Baywatch – Alerte à Malibu, un film de Seth Gordon : Critique

Depuis ce mercredi 26 juin, les sauveteurs de Malibu sonnent l’alerte dans Baywatch, adaptation de la série homonyme. Au programme : des personnages réussis qui sauvent le film d’un naufrage, mais pas du bain de pétrole.

Synopsis : Le légendaire sauveteur Mitch Buchannon est contraint de s’associer à une nouvelle recrue, Matt Brody, aussi ambitieux que tête brûlée ! Ensemble, ils vont tenter de déjouer un complot criminel qui menace l’avenir de la Baie…

Alerte au naufrage

Le projet Baywatch semblait tout avoir : un ton déjanté, une bande-son cool au possible, et un casting parfait mené par Dwayne « The Rock » Johnson. L’histoire ne semblait pas folle, mais son traitement oui : poursuite sur un scooter tellement lent que Johnson doit pousser avec ses jambes ; planque dans une morgue, etc. Toutefois, malgré l’annonce et les bandes-annonces alléchantes du projet, des éléments venaient obscurcir le tableau.

Seth Gordon d’abord. Réalisateur des sympathiques et inégaux Comment tuer son boss ? et Arnaque à la carte, Seth Gordon a appliqué à Baywatch les points positifs et négatifs de ses précédents films. Nous trouvons ici de formidables personnages, un high-concept au fort potentiel de folie débridée comique… Une ambiance bien caractérisée. Tout est limpide. Et puis l’intrigue, ici policière, s’essouffle rapidement pour devenir prétexte à suivre les personnages géniaux.

La bande à Dwayne

Les personnages sont formidables, portés par un excellent casting et une écriture plutôt bonne les concernant. Du nouveau Mitch, interprété par le « coolest of the coolest » d’aujourd’hui Dwayne Johnson (qui remplace donc David Hasselhoff) à la nouvelle C.J. (ancien rôle de Pamela Denise Anderson repris ici par le mannequin Kelly Rohrbach), en passant par le nouveau Matt Brody (rôle repris par l’excellent Zac Efron) et le jeune timide et empoté Ronnie Greenbaum (joué par un très drôle Jon Bass), l’équipe fonctionne. Mais des personnages peuvent-ils réellement supporter tout un film ?

https://www.youtube.com/watch?v=JIJmL1ONfG8

Ci-dessus, Ronnie a du mal à contenir son admiration pour C.J. et se met dans une situation embarrassante.

La gueule d’un noyé bouffé par les requins et poiscailles du coin

Le titre ci-dessus est tout à fait explicite sur l’ensemble visuel de Baywatch. Comment des personnages, bien écrits et excellemment interprétés, peuvent-ils exister à l’écran quand le montage les fait disparaître de l’image ? Comment des personnages peuvent-ils supporter des coupes violentes dans l’action et son déroulement, au point de mettre en place des incohérences monstrueuses (ah un personnage a l’idée de filmer des bandits, mais les mecs n’y penseront pas après, même bien en face de la preuve) ? Le montage est en cause. Et celui-ci est réellement catastrophique, en particulier sur la deuxième moitié du film.

Non seulement la cohérence, la construction visuelle de bien des scènes, et le déroulement de l’intrigue (déjà peu intéressante) en souffrent violemment, mais la comédie en prend aussi pour son grade. Bien sûr, des grands films ont été coupés de grandes scènes – on pense à Die Hard With A Vengeance et sa fin brillante coupée du montage pour devenir une scène alternative culte. Autre cas : le jeu vidéo Star Wars Le Pouvoir de la Force II vendait dans une de ses belles bandes-annonces une bataille entre le héros et Darth Vader sur une planète enneigée. Le combat et toute l’action sur cette planète furent complètement absents du jeu. Dans Baywatch, de grandes scènes d’une belle puissance comique ont véritablement disparu du film pour servir au marketing : elles apparaissent dans les bandes-annonces et même dans les extraits officiels du film ; et elles participent au bêtisier de fin de film. Certes, de nombreux petits dialogues « drôles » censés faire mouche jalonnent le film, mais ne fonctionnent pas. N’allez donc pas dire qu’il est écrit ici que la comédie aurait pu être parfaite. Passons pour arriver à un dernier constat concernant l’imagerie : les effets spéciaux riment ici avec « Playstation 2 ». En effet, ceux-ci sont datés en plus d’être catastrophiques par moments tant ils ont été finis à la truelle. Que peut alors faire notre équipe chérie de sauveteurs et sauveteuses face à ces vagues monstrueuses de CGI ?

