Series Arrow/The Flash: Critique croisée

Créer une série autour d’un super héros relativement méconnu du grand public était un pari osé. Contre toute attente la CW l’a remporté haut la main en réussissant à imposer son Green Arrow dans l’imaginaire collectif, face aux mastodontes du grand écran.

Synopsis: Deux ans après être devenu Arrow, Oliver Queen est toujours le justicier de Starling City et de nombreux alliés viennent l’aider dans sa croisade tandis qu’il doit faire face à de nouvelles menaces. Mais non loin, à Central City, un nouveau héro apparaît et avec lui des problèmes d’un nouveau genre. L’univers d’Oliver Queen et de ses amis est alors bouleversé.  

Le début d’une nouvelle ère ?

Le network à donc décidé cette année de frapper un grand coup en relançant sa série phare, tout en proposant un spin-off autour du personnage de Barry Allen. Déjà passé par Starling City le temps d’un épisode, l’homme est plus connu sous le nom de Flash. La chaîne prend alors le risque de concurrencer Marvel sur son propre terrain de l’univers partagé, avec les moyens à sa disposition (soit le budget d’une série télé). Arrow et Flash vivent donc leurs petites vies chacun dans leurs villes respectives, se rendant éventuellement visite le temps de quelques épisodes. Faut-il y voir une simple ambition mercantile avec l’utilisation d’une série à succès comme tremplin pour une nouveauté risquée, ou l’instant marque-t-il l’apparition d’une « méga-série » qui dépasserait les simples structures classiques en saison ? Si l’ensemble n’est pas parfait, certaines questions finissent par se poser.

Mais ne nous emballons pas, commençons par le début. Arrow arrive donc à sa troisième saison, et tout semble aller pour le mieux après l’affrontement dantesque contre Slade Wilson/Deadstroke (soit le plus grand assassin de l’univers DC comics). Le justicier est enfin accepté par la population de Starling City et malgré la présence de criminel de tout poil, le calme semble être revenu. Néanmoins Olivers Queen est sur la paille et voit sa société rachetée par un certain Ray Palmer, sa petite sœur est partie avec son ennemi juré Malcolm Merlyn et une des ses alliés est assassinée avec trois flèches dans le ventre. Autrement dit, pas de vacances pour les vrais héros. Malgré toutes ces pistes alléchantes, cette nouvelle saison souffre d’un manque flagrant de cohérence. Si la saison 2 était quasi entièrement consacrée à Slade, celle-ci à bien du mal à se choisir une cible fixe, accumulant les arcs narratifs un peu poussifs. Le méchant est d’abord Malcolm Merlyn sur le retour, puis un certain Brick qui veut prendre le contrôle de la ville, pour enfin conclure sur la ligue des assassins et leur leader immortel Ras’ al Ghul.

Ainsi rien ne s’installe véritablement dans la durée et on se retrouve face à une série qui semble vouloir réinventer ses propres codes sans rien proposer de concret en retour. Les fameux flash-back présentant le passé d’Oliver, qui ont toujours été un peu lourds, quittent ainsi l’île de Lian Yu pour Hong-kong et développent une intrigue rocambolesque autour d’un bio-virus qui n’apporte pas grand chose à l’ensemble. Le présent ne s’en sort pas mieux avec un Atom anecdotique (malgré le talent comique sous-estimé de Brandon Routh) et un Ras’al Ghul manquant un peu de charisme. Si le risque de prendre un acteur assez peu expérimenté pour un tel rôle est louable, l’envergure du personnage aurait mérité un traitement de faveur. L’ex-rugbyman Matt Nable (3 rôles à son actif) n’est pas ridicule, mais ne possède pas l’ampleur d’un Vinnie Jones (Brick) et d’un Peter Stormare (Vertigo), qui bouffent littéralement l’écran lors de leurs apparitions anecdotiques. En s’embourbant dans des digressions psychologiques maladroites, cette troisième saison s’égare et perd un peu sa puissance iconique qui titillait notre fibre de grand gamin et lui permettait de dépasser son statut de série teen au casting classe mannequin.

The Flash propose pour sa part un modèle différent, qui puise directement dans l’âge d’or des comics avec un plaisir communicatif. A l’exact opposé des nuance sombres de Starling City, Central City brille d’un soleil éclatant sous lequel Barry Allen affronte toutes sortes d’humains disposant également de super-pouvoirs divers et variés (téléportation, contrôle de la météo…). Loin des intrigues de gangster et des manigances financières, cette seconde série renoue avec un esprit pulp à l’ancienne, développant des scénarios autours de savants fous, de romances sympathiques et de voyages temporels. Pour citer Oliver Queen, « Central city est la ville où il fait toujours beau et où les méchants se donnent des surnoms rigolos ». L’esprit est plutôt bon enfant et la saison ressemble à une gigantesque cour de récréation où les traits d’humours fusent aussi vite que les rayons glaçant de Captain Cold.

