Marvin ou la belle éducation : un film d’émancipation

Le nouveau long-métrage d’Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, divise les téléspectateurs. S’agit-il d’un film moralisateur à l’égard d’une classe sociale défavorisée ou bien simplement d’une œuvre pleine de cœur?

Synopsis: l’histoire de Marvin Bijoux et sa volonté de quitter son petit village des Vosges ainsi que sa famille dysfonctionnelle. Fuir l’intolérance et le rejet dont il est victime, lui qui est « différent ».  Plus tard, devenu Martin Clément, il décide de créer sa propre pièce de théâtre racontant son histoire.

Précédemment annoncé comme l’adaptation du roman d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, le long-métrage d’Anne Fontaine ne s’inspire en vérité que partiellement de cette histoire, le statut d’adaptation propre ayant été retiré du générique. Cela  dit, les deux histoires sont tout de même similaires.

Une sensation d’étouffement

Le cadre est très serré, tant pour montrer l’étau dans lequel est pris le jeune Marvin, collégien, que pour faire partager son ressenti intérieur. Lui qui rêve de s’en aller, de se laisser aller à être comme il est au fond de lui, homosexuel. Mais dans son village, les habitants sont du genre à taguer sur les abribus des insultes aux « pédés ». Alors il voudrait trouver du réconfort auprès de sa famille, mais on ne l’accepte pas non plus. Constamment pris entre son intériorité et la vérité à laquelle il est confronté, il est également victime du rejet de son grand-frère violent, de son père au chômage et sa mère qui a du mal à joindre les deux bouts. Au collège, il n’a pas d’amis et est la tête de turc d’une bande de gamins qui, eux, savent ce qu’il a en lui. Alors comment s’épanouir dans de telles conditions? Quand la violence des autres fait taire ce que l’on a en soi?

Anne Fontaine n’hésite pas à nous confronter à des images crues pour montrer qu’une telle réalité existe. Elle appuie d’autant plus la souffrance et le questionnement intérieur de Marvin en confrontant le spectateur à des dialogues simples mais vraisemblables et parfois incompréhensibles. Toutefois, le film n’échappe pas à quelques clichés, celui de la famille campagnarde arriérée par exemple. L’on pourrait s’interroger sur la qualité d’écriture du film, qui présente un Marvin adulte, devenu Martin qui ne semble pas épanoui par sa liberté pourtant retrouvée. Le film montre le cheminement intérieur complexe de l’enfant qui grandit et ne s’accepte pas pour autant. Sans doute brisé par ce qu’il a vécu. L’histoire ne se fait pas moralisatrice : la caméra de la réalisatrice choisit de nous montrer les personnages tels qu’ils sont, sans jugement de valeur. C’est au spectateur de se faire sa propre idée.

Un rêve d’émancipation

C’est au travers d’autres personnages que Marvin ou Martin va trouver son salut. Tout d’abord, par hasard, grâce à la directrice de son collège qui lui présente des cours de théâtre. Ou bien plus tard, quand il  commence enfin à accepter son homosexualité, à travers le personnage d’Abel Pinto, joué par Vincent Macaigne, toujours très juste. La réalisatrice décide de nous livrer avec cette œuvre une histoire d’émancipation, dans laquelle le personnage essaie de s’extirper de sa condition sociale défavorisée jusqu’à arriver dans les hautes sphères de la société. Mais il n’en est pas heureux pour autant. Lui qui vient de la campagne ne se trouve pourtant pas à sa place au sein des classes aisées.

Trois scènes particulièrement fortes retiennent notre intention: celle où le collégien attend que le train le percute mais qui le rate, montrant sa détresse intérieure, et filmée avec brio de dos par Anne Fontaine. Celle où Martin adulte arrive finalement à trouver un modèle auquel se rattacher, lors de sa première rencontre avec Abel. Et enfin, la dernière scène, celle du spectacle avec la magnifique Isabelle Huppert, où la caméra demeure en retrait. La réalisation choisit de se trouver au plus près des personnages, avec des couleurs parfois ternes (dans la maison familiale) ce qui rappelle également de, par son cadre, le film de Xavier Dolan, Mommy.

D’ailleurs les acteurs sont tous  justes et pertinents dans leurs rôles. A commencer par le jeune Jules Porier dont le regard voilé tout au long du film reste saisissant. L’interprète de Marvin (Finnegan Oldfield), devenu Martin une fois adulte confirme quant à lui son talent. Les autres acteurs, livrent aussi une performance correcte (Catherine Salée dans le rôle de la mère dépassée, Grégory Gadebois dans le rôle du père…), seul le personnage de Charles Berling est peut-être un peu caricatural, en tant qu’homme d’affaires aux nombreuses liaisons.

Le bémol du long-métrage est cependant d’être un peu trop long, et comme il est assez éprouvant aussi bien au niveau sensationnel qu’émotionnel, il peut paraître trop étouffant. Ceci  prouve aussi sa valeur car il ne laisse pas indifférent.

Marvin ou la belle éducation, donc, livre une histoire intéressante, sous le prisme du parcours atypique d’un personnage désireux de s’extirper de sa condition première. Et on n’en ressort pas indemne.

Marvin ou la belle éducation : Bande-Annonce

Marvin ou la belle éducation : Fiche Technique

Titre : Marvin ou la belle éducation
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine et Pierre Trividic
Interprétation : Jules Porier, Finnigan Oldfield, Vincent Macaigne, Grégory Gadebois, Catherine Salée, Catherine Mouchet, Charles Berling…
Photographie : Yves Angelo
Décors : Emmanuel de Chauvigny
Costumes : Elise Ancion
Produteurs : Philippe Carcassonne, Jeans-Louis Livi, Pierre-Alexandre Schwab, Christophe Spadone, Stéphane Célérier, Valérie Garcia (Coproducteurs)
Sociétés de Production : Ciné@, P.A.S Productions, F comme Film
Distributeur : Mars Films
Durée : 113 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 novembre 2017

France – 2017

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Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

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