Conclusions au « téléphoque »

On ressort ainsi du film frustré. Frustré face à un tel gâchis de potentiel, déçu face à la prise de contrôle du chaos sur le long métrage et tous ses enjeux, dont les éléments essentiels qui forment sa comédie. Et pourtant, quel amusement passé avec ces personnages, dans cette ambiance chaude et drôle portée par une formidable bande-son (toutefois peu aidée par la composition originale). Quelle introduction, et même première moitié de film ! Quel plaisir pris face à cette comédie irrévérencieuse et grossière, lourde et absurde, folle et burlesque ! Et pourtant, Baywatch n’est pas aussi déjanté qu’il le fût vendu dans ses bandes-annonces et extraits. Si le film aspirait au niveau de ses géniaux modèles (21 & 22 Jump Street), Baywatch a déjà bien du mal à tenir son chaotique cahier des charges. Le métrage frustre et déçoit, autant qu’il réjouit. Vous pouvez compter sur les éternels caméos, ici davantage mal placés que bien écrits malgré une bonne intention concernant la présence de David Hasselhoff.

Enfin, une suite devrait voir le jour, si tant est que le succès au box-office soit au rendez-vous. On le souhaite. Mais il faudra d’autres scénaristes, un autre réalisateur et d’autres producteurs à la barre. Pourquoi pas Todd Phillips, ou -on peut toujours rêver-, Phil Lord et Christopher Miller ?

Bande-Annonce : Baywatch

https://www.youtube.com/watch?v=ldjVZnGCZ38

Fiche Technique – Baywatch : Alerte à Malibu

Réalisation : Seth Gordon
Casting : Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario, Priyanka Chopra, Kelly Rohrbach, Ilfenesh Hadera, Jon Bass, Hannibal Buress…
Scénario : Damian Shannon et Mark Swift, d’après une histoire de Jay Scherick, David Ronn, Thomas Lennon et Robert Ben Garant, d’après la série éponyme créée par Michael Berk, Douglas Schwartz et Gregory J. Bonann
Direction artistique : Tom Frohling et Lisa Vasconcellos
Décors : Stepherd Frankel
Costumes : Dayna Pink
Musique : Christopher Lennertz
Montage : Peter S. Elliot
Production : Michael Berk, Gregory J. Bonann, Beau Flynn, Dany Garcia, Dwayne Johnson, Joe Medjuck, Tom Pollock, Ivan Reitman, Douglas Schwartz et Tripp Vison
Sociétés de production : Paramount Pictures, Seven Bucks Productions, The Montecito Picture Company, Flynn Picture Compagny
Distributeur France : Paramount Pictures
Budget : 69 000 000 $
Genre : Comédie d’Action
Durée : 1h57
Date de sortie : 21 juin 2017

États-Unis – 2017

[irp]

Festival

Cannes 2026 : Le Corset, l’appel de l’ouragan

Présenté à Un Certain Regard 2026, "Le Corset" est le film d'animation le plus personnel de Louis Clichy et une comédie dramatique familiale portée par l'aquarelle, la musique et une sincérité bouleversant dans la campagne française.

Cannes 2026 : Her Private Hell, l’antre de la bêtise

À Cannes 2026, Her Private Hell marque le retour raté de Nicolas Winding Refn avec un film visuellement creux, profondément misogyne et totalement englouti par sa propre prétention.

Cannes 2026 : Garance, l’enverre du décor

Dans "Garance", Adèle Exarchopoulos incarne une actrice alcoolique un peu perdue, qui enchaîne les petits rôles, les rencontres et les soirées bien arrosées. Un portrait de femme plein de douceur et de sensibilité signé Jeanne Henry.

Cannes 2026 : Minotaure, la bête humaine

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Minotaure voit Andreï Zviaguintsev déplacer la guerre hors du front pour la faire résonner dans la sphère intime, sociale et conjugale. À travers la chute d’un homme et l’effondrement d’un monde, le cinéaste russe signe un drame sombre, tendu et crépusculaire, plus préoccupé par les monstres que la société fabrique que par les héros qu’elle célèbre.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.