Batman Begins, un film de Christopher Nolan : Critique

Batman Begins : Le Chevalier Noir renaît de ses cendres

Synopsis : Parti aux quatre coins du monde pour apprendre à combattre la criminalité, Bruce Wayne vit rongé par le désir de venger la mort de ses parents. Alors qu’il se retrouve dans une prison au fin fond de l’Himalaya, il fait la rencontre de Henri Ducard, un mystérieux mentor qui va l’initier aux arts martiaux et le faire entrer dans la Ligue des Ombres, une secte composée de ninjas qui ont pour but d’annihiler toute forme de criminalité. De retour chez lui à Gotham City, Wayne va créer un personnage, un symbole sous le nom de Batman, qui va lui permettre d’affronter les criminels qui pourrissent la ville tout en restant le playboy milliardaire qu’il est en public…

Bien que la Warner comptait faire un cinquième opus Batman, toujours réalisé par Joel Schumacher, les studios ont dû abandonner leur projet à la suite de l’échec critique et commercial de Batman & Robin. Il aura donc fallu attendre huit ans pour que le Chevalier Noir renaisse de ses cendres et ce sous la houlette de Christopher Nolan, un réalisateur en qui les producteurs avaient toute confiance avec son travail effectué sur Insomnia. Un cinéaste devenu rentable et doué d’un sens artistique original pour les studios qui, pourtant, n’avait jusque-là jamais été à la tête d’un blockbuster. Son talent et son savoir-faire ont-ils été à la hauteur d’un projet plus coûteux et animé par la pression de millions de fans ? Sans tourner autour du pot, la réponse est oui !

La grande réussite de Batman Begins, Christopher Nolan la doit a bien plus de libertés offertes par la production que sur Insomnia. Au lieu de ne se préoccuper que de la réalisation, le Britannique a pu collaborer avec le scénariste David S. Goyer (la trilogie Blade) et ainsi réinventer le super-héros de bout en bout, livrant au passage ce qui est considéré aujourd’hui comme le tout premier reboot du cinéma. À ne pas confondre avec le remake, dont le but est seulement de moderniser, le reboot consiste à reprendre une franchise de zéro et de la faire partir dans une toute autre direction que l’originale, chose que réussit brillamment Batman Begins. En effet, Nolan fait fi de tout ce qui a été dit dans la saga initiée par Tim Burton allant jusqu’à effacer le côté « super-héros en collant affrontant des méchants plus charismatiques ». Ici, le long-métrage s’intéresse à l’homme sous le masque, ses tourments, ses démons. Bref, Nolan met sous les feux de la rampe le personnage de Bruce Wayne comme jamais, laissant en plan les antagonistes qui, jusqu’à Batman & Robin, avait toute l’attention du public. Une appropriation du personnage, ce dernier devenant sur le coup nolanien au possible (hanté par son passé, animé par ses erreurs…).

Batman devient ainsi le héros de sa propre histoire, ce qui permet au spectateur d’entrer sans aucune difficulté dans un solide mélange entre parcours initiatique et thriller rondement mené garantissant son lot de révélations surprenantes, tout en alliant dramaturgie prenante et humour touchant au but. Chose encore plus étonnante, Nolan et Goyer ont osé prendre des libertés vis-à-vis des comics d’origine, notamment en ce qui concerne certains décors (l’asile d’Arkham en plein Gotham City), accessoires (l’allure bulldozer de la Batmobile) et personnages (Rachel Dawes, totalement inventée). Si le risque de frôler le blasphème pour les fans du super-héros était présent, les deux hommes arrivent à utiliser ces différences au service de leur histoire, et cela fonctionne, ne dénaturant jamais ce qui a fait la force du protagoniste et de ses aventures. De plus, Nolan va même jusqu’à rationaliser le personnage, l’encrant dans une réalité inattendue (adieu l’aspect fantastique-bizarroïde des comics avec ses monstres et autre délires) qui renforce l’impact de ce Batman nouvelle génération sur le public.

