mondes à travers des portraits réalistes, attachants, voire drôles, d’aristocrates, de grands bourgeois et de domestiques. La série est pleine d’émotion simple, on rit, on pleure, on a peur pour les personnages et on sent leur douleur. Peu importe au fond que l’histoire se passe au début du XXe siècle, elle est avant tout universelle : on ne peut tout simplement pas rester indifférent à ces personnages attachants, bousculés comme nous, par le cours de l’histoire, et l’évolution du monde.

downton-abbey-modes-annees20-costumesDownton Abbey évolue en effet, comme ses personnages, dans un monde qui change. La grande histoire influe sur les petites histoires de ce microcosme, et l’aristocratie anglaise, une des plus conservatrices d’Europe, doit peu à peu s’habituer aux changements et bouleversements sociétaux. De l’autre côté, la domesticité n’échappe pas à ce même sentiment que des changements immenses vont bientôt bouleverser le monde… Ainsi, la saison 1, située à l’époque Edwardienne, comprend 7 épisodes, et couvre la période du naufrage du Titanic (14 avril 1912) à l’entrée en guerre de l’Empire britannique contre l’Allemagne en 1914. La saison 2, dramatiquement passionnante de bout en bout, se déroule sur quatre ans : la Première Guerre Mondiale au front comme à l’arrière, redistribue les cartes au moins pour un temps, et fragilise considérablement les barrières sociales. Le manoir devient une maison de repos pour officiers, avec les bouleversements que cela entraîne dans l’existence d’une famille habituée au calme et à l’organisation de soirées mondaines. La saison 3, particulièrement sombre, poursuit cette dimension dramatique après la guerre: Bates (Brendan Coyle) en prison, les tragédies familiales se multiplient, les désaccords aussi. Deux personnages principaux disparaissent ce qui affaiblit le scénario, les événements et les scènes se succèdent en quelques mois cette fois, trop rapidement peut-être, pour donner un véritable relief aux personnages et à leurs rapports. La dynamique de cette saison est donc moins aboutie que les deux premières. Il en est de même pour la saison 4 : avec une ellipse temporelle de six mois, nous commençons dans une atmosphère figée dans le temps et dans le deuil pour finir par revivre et reprendre le goût de la vie, au même rythme que les personnages. Mais cette saison est un peu en dessous en termes de qualité et de rythme, l’intrigue devient plus répétitive avec les sempiternelles velléités de séduction de Mary, tiraillée entre ses prétendants, voire poussive, à l’instar de l’épisode de Noël qui se concentre pour moitié sur une intrigue inaboutie, tournant autour d’une lettre qui pourrait faire sauter la Monarchie britannique : heureusement cet épisode annonce aussi des rebondissements captivants pour la saison 5 (qui s’achève en 1924), notamment pour les personnages d’Edith et de Tom, avec en prime une guest star dans le mini-épisode comique, qui ne fera pas chavirer que le cœur de la comtesse douairière : oui, il s’agit bien de George Clooney transformé pour l’occasion en « marquis de Hollywood ». 12 années se sont écoulées devant nos yeux.

Même si la série perd un peu de sa superbe au fil des saisons, Dontown Abbey dresse le portrait passionnant d’une Angleterre écartelée entre modernité et tradition, entre aristocratie et bourgeoisie, entre machisme et féminisme. Elle montre le passage des mœurs du 19ème au 20ème siècle, d’une société anglaise de classe à une société plus libérale. Elle parle aussi de confrontation, entre l’Amérique décontractée et l’Angleterre guindée, entre la modernité et le respect des traditions, entre la bienséance et l’honneur de la famille. On y parle aussi d’évolution de la société et de progrès techniques (l’arrivée de l’électricité, du téléphone, du jazz, l’agriculture intensive ou la TSF), mais également de politique, de guerre, d’économie, de médecine, d’émancipation des femmes. On aborde également le meurtre, l’avortement, l’homosexualité, la misère et le cancer. Downton Abbey nous fait traverser une histoire tumultueuse avec le Titanic, la guerre mondiale, la grippe espagnole, le socialisme, le nationalisme irlandais, la ségrégation raciale ou la Révolution Russe. La saga vaut autant pour sa reconstitution historique soignée que pour l’écriture des personnages. Regarder Downton Abbey, c’est remonter le temps pour avoir un aperçu des deux mondes, contempler un spectacle qui se savoure avec délectation sans se presser, qui détend aussi, tant la combinaison de fraîcheur et de classicisme vous captive tout le long.

