Paris etc, la série aux cinq femmes de Canal +

Paris etc est la dernière série originale créée par Canal + et diffusée en décembre dernier. Elle peint la vie de cinq parisiennes à travers un quotidien banal qui se transforme au fil des épisodes et plonge totalement dans l’époque.

Synopsis : Cinq femmes. Et Paris. Cinq façons d’être, de pleurer, de hurler de rire, de rater le bus, de serrer les dents, de jouir, de ne pas jouir, de boire trop, de grandir, de résister, de faire un enfant ou pas, de ne pas vouloir rentrer chez soi… Cinq façons d’aimer. Cinq héroïnes du quotidien qui traversent Paris, depuis la rentrée des classes jusqu’aux vacances de Noël.

Cette critique peut contenir des spoilers !

Les femmes…
Le public s’attachera ou non aux personnages et aux femmes jouées par Zabou Breitman (Gil), Naidra Ayadi (Nora), Anaïs Demoustier (Mathilde), Lou Roy Lecollinet (Allison) et Valeria Bruni Tedeschi (Marianne), mais il sera difficile de nier l’intelligence avec laquelle la série aborde des thèmes majeurs et très actuels tels que le féminisme. Disons plutôt que ce dernier est sous jacent à toute la série puisqu’elle n’en parle que rarement finalement, mais la démarche mettant cinq femmes modernes au premier plan s’avère être un bel engagement. Les créatrices rompent totalement avec les représentations constantes et coutumières de la femme pour intégrer des figures qui savent ce qu’elles veulent. Chacune à leur manière, elles prennent leur destin en main. De par leurs choix, leur entourage, leurs émotions, elles s’affirment et assument leur statut de femme. Évidemment que la femme moderne n’est pas que l’indépendante sans cœur que l’on se plaît à montrer parfois au cinéma, mais elle n’est pas non plus la femme totalement névrosée et dépendante de son mari. La série fait justement un savant mélange de tout cela en créant cinq personnages qui chacun à leur tour, se détache du rôle cliché que l’on pourrait leur attribuer avec les caractéristiques qui sautent tout de suite aux yeux. paris-etc-serie-valeria-bruni-tedeschi

Paris etc, c’est donc cinq femmes débordées, qui doivent être partout à la fois et qui doivent en même temps apprendre à gérer leurs émotions. Résultat : tout déborde, explose et la crise apparaît créant des situations absurdes et souvent très comiques mais aussi des scènes émouvantes jouées avec un talent indéniable par cinq actrices à qui chaque rôle va comme un gant. Les créatrices ne contournent jamais la réalité et jouent franc jeu dans tous les domaines que la vie aborde : la sexualité, la carrière, les enfants, le quotidien… Paris etc livre, à travers ces cinq femmes, une ode aux parisiennes et, de manière même plus générale, une ode à la France et ses françaises qui font tant son charme. Notons d’ailleurs que l’une d’entre elles se nomme Marianne, symbole fort de tout ce qui est représenté dans la série.

…et la société. 
Il va de soi que les femmes sont comprises dans cette société dont la série dresse le portrait mais il convenait également de faire une distinction entre les deux pour accentuer les différents thèmes sur lesquels se sont penchées les créatrices. À travers ces cinq femmes était abordé le rôle de celles-ci au sein de cette société contemporaine et comment elle les façonne. Puis d’un autre point de vue, Paris etc livre un tableau collectif sur cette même société en prenant une base bien plus générale mais pas moins intéressante. Chaque épisode navigue entre les thèmes, à l’instar de chaque personnage. De par des phrases lancées de manière anodines ou des scènes de quelques secondes, les dialogues marquent. La série déconstruit les représentations toutes faites. Que ce soit au sujet de la culture, de la communication, de la vision actuelle du couple ou encore plus généralement des normes et des codes sociaux, Paris etc chamboule toutes les constructions sociales et s’engage dans le courant actuel qui consiste à contrer toutes ces définitions pré-établies et ouvrir les esprits sur des choses nouvelles.

paris-etc-serie-valeria-bruni-tedeschi-anais-demoustiersCe qui compte aujourd’hui, ce n’est pas d’avoir de la culture mais d’être curieux : il faut fuir la société qui voue un culte à l’intellectualisme mais qui oublie trop souvent que l’important est de vouloir apprendre et d’aimer le faire, quel qu’en soit le sujet. La série dépeint également beaucoup de problèmes de couple : par manque de communication ou mauvaise, par des situations familiales compliquées (avoir un enfant handicapé), le public voit son époque défiler à l’écran. Dans Paris etc, on parle de sexualité, les couples font l’amour et parlent de leur fantasme dans une époque où tout est devenu tabou. Chaque épisode s’ouvre d’ailleurs sur une scène de coït. Enfin, tout fait écho à beaucoup de sujets actuels : l’harcèlement de rue, les attentats (un colocataire d’Allison blessé lors des attentats du Bataclan) et la peur omniprésente (sécurité à l’école). Tout y est abordé sans jamais endormir le spectateur et en restant relativement vif et frais. La série a aussi son lot de bons moments comme dans l’épisode 11 ; chacune prend son envol sur un air de piano grâce à une décision qu’elle prend pour changer sa vie. La musique joue d’ailleurs une place majeure dans la série. Composée par Benjamin Biolay, elle donne souvent le ton et rappelle au public l’authenticité des thèmes dont elle parle et de la ville qu’elle dépeint.

Paris etc est éminemment politique en réussissant aussi à être un très bon divertissement. La série propose des réflexions sociales en mettant en scène des personnalités plus ou moins atypiques qui font traverser plusieurs étapes de leur vie au spectateur, tout cela sur un ton léger.

Paris etc. : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Npp8KcZG4h4

Paris etc. : Fiche Technique

Crée par : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest
Distribution : Zabou Breitman, Valeria Bruni Tedeschi, Naidra Ayadi, Anaïs Demoustier,  Lou Roy Lecollinet, Bruno Todeschini, Yannick Choirat, Hippolyte Girardot, Niels Schneider
Réalisation : Zabou Breitman
Scénario : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest, Jérémy Elkaïm, Gabor Rassov, Philippe Lefebvre
Musique : Benjamin Biolay
Producteurs : François Kraus, DEnis Pineau-Valencienne
Sociétés de production : Les films du kiosque,
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Diffusée sur : Canal +
Genre : comédie dramatique
Premier épisode : 27 novembre 2017

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.