Mais le Britannique ne s’arrête pas qu’à son travail sur le scénario, il livre également avec Batman Begins un divertissement de très grande qualité, misant principalement sur le spectaculaire via des plans panoramiques de toute beauté du Canada (pour les séquences dans l’Himalaya) et un montage hautement dynamique qui transforme chaque scène d’action en véritables pépites (principalement la course-poursuite en Batmobile et la séquence du tramway). Le tout servi par une bande son du duo Hans Zimmer/James Newton Howard exceptionnelle, qui procure toutes les sensations attendues dans ce genre de film (émotion, tension, grandiose…). Même, Nolan arrive également à installer une ambiance assez sombre et prenante à l’ensemble grâce aux décors de Gotham City, livrant au passage un superbe hommage visuel à l’un de ses films préférés, le Blade Runner de Ridley Scott.

Cerise sur le gâteau : il dirige un casting cinq étoiles (Christian Bale, Michael Caine, Morgan Freeman, Liam Neeson, Gary Oldman, Tom Wilkinson) sans aucune fausse note, chacun d’entre eux arrivant à interpréter leur rôle avec une justesse de ton incroyable. Notamment Bale, qui livre la meilleure performance actuelle pour un Batman, refaisant ressortir tout le côté sombre du personnage sans jamais oublier son aspect playboy arrogant et prétentieux. Nolan parvient même à mettre sur le devant de la scène Cillian Murphy, un comédien alors méconnu du grand public et qui, désormais, se souvient de son regard glaçant. Mais il faut tout de même noter une Katie Holmes guère impressionnante, qui n’arrive jamais à faire le poids entre un Caine attachant, un Freeman hilarant et un Neeson charismatique.

Après tous ces éloges, il faut tout de même avouer que Batman Begins n’est pas le film parfait jusque-là décrit. La faute, justement, à son statut de blockbuster auquel Christopher Nolan n’est pas encore habitué. S’il livre un film grandement divertissant et réussi sur les points précédents, il reste encore limité par d’autres libertés qu’il n’avait pas encore en main, comme celle de faire tout ce qu’il voulait sur le projet. Batman Begins montre à quel point le réalisateur n’était pas à l’aise avec ce type de production, devant alors respecter un cahier des charges imposé, découlant principalement d’une trame scénaristique classique pour un film de super-héros (naissance, premiers exploits, premier face-à-face, questionnement, ultime duel et reconnaissance) accompagné de son lot de clichés qui peuvent mal passer pour un cinéphile endurci (comme une réplique du genre « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ») et rendent l’ensemble un peu prévisible. Sans oublier un fan service inutile (le personnage de Victor Zsasz, ne servant à rien, en est le parfait exemple). C’est également le cas des séquences d’action, auquel Nolan n’a jamais vraiment eu affaire (à part le final d’Insomnia), et des effets numériques qu’il n’apprécie guère, qu’il filme maladroitement (les combats au corps-à-corps sont parfois illisibles). Autre défaut cette fois-ci dû à une liberté accordée au Britannique : une narration non-chronologique propre au cinéaste via des flashbacks intéressants mais utilisés ici de manière anecdotique, n’apportant concrètement rien à la construction scénaristique si ce n’est des cassures de rythme monumentales (ces séquences intervenant dans le récit assez brutalement).

Mais malgré cela, Christopher Nolan est arrivé à l’essentiel : à défaut de livrer un long-métrage aussi bon que Following et Memento, il est parvenu à ressusciter Batman de la médiocrité abyssale  tout en lui donnant une ampleur tout bonnement imposante. Rarement le super-héros ne s’était montré aussi profond et travaillé que sous ce jour. Un nouveau succès commercial et critique qui permit à Nolan de se faire bien voir du grand public, si ce n’était déjà le cas avec Insomnia. Et pour ça, en plus de son savoir-faire, le cinéaste peut remercier la Warner, qui lui a fait confiance sur un tel projet !

Batman Begins : Bande-annonce

Fiche technique – Batman Begins

États-Unis, Royaume-Uni – 2005
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages créés par Bob Kane et Frank Miller
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Michael Caine (Alfred Pennyworth), Katie Holmes (Rachel Dawes), Gary Oldman (le lieutenant Jim Gordon), Morgan Freeman (Lucius Fox), Liam Neeson (Henri Ducard), Cillian Murphy (le docteur Jonathan Crane/l’Épouvantail), Tom Wilkinson (Carmine Falcone)…
Date de sortie : 15 juin 2005
Durée : 2h15
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
Budget : 150 M$
Producteurs : Charles Roven, Emma Thomas et Lorne Orleans
Productions : Warner Bros. et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.