Downton Abbey n’a pas volé ses 4 Emmy Awards (meilleure mini-série, meilleur second rôle féminin, meilleure réalisation et meilleur auteur) : ici, le fond se déguste aussi goulûment que la forme. Cette belle fresque historique vient couronner l’âge d’or des séries anglaises, rivalisant avec les plus grosses productions HBO, et prouvant que les séries peuvent égaler le délice rétinien du 7ème Art, en produisant un film d’une qualité exceptionnelle. Downton Abbey est une série que la Reine d’Angleterre doit probablement adorer. Avec raison, car l’Angleterre a du talent et prouve que l’Albion n’est résolument plus perfide, mais délicieusement emplie de finesse et d’élégance.

Downton Abbey – Bande-annonce

Fiche technique – Downton Abbey

Titre version originale et version française : Downton Abbey
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : drame
Créateur : Julian Fellowes
Statut : en production
Année de création : 2010
Première diffusion au Royaume-Uni : 26 septembre 2010
Nombre de saisons : 5 (une sixième saison est annoncée)
Chaîne de diffusion : ITV
Nombre d’épisodes : 18 épisodes
Durée d’un épisode : entre 47 et 53 minutes
66 minutes pour le premier et le dernier épisode de chaque saison.
Société de distribution : Independant television (ITV)
Lieux de tournage : Ealing Studios (quartier des domestiques, les cuisines et plusieurs chambres du domaine).
La série est en majeure partie tournée dans des décors naturels en Angleterre mais aussi en Ecosse (Highclere Castle, Bampton…).

Distribution :
Hugh Bonneville : Robert Crawley
Jessica Brown Findlay : Lady Sybil Crawley
Laura Carmichael : Lady Edith Crawley
Jim Carter : Charles Carson
Brendan Coyle : John Bates
Michelle Dockery : Lady Mary Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Siobhan Finneran : Sarah O’Brien
Joanne Froggatt : Anna Smith
Thomas Howes : William Mason
Rob James-Collier : Thomas Barrow
Phyllis Logan : Elsie Hughes
Elizabeth McGovern : Cora Crawley, Comtesse de Grantham
Sophie McShera : Daisy Robinson Mason
Lesley Nicol : Beryl Patmore
Maggie Smith : Violet Crawley
Dan Stevens : Matthew Crawley
Penelope Wilton : Isobel Crawley
Kevin Doyle : Molesley
Allen Leech : Tom Branson

Épisodes :
Première saison (2010)
1) Question de succession
2) Le Nouvel Héritier
3) Le Diplomate turc
4) Entre ambitions et jalousies
5) La rumeur se propage
6) Secrets dévoilés
7) La famille Grantham s’agrandit
Deuxième saison (2011)
1) La Fiancée de Mathieu
2) L’Entraide
3) La Maison des intrigues
4) Portés disparus
5) Le Poids du secret
6) Retour à Downton
7) Nouvelles Vies
8) Epidémie
9) Episode Noël: L’Esprit de Noël (Christmas Special: Christmas at Downton Abbey)
Troisième saison (2012)
1) Mariage à Downton
2) Un dîner à l’américaine
3) Au pied de l’autel
4) Le Chemin de la perdition
5) Quand le destin frappe
6) L’Insoutenable Chagrin
7) Une nouvelle ère
8) Secrets et Confidences
9) Episode Noël: Un château en Écosse (Christmas Special: A Journey to the Highlands)
Quatrième saison (2013)
1) La succession
2) Lettre posthume
3) Faste et renaissance
4) Le prétendant
5) Rien n’est terminé
6) Une vraie surprise
7) Rapprochement
8) Dernières festivités – 1ère partie
9) Dernières festivités – 2ème partie (The London Season)
Cinquième saison (2015)
1) Tradition et Rébellion
2) Un vent de liberté
3) Le Bonheur d’être aimé
4) Révolution à Downton
5) Tout ce qui compte…
6) Étape par étape
7) Désillusions
8) Menaces et Préjugés
9) Titre français inconnu (A Moorland Holiday) + Sketch « Text Santa »


i  Julian Fellowes est l’auteur des deux scénarios.

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