Star Trek Discovery : bilan de mid-season avant de nouveaux voyages

Alors que Star Trek Discovery va venir ranimer nos vies de spationautes ce samedi 7 janvier 2018, retour sur la série qui nous emmène dans les étoiles dix ans avant l’Enterprise et son capitaine Kirk.

Synopsis : Après un siècle de silence, les Klingons refont surface. Déterminés à réunifier leur empire, ils déclarent la guerre à la Fédération des planètes unies. Officier en disgrâce de la Starfleet, Michael Burnham se retrouve au centre du conflit.

L’image en guerre

Star Trek Discovery démarre sur un événement important de l’univers : le début d’une guerre. Une nouvelle, encore, entre les Klingons, extraterrestres communautaristes prêts à tout pour retrouver une « gloire » perdue, et la Fédération des Planètes Unies, composée par l’humanité et pléthore d’autres peuplades galactiques. Des Klingons préparent ainsi un piège pour fédérer tous leurs pairs (gérés en famille/tribu) à l’aube de l’inauguration d’une nouvelle grande ère pour ces aliens guerriers. L’USS Shenzhou est au centre du piège. Les deux premiers épisodes forment le pilote du show. Disons-le de suite : l’ensemble est empli de bonnes intentions mais se révèlera être chaotique.

Le générique de la série

https://www.youtube.com/watch?v=un1v0i_WEhY

Avec ses effets spéciaux et sa direction artistique soignés, la septième série Star Trek (la série animée comprise) se veut visuellement grandiose. Superbe et spectaculaire, Discovery, premier show complètement feuilletonnesque de l’univers, est marquée par l’ère Abrams, à tel point que les réalisateurs/monteurs n’y sont pas allés de main morte avec le bouton Lens Flare qu’on remarque et que l’on subit rapidement. Une forme de continuité visuelle, se sont peut-être-t-ils dit, qui ne poursuit cependant pas le fétichisme filmique de J.J. Abrams. Dans ces deux premiers épisodes, le show tend à imiter les prises du vue du cinéaste, certains cadres sont directement repris de ses deux films. Le montage est souvent effréné, le rythme est beaucoup moins humain que dans les œuvres du réalisateur.

Le copycat s’arrête dès l’épisode 3. Ce dernier est réalisé par Akiva Goldsman, scénariste de Batman & Robin, co-auteur des récents La 5ème Vague et Divergente 2, mais aussi d’Un homme d’exception. Aussi expérimenté dans le monde des séries télévisées, Goldsman expose en un épisode le problème de Discovery. Il faut le savoir, Bryan Fuller, le créateur original du show, a été détaché du projet après mésententes artistiques avec les productions CBS. Alex Kurtzman, coscénariste des films d’Abrams, a repris le projet en main. Et l’épisode 3 semble caractériser ce début de saison : une réalisation qui se cherche (trop inspirée dans le pilote ; plate et terne dans le troisième épisode) ; un montage foutraque ; et un scénario pas assez réfléchi et prétexte à tout pour accoucher d’une guerre : pourquoi le personnage de Michael Burnham agit comme-ci puis comme ça ? Mais d’où sortent ces deus ex machina à la noix qui mettent en scène Sarek et Burnham ? D’où le lien vulcain est-il assez puissant pour avoir une conversation de secours lorsque le moment le nécessite ? Bêtement spectaculaire, narrativement facile, la spiritualité vulcaine n’a jamais connu pareille utilisation, même la Force de Star Wars, à l’utilisation parfois incohérente dans certaines œuvres de l’univers, n’a jamais connu un tel traitement.

Trekkies en colère

Si deux proches de Fuller ont continué de travailler sur la série, ne nous mentons pas, la patte Fuller n’est pas toujours claire à l’écran. Mais, même si l’on met de côté les problèmes de production ayant régi le show (loin d’être tous connus), on remarque que la direction artistique est loin d’être unie. D’abord, sommes-nous dans la timeline d’Abrams (la chronologie Star Trek est bouleversée par un voyage temporel) ? Sur le plan visuel, la réponse est oui. Nous sommes loin de l’ambiance colorée de la série originale de Gene Roddenberry. Ou alors sommes-nous bien face une œuvre qui se passe dix avant la toute première série et bien des années après Enterprise, qui suivait les aventures des premiers explorateurs humains à bord du vaisseau expérimental humain homonyme. Après tout, on peut percevoir une certaine continuité entre les combinaisons du Capitaine Archer et les costumes de Starfleet dans Discovery. L’intérieur de ce dernier est d’ailleurs plus agréable à vivre que le premier Enterprise à l’espace davantage fonctionnel. Plus tard, les Enterprise sont ainsi plus confortables, celui de Jean-Luc Picard ayant ainsi un pont digne d’un grand salon télévisé. En cela, même si elle poursuit la modernisation de Star Trek jusqu’à la télévision, Discovery est subtilement cohérente… La direction artistique a pris certaines libertés avec l’univers. Par exemple, les Klingons ont été redésigné. Ce qui a provoqué la colère de grand nombre de fans de la franchise. Bien sûr, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas gardé celui – magnifique – mis en place dans les premiers films et iconisé en la personne du Lieutenant Worf dans The Next Generation ? Et on peut aussi retourner la question : pourquoi l’ont-ils fait ?

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Le Klingon a un nouveau design.

