American Horror Story, une série de Ryan Murphy : critique de « Roanoke », la saison 6

Après deux saisons en demi-teinte qui nous ont presque fait oublier l’échec de la troisième, les créateurs d’American Horror Story se sont sentis prêts à s’essayer à un format différent… et se plantent à nouveau avec ce Ronaoke laborieux.

Synopsis : Un docu-fiction revient sur le cauchemar vécu par un couple de jeunes mariés venus s’installer dans une résidence isolée près des terres de l’ancienne colonie de Roanoke.

Sans horreur ni véritable histoire, American Horror Story a au moins le mérite de rester américaine!

On sait depuis des années que le cinéma d’épouvante est mis en déliquescence par un système de found-footage qui a trop vite montré ses limites. La baisse de niveau qu’a connue la saga Rec au gré de ses films et le récent échec commercial de Blair Witch, qui ne fut qu’une vaine redite du film qui mit le genre à la mode, en sont les deux meilleurs exemples. On se rassurait en revanche que les séries se voulant horrifiques ne soient pas, elles aussi, contaminées par cette mécanique de mise en abyme trop souvent utilisée avec nonchalance. C’était sans compter sur Ryan Murphy qui a eu l’idée de faire de la sixième saison d’American Horror Story une nouvelle histoire dont le dispositif de filmage appartiendrait pleinement à sa narration. Pour cela, les scénaristes de la saison ont fait le pari de miser sur un format purement télévisuel qui n’aura pour seul conséquence que de mettre à jour le flou qui s’est créé entre mise en scène horrifique et pur voyeurisme. Ou, plus exactement trois formats : les cinq premiers épisodes prenant la forme d’un docu-fiction alternant des témoignages et une reconstitution interprétée par des acteurs, tandis que les quatre suivants s’apparentent à de la télé-réalité et que le dernier épisode rassemble plusieurs extraits issus de shows télé divers et variés.

Seulement 10 épisodes. La saison est donc la plus courte que la série compte à ce jour. Cela n’empêche pas de rendre l’intrigue très difficile à se mettre en place. La faute justement à ce choix de mettre en corrélation ce qui relève du diégétique avec ce que l’on espère nous faire croire comme étant extra-diégétique. L’idée même de donner la parole aux personnages que l’on voit interprétés à l’écran a le bénéfice de jeter le trouble sur la réalité des événements, et accessoirement à justifier la faible qualité de la mise en scène et des jeux d’acteurs. Cependant, dans le cas d’une histoire dont le suspense devrait uniquement reposer sur la question de savoir qui survivra ou non, l’intervention des survivants s’avère absolument contre-productive. Et que ces témoignages soient récités face caméra par des visages connus, dont Lily Rabe présente dans les précédentes saisons, met à plat toute volonté de faire croire à une histoire vraie. On commence donc à suivre la reconstitution de phénomènes paranormaux sans pour autant s’attacher ni aux « vrais » personnages, du fait justement qu’ils soient limités à quelques déclarations, ni aux acteurs qui les interprètent, pour la bonne raison que l’on sait justement qu’ils sont des acteurs.

Alors que les précédentes saisons reposaient sur une ambiance angoissante et sur des personnages marquants, celle-ci n’a pour elle que son concept « méta-télévisuel », exploité avec un manque d’inspiration flagrant.

Les cinq premiers épisodes se succèdent ainsi, dénués du moindre potentiel immersif pourtant indispensable pour générer de l’angoisse. L’unique plus-value de cette première moitié de la saison réside dans la leçon d’histoire qu’elle entend nous donner en évoquant le sort de la colonie anglaise de Roanoke disparue au 16ème siècle. L’explication donnée à ce mystère historique est une vague affaire de sorcellerie impliquant deux mythes locaux : la « bouchère » et le « Piggy man » (déjà aperçu dans la saison 1) qui, avec en plus une famille de rednecks psychopathes, forment la caution « épouvante / gore » qu’est censée nous offrir la série. Ce semblant de scénario foutraque, caricatural et grotesque ne réussit qu’à rendre risible la qualité du spectacle de ce que l’on sait être un show télé. Ce second degré finira par s’assumer dans la seconde moitié de la saison, après un sixième épisode qui offre un retournement de situation, ou plutôt un « retour à la réalité », qui arrive trop tard. Ce pilier scénaristique lancera ce qui est la véritable nature du scénario : une attaque cinglante contre les producteurs cyniques et les acteurs narcissiques qui font la loi sur la télé américaine. A trop accumuler les clichés, tout cela prend l’allure d’une simple parodie encore une fois incapable de générer quelque empathie.

Pendant quatre épisodes particulièrement chaotiques, on regarde, impassibles, ces personnages superficiels se faire tuer l’un après l’autre. Ce petit jeu de massacre se fait dans une suite épuisante de hurlements et d’effets de jump-scare outranciers tout juste dignes de ce que le genre peut nous proposer de plus lourdaud. N’avoir jamais eu l’occasion de s’attacher à aucun de ces futurs cadavres rend le spectacle purement anodin, inscrivant American Horror Story dans la liste de ces séries que l’on ne regarde plus que par habitude et non plus par réelle conviction. Et pourtant, sans pour autant sauver l’ensemble de la saison, le dernier épisode en remontera – encore une fois trop tard – quelque peu l’intérêt. D’abord en jouant toujours plus à fond la carte de la mise en abyme de façon ludique mais aussi en offrant une courte apparition à l’une des figures importantes de la saison 2, la journaliste Lana Winters, ce qui ravira les fans de la série désireux d’établir des liens entre les saisons. Les dernières minutes de cet épisode final sont de plus la scène la plus émouvante, avec une exploitation touchante du fantastique dans une relation mère/fille que l’on avait vue trop vite passer à la trappe dans les premiers épisodes. Il ne fallait pas plus que cette piste, qui aurait pu aboutir à une saison intense pour faire naître une profonde frustration. Espérons que la saison 7 saura rebondir et éviter de s’empêtrer dans une exploitation caricaturale et futile d’un concept que l’on sait être une impasse.

American Horror Story, My Roanoke Nightmare : Bande-annonce (VO)

American Horror Story, My Roanoke Nightmare : Fiche technique

Création : Ryan Murphy
Réalisation : Bradley Buecker, Michael Goi, Jennifer Lynch, Elodie Keene, Marita Grabiak, Gwyneth Horder-Payton, Nelson Cragg
Scénaristes : Ryan Murphy, Brad Falchuk
Interprétation : Sarah Paulson (Audrey Tindall), Lily Rabe (Shelby Miller), Cuba Gooding Jr. (Dominic Banks), André Holland (Matt Miller), Adina Porter (Lee Harris), Angela Bassett (Monet Tumusiime), Kathy Bates (Agnes Mary Winstead)…
Production : Jessica Sharzer
Société de production : 20th Century Fox Television, Ryan Murphy Productions, Brad Falchuk Teley-Vision
Genre : Fantastique, horreur
Diffuseur : FX
Format : 10 épisodes de 40 minutes
Première diffusion : 14 septembre au 16 novembre 2016
Etats-Unis – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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