This Is Us, une série de Dan Fogelman : Critique du pilote

Synopsis : Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d’êtres humains partagent le même jour d’anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! Voici leur histoire drôle et émouvante…

Un tiens vaut mieux que trois tu l’auras

Diffusée le 20 septembre 2016, cette nouvelle série de Dan Fogelman (Raiponse, Crazy Stupid Love), créateur de deux sitcoms – Like Family, sur la cohabitation de deux familles, noire et blanche, au sein d’une même maison (qui n’a pas duré plus d’une saison) et The Neighbors sur une autre forme de promiscuité aux relents science-fictionnels –, a effectué un des meilleurs scores de NBC à ce créneau horaire depuis avril 2010. En effet, en attirant plus de 10 millions de curieux sur la case de 9h, le drama a su directement trouver son public, incitant la network a commander une saison entière de 18 épisodes (5 de plus que prévu au départ). Il faut certes autant se méfier des audiences que des reviews promotionnels presse, mais pour peu que l’on se penche sur le chaudron, on tombe dedans ! Porté par Milo Ventimiglia (Heroes, Chosen, Whispers), Justin Hartley (Smallville, Les Feux de l’amour), Chrissy Metz et Sterling K. Brown (Emmy du meilleur second rôle dans mini-série ou téléfilm pour American Crime Story), le drama cible l’intimité et les ambitions socio-professionnelles. En France, il n’y a encore aucun diffuseur d’annoncé, bien que le groupe M6 détienne le droit de premier regard sur celui-ci. Comment le show peut-il à la fois détoner, émouvoir et surprendre ?

La première impression n’est pas souvent la bonne. Édulcorée et sirupeuse, la série par son trailer (plus de 60 millions de vues en comptant réseaux sociaux et Youtube!) et les « on-dits » ne semble pas être un coup de cœur soudain. Et pourtant, au vue du pilote de 45 minutes, le proverbe « Il ne faut pas juger un livre à sa couverture » sonne comme un euphémisme. En citant l’encyclopédie participative Wiki, le synopsis de This Is Us spoile en 3 lignes une bonne partie de la surprise. A la manière d’une bougie sur un gâteau, la flamme oscille faiblement pour terminer puissante et droite. En démarrant sur l’anniversaire, la puce à l’oreille est censée s’extraire du pavillon et pourtant, heureusement, on ne cerne pas ce qui se cache derrière cette mise en scène poétique et sincère. Seuls les individualités crèvent l’écran comme un clou sur un mur de papier peint. Nous suivons Jack et Rebecca qui attendent des triplés. Plaisir des yeux sur le corps presque nu de l’acteur Milo et regards attendris sur le ventre rond de la mère. Peut-être à cause du matelas molletonné ou de la lumière timide et rassurante qui transperce la fenêtre. Ils représentent un noyau à venir, deux symboles universels, paternel et maternel. Puis un autre noyau éclot, une autre famille, noire. Et finalement un troisième, un frère et une sœur…

La voix réconfortante et emplie de nostalgie de Sufjan Stevens ouvre après quelques notes au banjo. Son titre « Death With Dignity » est une ode à la vie, malgré les consonances douloureuses, voire mélancoliques de son dernier album dont est issue la présente chanson (Carrie & Lowell). Chacun se concentre sur une direction. Kate et son obésité rencontre Toby à une réunion de boulimiques anonymes. Kevin est une star au physique d’éphèbe d’une sitcom familiale et pseudo néo-féministe intitulée « The New Nanny». L’envers du décor avec public sur estrade et chauffeur de salle et les  murs en carton pâte symbolisent le fard que l’on quitte, les lumières éteintes. Puis Randall, enfant adopté et père comblé de deux petites filles aux caractères opposés (la scène de football est d’une tendresse sans égal), retrouve son géniteur. Les connexions se font progressivement telle une fleur en printemps, en dépit de l’hiver diégétique. Soleil bas, intérieur cosy ou hôpital aux lumières chaudes. Tout est fait pour toucher le poumon (afin d’éviter la répétition à cœur, ZUT c’est dit) ou n’importe quel organe noble. A ce stade de l’émotion, on ne fait plus la distinction entre le trivial et l’aristocrate. On subit, voilà tout. Si la ficelle est certes quelque peu démonstrative, la marionnette prend vie et le geste est admirable. Pinocchio n’est devenu qu’un petit garçon par l’entremise d’une certaine magie. Ici, la magie subtilise le non-dit à l’empathie. En d’autres termes, ce que l’on ne nous dit pas n’apparaît pas être un mensonge par omission, mais une véritable déclaration d’amour. Le spectateur comprend l’universalité cachée derrière ce cheval de Troie, et pourtant au mépris d’un certain implicite, on finit par être plongé en nous-même. Les plus sériephiles reconnaîtront Gerald McRaney, un vieux de la vieille du petit écran comme on dit (House of Cards, Agent X, Longmire dernièrement), dans la peau du médecin affable au proverbe du citron.

This is us ne changera pas les imperméables et cruels au cœur de pierre (quoique), mais a le mérite et l’honneur incommensurable de transformer le superficiel et l’artifice lisse hollywoodien en matière personnelle plus intelligente que ce qui se dégage des téléfilms à trop bons sentiments quand viennent les fêtes de fin d’année sur Hallmark Channel. Il y reste encore cependant des traces un peu trop parfaites qui salissent le tableau intemporel aux ombres existentielles. Des belles paroles, des bons choix excessivement directs et des épaules sur-attentives qui font dériver, sans aucun danger, vers le soap familial indie folk.

This Is Us : Fiche Technique

Créateur : Dan Fogelman
Réalisation : Glenn Ficarra, Ken Olin, John Requa
Scénario : Dan Fogelman, Kay Oyegun, Aurin Squire, Joe Lawson
Interprétation : Milo Ventimiglia (Jack), Mandy Moore (Rebecca), Sterling K. Brown (Randall), Chrissy Metz (Kate), Justin Hartley (Kevin), Susan Kelechi Watson (Beth), Chris Sullivan (Toby), Chris Sullivan (William Hill), Alan Thick (son propre rôle), Gerald McRaney (Dr. Katowsky)
Image : Brett Pawlak, Yasu Tanida
Musique : Siddhartha Khosla
Production : Glenn Ficarra, Dan Fogelman, Charlie Gogolak, John Requa, Jess Rosenthal, Ken Olin, Donald Todd …
Genre : Dramédie
Format : 9 épisodes (pour l’instant) de 45 minutes + 9 autres commandés
Chaine d’origine : NBC
Diffusion aux USA : Depuis le 20 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.
Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.