Ce choix serait imputable à Bryan Fuller. Le créateur a toujours eu un rapport important à la chair. De Pushing Daisies à American Gods en passant par Hannibal, l’obsession de Fuller s’étend ici jusque dans la galaxie de Star Trek. Notons rapidement que le créateur n’est pas un néophyte de l’univers puisqu’il a fait ses armes en tant que scénariste sur le show Deep Space Nine, puis en tant qu’auteur et coproducteur sur la série Voyager.

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L’armure de combat des Klingons.

Les Klingons semblent ainsi avoir des armures intimement liées à leur corps. Mieux que ça, les morts sont réemployés par l’un des chefs de guerre : ce dernier pose lie leur sarcophage à la coque du vaisseau. À la défense comme à l’attaque, le Klingon de Discovery semble ainsi être un pur corps guerrier. Et parmi ces guerriers, un racisme existe. L’un d’entre eux a la peau blanche et est considéré comme étant un impur. Impur qui avait pourtant été choisi par son ancien chef pour mener l’attaque sur la fédération. Et ce corps moqué  se révélera être plus combatif que ne le penseront ses adversaires… Le travail du corps de Discovery trouvera une autre importante illustration dans le voyage spatial en deux temps : d’abord avec l’utilisation d’une créature et de spores ; ensuite, avec l’action de Stamets dont le corps est alors lié au système mis en place suite aux premières expériences avec l’incroyable créature extraterrestre et les mêmes spores.

Star Trek Discovery modernise visuellement l’univers dans nos salons, comme ceux d’Abrams l’ont fait dans les salles obscures. Toutefois, qu’importe la modernisation ou l’inscription du show dans telle ou telle timeline, d’importantes incohérences trekkiennes sont là. Et qu’on ne dise pas que le Discovery est un vaisseau expérimental (ce qui est vrai), les discontinuités qui suivent sont présentes sur d’autres starships. En effet, que penser du holodeck qui n’est pas censé exister avant quelques centaines d’années (Star Trek The Next Generation) même si l’on peut noter des premières tentatives de mise en place dans Star Trek La Série Animée (suite de la série originale) ? Et quid des conversations holographiques à longue distance ? Cette réécriture technologique de l’univers dépasse la modernisation abramsienne. Fan service ? Citations claires pour exposer que les précédentes séries n’ont pas été oubliées ? Ou gadgets technologiques présents pour capter l’attention d’un public jeune ou au contraire averti s’étant déjà habitué à ces exploits futuristes ?

Une bataille où la chair (de Stamets) va avoir un rôle important.

De la créativité mécanique à l’humanité créative

Les premiers épisodes balbutient sur l’identité de la série. Mais à partir de l’épisode 4, l’identité visuelle du show semble peu à peu se poser. Même si des facilités scénaristiques subsistent, les récits gagnent en humanité. Tel accident provoque la rencontre de personnages avec le Discovery. Et ces événements ne sont pas vains, Ash Tyler, prisonnier des Klingons, deviendra le chef de la sécurité du vaisseau. Mais est-il vraiment remis de son expérience ? Le voyou Harry Mud, célèbre bad guy de l’univers Star Trek, ne sera pas libéré par le Capitaine Lorca sur le vaisseau klingon. Mais ce dernier n’aurait-il pas sous-estimé le bandit ?

Michael Burnham, personnage principal, servait davantage de prétexte au show. Comme il a été dit plus haut, plusieurs de ces décisions sont incongrues, incohérentes… Mais Burnham est avant tout le moteur de la série, elle lance le contexte de la guerre… Spécialiste des Klingons, elle est intégrée au Discovery qu’on découvre alors. Peu à peu, le personnage se dessine, notamment grâce aux interactions avec l’équipage, mais aussi avec la découverte plus importante de son background difficile ainsi que de la mise en exergue de ses sentiments post-accident du Shenzhou.

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Jason Isaacs est le capitaine Lorca, aussi dangereux que déterminé et charmant.

À propos de l’équipage, notons le soin apporté au cast ainsi qu’aux personnages. Lorca, interprété par l’impeccable Jason Isaacs, est un Patton de l’espace, un capitaine prêt à tout pour gagner la guerre. Saru est un officier scientifique d’une race extraterrestre inconnue jusqu’ici, et aux propriétés physiologiques fort intéressantes pour le récit (voir l’épisode 8 Si Vis Pacem, Para Bellum) et au design curieux. Le Discovery habite aussi un couple d’hommes gays en les personnes du Lieutenant Ingénieur Stamets et du Lieutenant Médecin Culber. En cela, la série poursuit le progressisme de l’univers mis en place par Gene Roddenberry il y a déjà cinquante et un ans.

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Stamets et Culber

« To boldly go where no man has gone before »

Cette première partie de saison de Discovery, imparfaite soit-elle, constitue de beaux moments dans l’univers Star Trek. Les derniers – réussis – épisodes présentés ont aussi mis en lumière le potentiel du show qui pourrait avoir de belles années devant lui à la manière de Voyager, The Next Generation ou Deep Space Nine. Aussi n’oublions pas que d’autres shows Star Trek ont eu des débuts en dent-de-scie, notamment l’une de plus grandes si ce n’est la meilleure so far so long, Star Trek The Next Generation.

BANDE-ANNONCE – Star Trek Discovery

Star Trek Discovery est disponible sur CBS All Access et Netflix.

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