Et si Arrow péchait par un méchant anecdotique, The Flash réussi le tour de force de proposer un des plus formidable antagoniste vu depuis longtemps dans une adaptation de comics. Grâce à une écriture minutieuse et une interprétation parfaite de Tom Cavanagh (qui arrive à faire oublier son rôle de grand frère glandeur dans Scrubs), le docteur Harrison Wells dépasse largement tout les super-vilains vu à la télévision et au cinéma ces dernières années (à l’exception du Joker de Heath Ledger). Ambigu jusqu’au bout dans un double rôle de mentor et d’ennemi juré, le personnage reste séduisant même quand ses travers les plus odieux sont révélés, continuant à porter de l’affection aux héros, malgré leurs divergences. Bien que ses motivations restent floues jusqu’à la fin, sa simple présence vaut le détour. Les scénaristes de Marvel feraient bien de prendre des notes. Malgré son budget serré, The Flash est une réussite presque totale, ne décevant que dans son épisode final qui s’embrouille un peu les pinceaux avec des dilemmes assez hors de propos.

Se pose maintenant la question de l’univers partagé. Qu’apportent donc les ponts entre les deux univers ? Pas grand choses en fait d’un point de vue scénaristique, les deux séries fonctionnent de façon relativement autonome, avec chacune leurs ambiances et leurs intrigues propres. Deux gros points de convergences sont à noter tout de même. D’abord un cross-over assez bien fichu où les deux héros s’entraident pour attraper deux méchants assez corsés, et un coup de main mutuel quand il s’agit de défaire les antagonistes principaux, sans toutefois empiéter sur la puissance iconique d’un duel final. Pour le reste les scénaristes ont eu tendance à s’emballer en faisant intervenir des personnages secondaires de Arrow dans The Flash sans proposer d’équivalent de l’autre coté. Il en ressort une chronologie bancale dans la mesure où ces parenthèses ne s’intègrent pas du tout dans l’intrigue de la série mère, qui reste constant dans son état de crise. Difficile de comprendre quand Félicity et Atom ont trouvé le temps de passer prendre des vacances à Central City alors qu’en face Oliver est porté disparu et Starling City sous le joug de Brick. Des petits soucis temporels qui mettent déjà à mal la cohérence de l’ensemble, c’est dommage. Heureusement que ces croisements possèdent un autre intérêt.

La rencontre de deux univers antithétiques offre un niveau de lecture assez original. En bombardant Oliver Queen dans le décor fun et gentillet de Central City et en confrontant Barry Allen a la violence de Starling City, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent. L’archer supporte difficilement la puérilité du bolide écarlate, tandis que ce dernier n’apprécie pas vraiment les méthodes violentes de son collègue. La confrontation de ces deux points de vue offre finalement un regard critique sur chacune des séries donnant à l’édifice une dimension presque méta. Au travers de leurs protagonistes, les scénaristes mettent en avant les défauts de leurs propres créations, commentent leurs univers et assument leurs différences de ton. Les deux séries se complètent alors plutôt bien, tout en proposant deux formes différentes afin de toucher un public plus vaste.

Il reste encore du chemin à faire pour que cet univers partagé fonctionne correctement, mais les débuts sont plutôt encourageants. Il faut espérer que Arrow se relève et propose une quatrième saison de qualité pour ne pas être enterré par sa petite sœur qui est l’une des bonnes surprises de l’année. Reste également à juger de l’intérêt du prochain spin-off Legend of tomorow et de ce qu’il apportera à l’ensemble. En espérant que la CW ne se fasse pas a nouveau couper l’herbe sous le pied par la Warner déjà responsable des apparitions réduites de la suicide squad par peur de la concurrence (en annulant tout espoir d’une apparition de Harley Quinn). Autrement les bases sont là, et si les producteurs gèrent bien leur coup, tout cela débouchera peut être sur une méga-série d’un nouveau genre qui fera date dans l’histoire de la télévision.

Arrow/The Flash : Teaser

Arrow/The Flash: Fiche Technique 

Titre original : Arrow/The Flash
Titre français : Arrow/The Flash
Date de sortie : 2012/2014
Nationalité : États-Unis
Création : Andrew Kreisberg, Greg Berlanti, Marc Guggenheim, Geoff Jones
Épisodes : 69/23
Interprétation : Stephen Amell, Grant Gustin, David Ramsay, Tom Cavanagh, Candice Patton, Emily Bett Rickard…
Musique : Blake Neely
Production : Greg Berlanti, Andrew Kreisberg, Geoff Jones, Gardner Fox, Harry Lampert, Marc Guggenheim
Distribution : The CW
Budget : NC
Genre : Action, Fantastique, Super-héros

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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