Critique Série: Masters of Sex, Saison 1-2

La série s’inspire en grande partie du livre Masters of sex: The Life and times of William Masters and Virginia Johnson, the couple who taught America how to love de Thomas Maier, biographie déjà en grande partie romancée. La véritable histoire de ce couple n’est apparemment pas si détachée de la série, ce qui la rend d’autant plus attrayante.

Synopsis : 1950, les Etats Unis d’après-guerre, Dr Williams Masters (Michael Sheen) et sa secrétaire, Virginia Johnson (Lizzy Caplan), deviennent les pionniers de la recherche médicale sur la sexualité.

Masters of Sex est certainement une série pionnière en soi abordant sérieusement le sexe comme une science. HBO déjà connue pour nous montrer explicitement le sexe et la nudité, avec des séries comme Girls, True Blood ou Game of Thrones, innove avec Masters of Sex. Désormais, le média ne fait pas que montrer le sexe, mais il en parle de manière anthologique. Alors la série n’est pas vicieuse ou perverse, tout est d’un érotisme subtil. C’est avant tout un point de vue critique de l’Amérique puritaine des années 50. Notre contexte du XXIème ne permet que d’ajouter au discours plus de distance et de modernisme, sur les changements de visions par rapport à la sexualité. Particulièrement celle de la femme, qui était jusqu’alors très méconnu.

Par cette distanciation, on se rend compte que la position de la femme n’était pas enviable à cette époque, mais également nous fait réfléchir sur l’évolution (très stagnante) vers l’égalité des sexes à notre époque.

Master of Sex – Saison 1

La série dévoile les interdits, nous plongeant dans un contexte où la sexualité est tabou. Elle ose aborder frontalement l’orgasme, la masturbation et l’homosexualité.
Avec des dialogues très modernes, la série aborde avant tout les prémisses de leurs recherches. Au début tenu au secret, la difficulté première pour ce couple de chercheurs est de se faire prendre au sérieux par le corps médical, sans passer pour de simples pervers. On aborde en second lieu, les problèmes de tabou au sein même du couple. A l’époque où les valeurs familiales sont des plus importantes, les problèmes sexuels restent alors cachés. Une vision très cynique et critique, mettant en avant les différences contextuelles de l’égalité homme/femme, surtout sur le plan sexuel.

Des personnages touchants et clivés

Très étonnant alors de voir que le personnage du Dr Masters, Bill, est lui d’un caractère froid et mystérieux. Il incarne le refoulement sexuel dans sa posture carrée et ses yeux d’inquisiteur. A coté, le personnage de Virginia dénote par sa franchise naturelle et sa volonté d’être reconnue. Elle incarne elle, la force de caractère d’une combattante, et on comprend très vite qu’elle veut briser tous les préjugés entourant l’image de secrétaire.

Sa frivolité déconcertante aux yeux de Bill, ravive en réalité sa passion cachée, permettant de mettre en exergue les problèmes de couple de Bill et sa femme, Libby. Ce qu’il leur manque alors, c’est un bébé pour compléter le tableau de cette parfaite famille. Le sujet de l’enfant est lui-même tabou aux yeux de Bill, la peur d’un enfant qu’il n’arriverait pas à aimer. Le problème alors des non-dits entre lui et sa femme, l’empêche d’avouer sa peur. Alors que celle-ci tente tout, telle une enfant capricieuse pour concevoir l’enfant qui sauverait leur mariage.

Au centre, la relation de Virginia et Bill, qui dans le dernier épisode, laisse le spectateur sur un fin bien frustrante…

Master of Sex – Saison 2

Dans la saison 2, la liaison de Virginia et Bill prend un détour inattendu. Le combat pour faire reconnaître leurs études devient secondaire. Avec la naissance de l’enfant tant attendue, les problèmes de couple entre Bill et Libby n’ont fait que s’accentuer, mais restent toujours enfouies dans un jeu de faux-semblants.

La série devient plus sérieuse, rentre dans un drame plus sombre. Les problèmes de cancer du Dr Cecilia redonne à la série sa perspective médicale. Une nouvelle dynamique demeure par rapport à l’avancée des recherches sur la sexualité. D’autres problèmes sociaux s’installent, notamment le racisme et les combats pour les droits civiques. Ainsi, Master of Sex parvient sérieusement et avec brio à dépeindre de réels problèmes d’époque, tout en gardant ce parallèle voilé à notre propre société.

De nouveau, les personnages principaux sont approfondis et leur relation reste aussi ambiguë. Avec l’impuissance de Bill, le besoin de Virginia se fait d’autant plus ressentir. Un saut dans le temps important perturbe alors le spectateur. Sans doute un besoin scénaristique pour éviter à la série de s’engluer dans un rythme trop lent. Alors, l’arrivé d’Ethan, le frère de Bill, fait resurgir en ce dernier les problèmes refoulés de son enfance, mais surtout sa relation traumatisante avec son père. Son personnage se montre alors très clivé, nous dévoilant de manière inattendue le pire et le meilleur de ses sentiments.

Lizzy Caplan, le corps de la série

Jusque-là cantonnée à des rôles secondaires dans des comédies ou dévoilée dans True Blood, Lizzy Caplan s’affirme en tant qu’actrice sérieuse, dans un rôle de femme nuancée. Un personnage alliant la femme fatale et la femme de pouvoir. Mère divorcée, indépendante et battante, elle s’affirme par sa force de caractère dans un monde dominé par les hommes. Elle représente cette figure de la femme moderne de notre époque, vilipendée pourtant dans les années 50-60.

« En apparence, nous n’en sommes plus aux années 1950 et 1960, mais il ne faut pas creuser bien profond pour réaliser que le chemin vers l’égalité des sexes est encore long. Les femmes de notre époque se battent autant que Virginia en son temps pour conjuguer vie professionnelle et vie de famille. » ajoute Lizzy Caplan lors d’un interview pour Télérama .

Le point G de la série

La série sert ainsi de prisme au travers duquel on observe notre propre comportement face à la sexualité exposée, avec des personnages principaux très touchants dans leur erreurs ou leur tentative de s’en sortir malgré les diktats sociétaux. Même les personnages secondaires, comme l’ancienne prostituée Betty, et le Dr Lingham, coureur de jupons intarissable, sont , sont intéressants dans leur manière si radicale d’exposr leur perception de la sexualité.  Grâce à ce nouveau genre de personnages ambivalents et des dialogues critiques et modernes, la série parvient à être addictive et profonde.

Fiche Technique : Master of Sex

Réalisateur : Michelle Ashford
Chaîne d’origine Showtime – USA
Acteurs : Michael Sheen (Bill), Lizzy Caplan (Virginia), Caitlin Fitzgerald (Libby), Teddy Sears (Dr Langham), Annaleigh Ashford (Betty), Julianne Nicholson (Lillian)
Saison : 2 (renouvelé pour une saison 3)
Episode : 24
Durée : 45 min
Genre : Drame
Date de Diffusion (FR) : Décembre 2014 sur OCS City

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