Search Party, une série de Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter : Critique

Lorsque le club des 5 (sans le chien Dagobert) se lance en 2017 à la recherche de Chantal, disparue, on obtient une première saison de Search Party pétillante qui vacille entre comédie noire et detective story, métaphore d’une génération Y en quête de sens…

Synopsis : Dory, jeune femme timide et frustrée, apprend la disparition de Chantal, une ancienne camarade de classe. Elle développe alors une obsession et entraîne avec elle dans sa quête son copain et ses amis…

Looking for …

Sarah-Violet Bliss a officié sur High Maintenance (made in HBO et non la version web vimeo). Michael Showalter, acteur, humoriste et scénariste/réalisateur (Love, Inside Amy Schumer, The Baxter) est à l’origine du prequel et du futur sequel sur Netflix Wet Hot American Summer. Il y a un décalage flagrant source d’ironie dans Search Party. Surtout lorsque l’héroïne, au nom du poisson chirurgien amnésique amie de Némo, ne correspond à aucun canon de beauté et que ses amis semblent être à l’ouest. On compte le petit ami intello-hipster en stage dans une compagnie d’assurance, lymphatique, le meilleur ami grassouillet maniéré hypocrite et la meilleure amie blonde qui veut devenir célèbre. Ils ont tous la vingtaine passée -presque la trentaine- et cherchent un boulot décent, partagent une ambition artistique démesurée, à être heureux quoi. Le principal défaut de prime abord est que la génération américaine qu’ils représentent manque cruellement de nuances, mais considérons le parti pris comme tel. On dirait les enfants de Carrie Bradshaw pour Portia (sa quête artistique), Charlotte York pour Dory (son pragmatisme et son flegme), Miranda Hobbes pour Drew (son intellectualisme), Samantha Jones pour Elliott (sa superficialité). Et puis toujours ce paradoxe américain : comment peuvent-ils bruncher tous les dimanches et vivre en plein centre-ville avec leurs revenus? On s’était déjà posé la question avec Friends. Que ce doit être hype d’être l' »assistante de vie » d’une épouse de milliardaire ou organisateur de soirée néo-adulescents branchés jusqu’à faire des expos et publier un livre! Tout est possible aux Etats-Unis ! Surtout cumuler des seconds rôles dans des séries B quand on sait comment ici la galère est un euphémisme…

Si l’humour n’est pas aussi acerbe (quoique surfait) que dans Happy Endings, il n’en reste pas moins plus efficace, par la caractérisation des personnages et l’absurdité sensible des situations dans lesquelles ils se retrouvent à vouloir dépister Chantal. Il ne faut pas perdre le fil des indices qui nous font croire en la sombre et mystérieuse disparition et entrer dans le jeu, soit disant dangereux de cette « chasse à l’homme ». Dory est obsédée par cette ancienne amie qu’elle a perdue de vue et maintenant perdue tout court. Si elle reste avec Drew, est-ce par fainéantise ? Comment des personnes aussi différentes peuvent-elles être amies ? L’absurde rejoint le réalisme satirique et indolent d’un certain Woody Allen et surtout l’obscurantisme sentimental de Match Point. L’absurde est plus encore proche d’une sociologie à l’humour noir caractéristique de certains frères Coen et particulièrement les interconnexions anxiogènes de Burn After Reading. Entre The Lady Vanishes et The (Wo)Man Who Knew Too Much, Hitchcock n’est qu’un rappel lointain. Malheureusement, l’originalité est moindre quand on connait l’urbanisme et la crise de la trentaine pour ne citer que Fleabag, Girls, Master of None, Younger, New Girl, You’re the Worst, ou feu Looking… Search Party ne s’inscrit donc que dans une mouvance dite à la mode, mais propose de réels enjeux derrière sa légèreté et ses péripéties bon marché. Sans oublier les nombreux clins d’oeil à d’autres séries : l’ancienne employeuse de Dory jouée par Judy Gold a la même carrure carrée et démarche désorientée que Maura Pfefferman (jouée par Jeffrey Tambor) dans Transparent, Lorraine paranoïaque jouée par Rosie Perez fait écho au personnage de Lisa Kimmel-Fisher dans Six Feet Under (jouée par Lili Taylor) ou encore la voisine droguée April presque aussi excentrique que Jane Margolis (Krysten Ritter) dans Breaking Bad, sans oublier le métro meurtrier qui a tué Zoé dans House of Cards… Autant dire que les rencontres sont hautes en couleur et jamais gratuites !

Cette quête humaine est avant tout une quête identitaire sur fond d’électro pop et musique ambient composée par Brian H. Kim qui a déjà fait ses armes sur Greek, Switched ou HIMYM (si vous cherchez le titre du thème, c’est « Obedear » du duo canadien Purity Ring). Une recherche existentielle où l’absurdité du XXIème siècle est à ordonnancer pour trouver l’aventure. Pourquoi se façonner des épreuves supplémentaires lorsque trouver un boulot, une relation saine, des amis de confiance ne suffit pas à la génération dite Y ? Lorsque l’on a tout à portée de main, simuler le drame devient appétence ontologique et c’est en cela que la résolution n’est que plus frappante. On ne peut que s’émouvoir devant ce brin de femme aux tâches de rousseur et bouclettes enfantines qui témoigne d’une grande actrice. Alia Shawkat à découvrir sur OCS avant que la saison 2 ne sorte cette année…

CRITIQUE DE LA SAISON 2

Search Party : Fiche Technique

Créateurs : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter
Réalisation : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Ryan McFaul
Scénario : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Michael Showalter, Lilly Burns, Jordan Firstman, Starlee Kine, Robbie Pickering, Samantha Stratton, Christina Lee, Anthony King
Interprétation : Alia Shawkat (Dory), John Reynolds (Drew), John Early (Elliott), Meredith Hagner (Portia), Brandon Micheal Hall (Julian)
Ron Livingston (Keith), Christine Taylor (Gail), Clare McNulty (Chantal), Rosie Perez (Lorraine), Jeffery Self (Marc)…
Photographie : Jonathan Furmanski
Montage : Jon Higgins, Jon Philpot, Laura Weinberg
Décor : Olga Miasnikova
Producteurs : Charles Rogers, Sarah-Violet Bliss, Lilly Burns, Tony Hernandez, Michael Showalter, Anthony King, Christina Lee
Sociétés de production : Jax , TBS Studio
Musique : Brian H. Kim
Chaine de diffusion : TBS , OCS
Genre : Comédie, crime,  » à énigmes »
Format : 10 épisodes de 22 minutes

Etats-Unis – 2017

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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